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Mémorandum – partie 4 (dossier culturel) : Chronologie des textes constitutionnels algériens conçus pour arabiser la Kabylie

MEMORANDUM

POUR LE DROIT A L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

Déposé à l’ONU le 28 septembre 2017

Dossier culturel

Arabisation de l’environnement au détriment des langues amazighes en général et de la langue kabyle en particulier :

Chronologie des textes constitutionnels et juridiques algériens

Introduction :

La période de la décolonisation en Afrique du nord à la fin des années 50 et au début des années 60 correspondait à la montée du nationalisme arabe et la prise du pouvoir par des régimes idéologiquement orientés. Dans le cas de l’Algérie, qui accéda à son indépendance en 1962, une politique d’arabisation de toute l’Algérie fut adoptée au détriment des langues populaires, particulièrement la langue Kabyle. L’arabisation de toute l’Algérie était alors définie par le tout premier ministre de l’Éducation nationale, Ahmed Taleb Ibrahimi, comme « la récupération de l’âme algérienne par tous les Algériens ». Sous prétexte de « défranciser » l’Algérie, le nouveau régime algérien avait en réalité comme projet de substituer à la culture, la langue et l’identité kabyles, la culture, la langue et l’identité arabes. La Kabylie qui tenait tant déjà à ses revendications linguistique, culturelle et identitaire, fut particulièrement ciblée. Les militants kabyles étaient devenus la cible prioritaire des différents corps de sécurité, incluant la tristement célèbre police politique, plus connue sous le nom de la sécurité militaire.

Cette politique de déni et de répression a continué jusqu’au début des années 90 à partir desquelles le régime algérien, acculé par la Kabylie, a commencé à afficher un semblant d’ouverture. À partir de là, il ne fait que jouer la montre en ce sens que les actes ne suivent aucunement les textes que ce soit en matière de moyens, d’application ou de promotion des langues amazighes dont fait partie le kabyle.

Sous prétexte de réhabiliter la personnalité algérienne en la décolonisant, le nouveau pouvoir colonialiste, a assimilé de fait toute revendication berbère en général et kabyle en particulier, à une attaque contre l’hégémonie idéologique de l’arabo-islamisme et comme un soutien à la langue française. Il accuse le kabyle d’alliance avec l’ennemi, avec l’ancien colon. Cela lui permet de mobiliser toutes les ressources financières et humaines, toutes les institutions de l’État (écoles, universités comprises, tous les ministères et tous les corps de sécurité, ainsi que la religion musulmane, consacrée religion d’État), en vue d’arabiser les berbérophones, à leur tête les Kabyles. Cet immense arsenal va être adossé à un terrible dispositif de répression pour faire taire toute revendication et toute tentative de promouvoir la langue kabyle, pourtant exclue de tout, y compris des tribunaux. Le Kabyle est également exclu de toutes les manifestations culturelles organisées par l’État algérien, particulièrement dans les festivals internationaux où sont conviées toutes les cultures arabes et africaines. D’ailleurs, Alger, pour humilier davantage les Kabyles n’a rien trouvé de mieux à leur proposer comme festival à Tizi-ouzou que celui « des danses arabes et africaines ».

Voyons les détails de cet arsenal juridique contre la langue kabyle :

Chronologie des textes :

1963
La première Constitution (1963) déclare :

  • « la langue arabe est la langue nationale et officielle de l’État » (art. 5)
  • La réalisation effective de l’arabisation doit avoir lieu dans les meilleurs délais sur le territoire de la République (art. 76)

Cette disposition de l’article 5 de la constitution faisant de la langue arabe la seule langue officielle et nationale de l’État algérien va être reproduite de façon systématique dans toutes les constitutions ultérieures (1976, art. 3; 1989, art. 3; 1996 art. 3; 1996, art. 3).
Cette disposition sera également reprise dans la Charte nationale de 1976 et celle de 1986, considérées comme des lois à valeur constitutionnelle.

1964-1965
Sous la pression des panarabistes et des islamistes en vue de fermer la radio kabylophone, l’État algérien en réduit les heures de diffusion de 16 heures à 9 heures et demi par jour.
Un cours d’arabe est diffusé sur les ondes de la radio kabylophone intitulé « intéresse-toi à la langue de ton pays », tandis que l’enseignement de la langue kabyle était interdit (voir plus bas).

1968
26 avril : la promulgation d’une ordonnance fut émise par le président algérien rendant obligatoire la connaissance et la maîtrise de la langue arabe par tous les fonctionnaires et auxiliaires de la fonction publique à partir du 1er janvier 1971. De ce fait, une ségrégation fut instaurée et la langue kabyle ostracisée.

1970
Interdiction formelle de diffuser des reportages sportifs en langue kabyle à partir des stades sur les ondes de la radio d’expression kabyle. Désormais, ils seront diffusés en arabe sur la chaîne d’expression kabyle, ce qui contribue à la fois à l’arabisation de la population kabyle et à l’entrave au développement de la langue kabyle.

Circulaire émanant du ministère de l’Intérieur, interdisant les prénoms berbères considérés, selon le texte de la circulaire, non-algériens.

Émission de l’Ordonnance n° 70-20 du 19 février 1970 relative à l’état civil (1970) portant sur le choix des prénoms par les parents. L’article 64, alinéa 2, stipule que « [l]es prénoms doivent être de consonance algérienne; il peut en être autrement pour les enfants nés de parents appartenant à une confession non musulmane. »

L’application de cette ordonnance montre qu’elle ciblait les prénoms amazighs (berbères) anciens, en cours de réhabilitation.Un registre des prénoms sera élaboré plus tard, duquel seront exclus les prénoms berbères anciens (voir Décret n°81/26 du 7 mars 1981 portant établissement d’un lexique national des prénoms).

1971
Entrée en vigueur de l’ordonnance du 26 avril 1968 rendant obligatoire la connaissance et la maîtrise de la langue arabe par tous les fonctionnaires et auxiliaires de la fonction publique.

Dissolution du Cercle Culturel Berbère de la faculté d’Alger.

1973
Interdiction du cours de berbère bénévole de la Faculté d’Alger, animée par l’écrivain de renommée internationale Mouloud Mammeri. Du temps de la colonisation, c’était une Chaire de Berbère qu’il y avait, mais depuis « l’indépendance », il n’y a plus eu qu’un cours informel, à peine toléré.

1974
Imposition des chanteurs d’expression arabophones au détriment des chanteurs d’expression kabyle, dans des manifestations culturelles citoyennes en Kabylie comme, à titre d’exemples, lors de la fête des Cerises, à Larvaa N At Yiraten. Cet événement a donné lieu à une protestation de la part de la population locale, réprimée dans le sang par la Gendarmerie de l’État algérien faisant 3 morts.

1976
La Charte nationale de 1976, considérée comme une loi à valeur constitutionnelle, réaffirme le statut national et officiel de la langue arabe sans qu’il soit fait mention des langues berbères.

1978
Interdiction faite à des chanteurs kabyles de chanter à l’Université de Tizi-Ouzou.
Plusieurs chanteurs kabyles furent interdits d’antenne (en plus de Slimane Azem interdit d’antenne depuis l’indépendance, des chanteurs tels que Ferhat Imazighen Imoula et Matoub Lounes étaient exclus d’antenne dès leur émergence et ce sera ainsi jusqu’à aujourd’hui pour ce qui concerne Ferhat (Imazighen Imoula).

1979
Le 19 mai, interdiction faite aux étudiants de l’Université de Tizi-Ouzou, en Kabylie, de jouer la pièce de théâtre de Kateb Yacine La Guerre de deux mille ans, en Kabyle, à l’occasion de la journée internationale de l’étudiant.

1980
Les autorités algériennes récidivent en interdisant pour la deuxième fois aux étudiants de l’Université de Tizi-Ouzou, la production de la pièce de théâtre de Kateb Yacine « La Guerre de deux mille ans », en Kabyle.

9 mars : les autorités algériennes empêchent la tenue d’une conférence sur la poésie kabyle ancienne prévue le lendemain à l’Université de Tizi-Ouzou, en arrêtant le conférencier invité Mouloud Mammeri, auteur d’un livre sur la poésie kabyle ancienne.

Le Printemps berbère (avril 1980) : suite à l’annulation par les autorités algériennes de la conférence sur la sur la poésie kabyle ancienne prévue le lendemain à l’Université de Tizi-Ouzou, les étudiants rétorquent en déclenchant une grève générale, suivie par l’ensemble de la population kabyle. L’État algérien répond par la violence en envoyant des convois entiers de corps de sécurité paramilitaires avec chiens qui ont investi les campus en entrant dans les chambres des étudiants à 4 h du matin les tirant de leur sommeil à coups de matraque. Cette intervention fut soldée par une répression féroce et des arrestations arbitraires des étudiants. Le 20 avril, la manifestation organisée en Kabylie s’est soldée par la répression et des arrestations par centaines. La Kabylie fut assiégée pendant plus de trois mois.

Instruction présidentielle N° 37, renforçant le volume horaire de l’enseignement religieux dans les écoles, en réponse aux revendications kabyles.

1981
Promulgation du Décret n°81/26 du 7 mars 1981 portant établissement d’un listing national des prénoms. C’est un répertoire de prénoms, essentiellement arabes. À quelques exceptions près, les prénoms berbères en furent exclus. A ce jour, des parents se heurtent à des difficultés administratives pour inscrire leurs nouveaux-nés sur les registres de l’état-civil au motif que le prénom donné ne figure pas dans le listing officiel.

Promulgation du Décret n° 81-36 du 14 mars 1981 relatif à l’arabisation de l’environnement dont l’article 1er stipule « Les enseignes, panneaux et, de manière générale, toute inscription peinte, gravée ou lumineuse, indiquant un établissement, une entreprise, un organisme ou mentionnant l’activité qui s’y exerce, sont exprimés en langue nationale », sachant que la langue arabe est la seule langue officielle.

1986
La Charte nationale de 1986, considérée comme une loi à valeur constitutionnelle, réaffirme le statut national et officiel de la langue arabe sans qu’il soit fait mention des langues berbères. Quant à la langue kabyle, elle demeure à ce jour niée.

1991
Le 26 janvier, vote de la loi sur l’arabisation qui sera appliquée à partir du 5 juillet 1992.

1994
Devant le refus de l’État algérien à reconnaitre la langue amazighe et à l’introduire dans le système scolaire, la Kabylie décide de boycotter toute l’année scolaire (du primaire à la post-graduation). Cette action connue sous le nom de « Grève du cartable » ou de boycott scolaire, avait duré une année complète.

Entrée en vigueur de la Loi portant généralisation de l’usage de la langue arabe, prévoyant de lourdes sanctions contre tout auteur d’une correspondance adressée à l’administration dans une autre langue que l’arabe.

2002 et 2016
Amendement constitutionnels : La reconnaissance constitutionnelle de la langue tamazight en tant que langue nationale d’abord (amendement constitutionnel de 2002) et officielle ensuite (amendement constitutionnel de 2016) ne sont accompagnés d’aucun changement dans les faits, et ce jusqu’à aujourd’hui. Certains directeurs d’écoles continuent à y interdire son enseignement tandis que l’on renforce et accélère l’arabisation en Kabylie. De plus, la Constitution de 2016 stipule dans son article 3 que « l’arabe est la langue nationale et officielle. L’arabe demeure la langue nationale et officielle de l’État », tandis que l’article 4 stipule seulement que « tamazight est également langue nationale et officielle ». De plus, l’article 212 de la constitution de 2016 stipule dans son alinéa 4 que « toute révision constitutionnelle ne peut porter atteinte à l’Arabe, comme langue nationale et officielle. »

Enfin, allant à contre le sens de l’Histoire, il est déclaré dans le préambule de la Constitution de 2016 que « L’Algérie, terre d’Islam, partie intégrante du Grand Maghreb, pays arabe […] » faisant ainsi fi de l’identité amazighe plusieurs fois millénaire. Dans la version en arabe de cette même constitution, il est même question de l’Algérie en tant que « terre arabe ».

Lire :

SIWEL 261143 Oct 17 UTC

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