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Mémorandum – Algérie VS Kabylie : les années 60 et 70

MEMORANDUM

POUR LE DROIT A L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

Déposé à l’ONU le 28 septembre 2017

Algérie versus Kabylie I : Les années 60 et 70

 

Cette chronologie, sans être exhaustive, retrace les événements marquants qui opposent l’Algérie à la Kabylie dans un duel à mort. Dès le passage du témoin colonial français à l’Algérie dite « indépendante », la Kabylie qui a toujours lutté pour sa liberté s’est insurgée contre la dictature que le nouveau pouvoir installé à Alger veut lui imposer. S’ensuit, depuis, une défiance mutuelle à laquelle le présent Mémorandum se propose de mettre un terme par une voie pacifique, celle du droit à l’autodétermination du peuple kabyle, celle de l’expression de la démocratie.

Pour comprendre comment les deux parties en sont arrivées là, le lecteur trouvera dans le rappel des faits maillant cette chronologie, les éléments d’information qui peuvent l’édifier. Il se rendra compte que leurs tensions sont permanentes, depuis 1962, et que les deux entités sont irréductibles. Par conséquent, leur séparation est la seule issue pour un avenir de paix si, du moins, la communauté internationale ne souhaiterait pas que le conflit politique prenne, un jour, des proportions beaucoup plus dangereuses aussi bien pour les deux antagonistes que pour la stabilité de tout le bassin méditerranéen. Même si la Kabylie continue de penser qu’une guerre évitée est un bienfait pour l’humanité, celle-ci n’en sera jamais tout à fait une tant que tous les peuples ne sont pas libres.

Les années 60

  • 18/03/1962 : Signature des Accords d’Evian par Krim Belkacem, mettant fin à plus de sept années de guerre et 132 ans de colonisation française.
  • 14/04/1962, Ben Bella, se préparant à prendre le pouvoir à Alger, déclare à Tunis : « Nous sommes des Arabes, des Arabes, 10 millions d’Arabes ! ».
  • 05/07/1962 : Proclamation de l’indépendance de l’Algérie.
  • 15/09/1963 : Coup d’Etat contre la Constituante algérienne, une constitution, imposée par le clan d’Oujda (Ben Bella-Boumediene), est proclamée dans un grand cinéma d’Alger. Elle consacre l’islam comme religion d’Etat et la langue arabe comme langue nationale, au mépris de la Kabylie laïque et amazighe.
    L’indépendance est confisquée. Le rêve tourne au cauchemar.
  • 29/09/1963 : La Kabylie déclare la guerre contre le pouvoir algérien. Hocine Ait Ahmed, Mohand Oulhadj et Abdelhafid Yaha le font au nom du FFS (Front des Forces Socialistes).
  • 03/10/1963 : Guerre des frontières, appelée « Guerre des Sables », entre le Maroc et l’Algérie.
  • 15/10/1963 : Défection de Mohand Oulhadj qui préfère envoyer ses troupes en renfort à la guerre des frontières et déserte la résistance kabyle.
  • Décembre 1963 : Pourparlers de paix entre la Kabylie et Alger. Ils vont échouer trois mois plus tard.
  • Mars 1964 : reprise de la guerre entre la Kabylie et l’Algérie.
  • 16/10/1964 : Arrestation de Hocine Ait Ahmed, chef de la rébellion kabyle.
  • 25/11/1964 : Mohand Oulhadj est forcé par Ben Bella de lui remettre, contre reçu, le Trésor de la Kabylie constitué de 46 lingots d’or d’un kilo chacun, plus de 9000 pièces d’or de monnaie française de diverses valeurs et la somme de 300 millions de francs.
  • 10/04/1965 : Ait Ahmed est condamné à mort. Deux jours plus tard, sa peine est commuée en détention à perpétuité.
    La guerre de Kabylie aura coûté 497 morts et plus de 3000 arrestations. A ce jour, ses victimes kabyles ne sont pas reconnues en tant que telles par l’Algérie.
  • 21/04/1965 : Le Congrès du FLN accouche de « La Charte d’Alger » dans laquelle la langue arabe et l’islam sont renforcés par l’option socialiste du pays et aucun mot sur l’identité et les langues amazighes. Elle énonce en introduction : « Le peuple algérien est un peuple arabo-musulman. En effet, à partir du VIIIe siècle, l’islamisation et l’arabisation ont donné à notre pays le visage qu’il a sauvegardé jusqu’à présent. ». L’amazighité, en tant qu’élément identitaire fondamental est évacuée
  • 16/06/1965 : Accord entre le FFS (Kabylie) et Ben Bella (Algérie) mais le document n’a jamais été publié (Souce Abdelhafid Yaha). Un entrefilet dans la presse, attribué à l’un des négociateurs du pouvoir, Mohamed Bejaoui, est publié mais signifiant, plutôt qu’un accord politique, la capitulation du FFS
  • 19/06/1965 : Coup d’Etat à Alger, Boumediene renverse Ben Bella et suspend la constitution. La terreur politique est institutionnalisée, particulièrement contre tout ce qui est « berbère » et surtout kabyle.
  • 01/05/1966 : Evasion de Hocine Ait Ahmed de la prison d’El Harrach (Alger) vers le Maroc d’où il va rejoindre la Suisse.
  • 14/06/1966 : Création en France de l’Académie Berbère, une organisation politico-linguistique qui va assurer l’éveil identitaire auprès de plusieurs générations de lycéens kabyles, grâce, entre autres à la ténacité d’un homme : Mohand Arav Bessaoud.
  • 1967 : Réduction du temps d’émission de la radio kabyle (Chaine II) héritée de la colonisation. Ouverture à 6h 30 du matin, elle interrompt ses émissions entre 9h et 12h, entre 15h et 18h, puis fermeture de l’antenne à 22h.
  • 1967, la chanson kabyle connaît, sous l’impulsion de Cherif Kheddam, sa première mutation en ouvrant la radio à de jeunes talents dont émergeront quelques géants de notre patrimoine.
    L’heure de Kabyle diffusée sur les ondes de l’ORTF (Radio France) sur les Ondes Courtes est ramenée à 15mn, à la demande d’Alger. Hamid Hamici en était l’animateur et Slimane Azem le chanteur le plus engagé de l’époque.
  • Octobre 1968, Le dictateur Houari Boumediene humilie la Kabylie en y allant passer 10 jours, une manière de dire qu’elle était « pacifiée », digérée.
  • Fin 1968, suppression du dernier temps d’antenne du kabyle sur les Ondes Courtes de Radio France.
  • 1969 : La JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie) accède en première division de football. Elle sera le porte-drapeau et le symbole de résistance de la Kabylie.
  • Juillet  1969 : Marguerite Taos Amrouche, chanteuse kabyle, est interdite au Festival Panafricain d’Alger.
  • Septembre 1969 : Création du « Cercle Culturel Berbère » à la cité universitaire de Ben Aknoun (Alger)
    En riposte à ce CCB, et comme contre-feu aux Kabyles, Boumediene encourage les islamistes à créer la première mosquée qu’il finance dans la même cité.

Les années 70 : Renaissance malgré la terreur

  • 18/10/1970, Krim Belkacem, le leader kabyle, est assassiné à Francfort, par les services de Boumediene.
    Mouloud Mammeri publie la grammaire berbère (Tajerrumt n tmazight) et un lexique moderne (Amawal atrar).
  • 1972 : Idir révolutionne la chanson kabyle qui, tout en se modernisant, devient revendicative sur les plans identitaire et culturel. La liberté d’expression entame son combat contre la censure.
  • 1973 : Le cours de langue amazighe assuré bénévolement à l’université d’Alger par l’écrivain Mouloud Mammeri est supprimé par décision du ministère de l’enseignement supérieur.
  • Mars 1973 : Lors du Festival de la chanson algérienne, des étudiants kabyles forment deux groupes de musique qui réussissent à s’inscrire pour y participer (« Imazighen Imoula» en Kabylie et « Lazouk » à Alger). Les phases éliminatoires se déroulent les 05/07 et le 20/08/1973. En Kabylie, le groupe Imazighen Imoula passe les présélections sans coup férir, alors que Lazouk, porté pourtant par le prestigieux chanteur IDIR, est recalé dès le 1er tour à Blida. Sa prestation, de facture internationale, est retransmise à la télévision algérienne mais son élimination répond à deux besoins :
    • ne pas faire représenter Alger par la chanson kabyle,
    • empêcher les Kabyles de gagner le premier prix. Celui-ci finit quand même par être remporté par le groupe rescapé « Imazighen Imoula » que sont venus renforcer les membres de Lazouk. Les Abranis remportent le 3e prix. A elle seule, la Kabylie a raflé l’essentiel de la musique moderne.
  • Naissance du Groupe d’Etudes Berbères de Vincennes à l’initiative de Mbarek Redjala.
  • Décembre 1973 : La troupe théâtrale universitaire de Ben Aknoun, composée de militants kabyles et dirigée par le metteur en scène, Mohand Ait Ahmed, réussit l’exploit de représenter l’Algérie au Festival International du Théâtre de Carthage. Le représentant du ministère de la culture venait chaque semaine assister aux répétitions qui, en sa présence étaient jouées en arabe. Mais dès qu’il partait, elles reprenaient en kabyle. La qualité du jeu scénique kabyle a épaté les spectateurs et le jury qui lui décerne le 2e prix du Festival. Aucun remerciement du Ministre qui se sent floué.
  • Juin 1974 : La fête des cerises de Larvaa Nat Yiraten (Ex Fort National) tourne au drame après que les autorités aient décidé d’interdire des chanteurs kabyles. L’électricité est coupée et des émeutes eurent lieu la nuit devant l’une des plus grandes casernes algériennes en Kabylie. 4 morts parmi les militaires. La fête des cerises est définitivement interdite sous la dictature du parti unique.
  • Publication des premières revues clandestines « Taftilt » et « ITIJ »
  • 27/12/1975 : Une bombe artisanale est déposée devant l’unique quotidien francophone d’Algérie, « El-Moudjahid ». Dégâts matériels minimes. Une chasse à l’homme fut déclenchée dans les milieux « berbéristes ». Une dizaine de Kabyles sont arrêtés et pour délégitimer leur revendication de langue et d’identité, le pouvoir va les accuser de « complicité avec l’étranger ».
  • 04/03/1976 : Procès des « poseurs de bombe » : un condamné à mort (Smail Medjber), un autre à perpétuité (Mohand U Harun), un à 20 ans (Kaci Lounes) et un à 10 ans (Cherradi Hocine)
  • Du 19/05 au 19/06 1976 : un texte doctrinaire, « La Charte Nationale », est soumis à débat populaire pour asseoir la légitimité d’une nouvelle constitution. Sa première phrase assène : « L’Algérie est partie intégrante du monde arabe ». De tous les coins d’Algérie où vivaient des Kabyles, revenait la demande de reconnaissance de la langue et de l’identité amazighes. Mais à sa clôture, le 20/06/1976, Boumediene qui admet à demi-mots l’existence d’une opposition kabyle, ferma toutes les portes à une reconnaissance de la moindre différence linguistique ou identitaire en Algérie en affirmant : « Lors de ces débats, beaucoup d’intervenants ont demandé la promotion de l’arabe populaire. Si nous venions à accéder à leur vœu, comment allons-nous communiquer avec nos frères saoudiens, syriens, irakiens ou palestiniens ? »
  • Le 16/09/1976 : une constitution est adoptée par une mascarade référendaire et reprend les mêmes éléments de base que celle de 1963. L’arabe langue nationale et l’islam religion d’Etat. Au diable, les Kabyles !
  • 30/11/1976 : 1ère arrestation de Ferhat Mehenni, un activiste « berbériste ».
  • 19/06/1977 : la JSK est en finale de la coupe d’Algérie de football. Le dictateur Boumediene qui devait remettre le trophée au vainqueur était là, au « Stade du 5 juillet » à Alger. Pour cette occasion, les Kabyles ayant rempli le stade, huèrent l’hymne national algérien et scandèrent « A bas Boumediene ! ». Aussitôt, sur ordre du despote, la JSK change d’appellation, il fallait qu’elle perde le nom de Kabylie, elle est renommée en arabe : « Jamaiyat Sariaa Kawkabi ».
  • Septembre 1977 : Ouverture de l’université de Tizi-ouzou, pour « dékabyliser Alger » où les universitaires kabyles envahissaient tous les espaces.
  • 1978 : La JSK perdra même ses initiales pour devenir JET, car la « Jamayat Sariaa Kawkabi » gardait son acronyme d’origine qui rappelle trop la Kabylie.
  • 1978 : Première grève des étudiants à Tizi-ouzou.
  • 1978 : Dissolution de l’Académie Berbère à Paris suite à une collaboration entre services algériens et français.
  • Octobre 1978 : création de la Coopérative Imedyazen à Paris par le FFS qui, après une hibernation de 13 ans, revient à la vie en rédigeant sa première plateforme « Algérie : l’alternative démocratique », prônant une « autonomie régionale ».
  • 28/10/1978 : Organisation d’un concert à Paris par Imedyazen pour mobiliser l’opinion kabyle en faveur de son identité et de sa langue. Il y avait à l’affiche, Slimane Azem et Hnifa, Idir et Ferhat.
  • Depuis septembre 1978, Boumediene malade n’est pas apparu à la télévision. Il agonisait.
  • 12/12/1978 : une opération en Kabylie est montée de toutes pièces par les services algériens pour faire diversion sur la mort du dictateur. Un avion-cargo décolle de nuit de la base d’aviation militaire de Vgayet pour aller larguer, 15 km plus loin seulement (Cap Sigli) des armes à de soi-disant opposants. La propagande officielle attribua ce « coup » aux Marocains.
  • Le 28/12/1979 : Boumediene est « débranché ». Chadli Bendjedid lui succéde deux mois plus tard. C’est sous la présidence de celui-ci que la Kabylie, ayant repris ses forces depuis le traumatisme de la guerre de 1963-1965, va s’affirmer politiquement.
  • 1979 : 2e grève des étudiants de Tizi-ouzou. Premières distributions clandestines de la plateforme du FFS « Algérie : l’alternative démocratique ».

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SIWEL 121623 Oct 17 UTC

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