MAK-Anavad

Mémorandum – partie 1 : Demande de reconnaissance formelle du droit du peuple kabyle à l’autodétermination

MEMORANDUM

POUR LE DROIT A L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

Déposé à l’ONU le 28 septembre 2017

DEMANDE DE RECONNAISSANCE

A Son Excellence, Monsieur Antonio GUTERRES, Secrétaire Général de l’ONU

Ref : ASAN/FM/1703/01

Objet : Demande de reconnaissance formelle du droit du peuple kabyle à l’autodétermination.

Excellence,

Conformément aux textes fondamentaux de l’ONU, en tant que président de l’Anavad (Gouvernement Provisoire Kabyle) et du MAK-Anavad (Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie), au nom de la Kabylie, j’ai l’insigne honneur de vous adresser ce Mémorandum pour vous demander la reconnaissance formelle du droit du peuple kabyle à son autodétermination.

L’Anavad estime qu’aujourd’hui, le peuple kabyle réunit toutes les conditions nécessaires à l’exercice de son droit référendaire à disposer de lui-même.

La Kabylie mérite de rejoindre l’Organisation des Nations Unies et de prendre place en son sein en tant que nation et en tant qu’Etat libre et indépendant. Il est venu le temps, pour elle, de dissoudre les liens politiques qui, depuis 1857, la rattachent de force à l’Algérie. Ces liens qui ont toujours été tendus, empreints de défiance réciproque, épisodiquement très violents, sont des chaînes qu’elle a toujours combattues et dont elle entend se défaire aussi bien pour le bonheur de ses enfants que pour la stabilité régionale.

Le peuple kabyle est fort de près de 12.000.000 d’âmes pour un territoire de plus de 40.000 km2. Même si nous savons que ce ne sont ni le nombre d’habitants d’un peuple, ni la taille de son territoire qui le font admettre en tant que membre des Nations Unies, il est bon de noter que la Kabylie, située à l’Est d’Alger, est plus grande que plus de 30% des pays membres de l’ONU et qu’elle dépasse plus de 60% d’entre eux en population.

Les raisons de cette séparation concernent tous les domaines de la vie. Les dossiers contenus dans ce Mémorandum en donnent la gravité et l’ampleur. En dépit de toutes les preuves justifiant ce recours auprès de Votre Excellence, le peuple kabyle est prêt à soumettreson avenir au verdict des urnes et revendique pour son compte l’application du droit international dont celui de chaque peuple à l’autodétermination.

Il en appelle donc à votre attachement à la cause de la liberté des peuples, à votre impartialité et à votre sens des responsabilités, pour exprimer votre position et celle de l’ONU sur la validité de la demande kabyle de lui reconnaître un droit jusque-là valable pour tous les peuples du monde dont pourtant il fait partie.

Il en appelle également au soutien de la communauté internationale pour que justice lui soit rendue et qu’il en finisse avec le déni d’existence qui le frappe depuis la perte d’une bataille militaire contre les troupes coloniales françaises, le 24/06/1857 à Icerriden. (Icheridène)

La présente démarche de l’Anavad auprès de l’ONU, de l’Union Africaine, de l’Union Européenne, de la Ligue Arabe, de l’ASEAN, de la CEI, des USA de la France et de l’OEA, n’est ni un accident de l’histoire, ni un geste inconsidéré. Elle est l’aboutissement logique d’un processus historique d’une nation qui ne s’est jamais résignée à une perte définitive de sa souveraineté. Hier, elle s’était battueavec courage contrel’armée française(1857, 1871 et 1954-1962), aujourd’hui, elle fait face avec détermination à la dictature algérienne qui attente à sa langue et à son identité par la politique d’arabisation et de dépersonnalisation, depuis 1962.

La Kabylie n’étant appréhendée quecomme une très grave menace sur l’unité du pays, l’Algérie n’a jamais cessé de la traiter en ennemie, en lui opposant à la fois, la guerre, la répression, l’insécurité, le sabotage économique et le déni d’existence.

Par cette attitude hostile, voire belliqueuse, l’Algérie a occasionné à la Kabylie plus de 50 ans de retard dans son développement multiforme. C’est un crime impardonnable.

Cependant, le pouvoir algérien, relais et clone du colonialisme français, n’a fini par produire en Kabylie, que l’inverse de ce qu’il escomptait : la résistance à la place de la soumission, le renforcement de sa personnalitéau lieu de son assimilation. Sa laïcité s’est davantage accrue,face à la « salafisation »que le régime tente de réussirchez elle par tous les moyens : Au moment où le monde libre lutte de toutes ses forces contre l’islamisme, l’Algérie l’encourage officiellement en terre kabyle, aussi bien par l’école, la justice, l’administration, les médias, que par le financement d’associations islamistes agressives, voire par la nomination de terroristes islamistes « repentis » en tant qu’imams dans les villages kabyles.

Ce Mémorandum est donc le fruit des luttes quotidiennes d’un peuple qui, après avoir eu raison du colonialisme français au prix d’innombrables sacrifices que l’on peut classer parmi les plus héroïques du siècle dernier, affronte depuis 1962 les assauts haineux et destructeurs du colonialisme algérien.

L’un des objectifs de la présente initiative est aussi d’édifier les instances internationales sur la politique d’oppression, de répression et de discrimination touchant les domaines identitaire, linguistique, culturel, économique, environnemental,administratif et sécuritaire… que pratique l’Algérie en Kabylie.

La volonté d’indépendance de la Kabylie n’est pas le fait d’un éveil accidentel ou passager de son peuple à un rêve de liberté ; elle constitue une donnée permanente et irréductible de sa personnalité et de sa culture, depuis la nuit des temps.

La Kabylie a une permanence à travers l’Histoire égale à l’Atlas tellien auquel elle est adossée. Ni le déni d’existence, l’oppression, la répression et les violations des droits humains, ni le sabotage économique et l’insécurité que lui oppose le pouvoir colonialiste algérien ne peuvent en venir à bout.

Elle ne renoncera jamais à son existence et à sa liberté, quel qu’en soit le prix, quel que soit le contexte historique, et quelle que puisse être la puissance militaire de son négateur ou de son agresseur.

La Kabylie est convaincue de son légitime et bon droit de vivre libre et debout, de siéger parmi les nations de la Terre et d’apporter à l’humanité sa contribution à la construction de la paix et de la prospérité internationales.  

Pour autant, il est très important de souligner que cette entreprise, en harmonie avec les valeurs du peuple kabyle, se veut avant tout pacifique ; La Kabylie qui se situe à la croisée des civilisations ayant fleuri autour du bassin méditerranéen, demeure la terre de l’olivier, symbole de paix et de prospérité.

Alors que dans sa quête de liberté, tout peuple opprimé est supposé légitimement fondé à recourir à la violence, la  Kabylie qui le sait pertinemment reste résolument pacifique. Elle refuse d’en venir aux armes et leur inadmissible effusion de sang pour arracher son droit à la vie. Elle ose espérer, avec votre soutien, inaugurer ainsi, pour toute l’humanité opprimée, une nouvelle ère à travers laquelle les bouleversements géopolitiques inévitables, car inscrits dans la logique de l’Histoire,se feront pacifiquement, par la négociation, la justice et l’arbitrage international, loin de la violence qui, jusqu’ici, ravage les continents.

Toutefois, si elle a opté pour le pacifisme, ce n’est ni par faiblesse ni par manque de courage à aller à la guerre mais par valeur civilisationnelle. Les Kabyles sont de vaillants guerriers ; les Turcs et les Français en connaissent la valeur pour avoir eu à les affronter durant leurs incessantes et vaines tentatives de soumettre le pays kabyle du XVIe au XIXe Siècle pour les premiers et de 1830 à 1962 pour les seconds.

A la violence physique qu’elle rejette mais qu’elle ne craint en aucune circonstance, elle oppose la force morale, le droit et la confrontation d’idées. Même en état de légitime défense comme ce fut le cas lors du Printemps Noir (2001-2003) où, à mains nues, de jeunes kabyles offraient leur poitrine aux balles explosives des criminels gendarmes algériens qui avaient fait parmi eux 130 morts et des milliers de blessés dont plus de 1200 handicapés à vie, la Kabylie a préféré regarder ses assassins droit dans les yeux et anéantir leur barbarie  par cette phrase choc : « Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts ! ».

Nous n’avons peur ni de la mort ni d’aucun ennemi. Nous voulons juste vivre notre indépendance dans la paix, le respect de nos valeurs, le bon voisinage, la coopération internationale et la fraternisation avec tous les peuples du monde.

Les armes et leur violence sont le fait des peuples désespérés devant l’opposition à leur demande et à leur légitime rêve d’indépendance. Un peuple dont les cris de détresse sont ignorés par la communauté internationale finit tôt ou tard par se donner les moyens de son affirmation.

Espérons que la Kabylie, grâce à votre soutien,n’atteindra jamais le seuil du désespoir au point d’en arriver, elle aussi, à une situation préjudiciable pour la paix dans cette partie du monde.

Excellence,

En reconnaissant formellement au peuple kabyle le droit de disposer de lui-même, vous ouvrez, dans son sillage, la voie à la résolution de bien des conflits armés, en cours ou latents, en Afrique et en Asie.

Si d’aucuns pensent que la paix, si chère à tous les peuples, sera toujours, à l’horizon, un idéal  dont la réalisation est laborieuse, bien des écueils qui se dressent sur sa route seront levés.

Un nouveau processus d’évolution géopolitique plus ordonné et mieux maitrisé par la communauté internationale sera enclenché au bénéfice de toute l’humanité.

Fort de sa conviction de servir la cause de la paix, de la liberté et de la prospérité au bénéfice de toute l’humanité, le peuple kabyle vous présente cette demande d’autodétermination sur la base des textes universels suivants :

1)- La Charte des Nations Unies, article 1, alinéa 2, visant à « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde »

2)- LePacte International relatif aux Droits Economiques Sociaux et Culturels, ainsi que le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, articles 1, 2 et 3, proclamant à l’unisson :

« 1. Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

  1. Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération économique internationale, fondée sur le principe de l’intérêt mutuel, et du droit international. En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance.
  2. Les Etats parties au présent Pacte, y compris ceux qui ont la responsabilité d’administrer des territoires non autonomes et des territoires sous tutelle, sont tenus de faciliter la réalisation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et de respecter ce droit, conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies. »

3)- L’article 3 de la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones retenant que : « Les peuples autochtones ont le droit à l’autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. »

4)- Tous les articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, tant les violations dont se rend coupable l’Algérie n’épargnent aucun domaine de la vie du peuple kabyle, à commencer par le droit à la vie et à la sécurité.

Excellence, Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU,

Connaissant votre dévouement à la cause de la paix et de la liberté dans le monde, votre respect des textes fondamentaux de l’ONU, confiant en la réponse que vous allez lui réserver pour le conforter dans son droit à l’autodétermination et son choix de la voie pacifique, le peuple kabylie vous témoigne sa reconnaissance et vous prie d’agréer ses chaleureuses salutations qui accompagnentsa profonde aspiration à son indépendance.

Exil le 05/04/2017

Signé : M. Ferhat MEHENNI

Toutes les traductions :

SIWEL 281619 Sep 17 UTC

Partager ceci...
Mémorandum – partie 1 : Demande de reconnaissance formelle du droit du peuple kabyle à l’autodétermination
Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

Haut