Mémorandum – Algérie VS Kabylie : les années 80, à l’assaut de la dictature algérienne

MEMORANDUM

POUR LE DROIT A L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

Déposé à l’ONU le 28 septembre 2017

Algérie versus Kabylie II : Les années 80

Les années 80 : A l’assaut de la dictature algérienne

  • 06/03/1980 : Troubles à la Cité Universitaires des filles de Ben Aknoun (Alger) où, dans le cadre de la célébration de la journée de la femme, une soirée culturelle kabyle est agressée par des étudiantes antikabyles.
  • 08/03/1980 : toujours dans le cadre de la journée de la femme et dans la même cité des filles, les étudiantes kabyles perturbent à leur tour la célébration des festivités officielles.
  • 10/03/1980 : Une conférence sur les « poèmes kabyles anciens » de l’écrivain Mouloud Mammeri est interdite. Cela va déclencher des troubles en Kabylie qu’on appelle depuis le « printemps berbère » d’avril 1980. Ce fut l’un des événements les plus marquants du bras de fer entre la Kabylie et l’Algérie avant 2001.
  • 11/03/1980 : Première marche depuis 1963 à Tizi-ouzou de protestation contre l’interdiction de cette conférence.
    Cela ne va pas s’arrêter. La Kabylie bouillonne. Une coordination est établie entre les étudiants kabyles d’Alger et ceux de Tizi-ouzou. L’Université d’Alger est le théâtre de rassemblements de protestation quotidiens.
  • 19/03/1980 : un brûlot provocateur du rédacteur en chef du seul quotidien francophone du régime, « El-Moudjahid », met le feu aux poudres. Il accuse Mammeri de collaboration avec l’ennemi pendant la guerre d’Algérie. Indignation unanime de la Kabylie qui se sent indignée et offensée.
  • 27/03/1980 : 1ère arrestation d’un étudiant, Arezki About.
  • 28/03/1980 : 1ère tentative de marche improvisée à Alger, violemment dispersée par la police.
  • 07/04/1980 : Double tentative de marches à Paris et Alger, à l’appel du FFS. A Alger, Ferhat Mehenni et Said Sadi sont au premier rang de la manifestation. Intervention musclée de la répression. Une centaine d’arrestations parmi les manifestants.
    Pour la première fois de l’histoire de l’Algérie indépendante, le Journal Télévisé fait état d’une « tentative de marche » et accuse « la main de l’étranger ».
  • A partir du 08/04/1980, la Kabylie est lynchée dans les médias algériens. Le quotidien « El-Moudjahid » et son clone arabophone « Ech-chaab » ne publient pour l’essentiel que les messages de soutien au régime et de condamnation de la marche des « contre-révolutionnaires », « valets » ou « suppôts » de l’impérialisme et du néocolonialisme. Les moindres sections du FLN, parti unique, et de ses « organisations de masses » les plus insignifiantes voient leurs communiqués repris par les médias du régime.
  • 10/04/1980 : L’Université de Tizi-Ouzou se met en grève illimitée.
  • 12/04/1980 : troubles à El-Kseur et Sidi Aich (Vallée de la Soummam) à la suite de l’interdiction d’un concert de Ferhat Imazighen Imoula. Le Monde en fait état le 14/04 en écrivant : « Dans la Vallée de la Soummam, c’est le chanteur Ferhat qui a mis le feu aux poudres ».
  • 16/04/1980 : La première grève générale paralyse Tizi-ouzou.
  • 16/04/1980 : Le Chanteur Ferhat est arrêté et torturé au commissariat central d’Alger.
  • Dans la nuit du 19 au 20 avril 1980, à l’heure où les étudiants de l’université de Tizi-ouzou dormaient profondément, violente intervention des troupes anti-émeutes avec chiens et matraques pour les déloger. Résultats : 547 blessés admis à l’hôpital de la ville. Cinq (05) d’entre eux en ont définitivement perdu la raison.
    Un millier d’arrestations en milieux estudiantins (Alger et Tizi-ouzou).
  • 20 avril 1980 : Toute la Kabylie est dans la rue pour protester contre la répression de ses enfants. Émeutes et barricades pendant une semaine (20-27/04). Les voies de communication sont fermées autour de la Kabylie par des barrages de gendarmerie et de l’armée pour empêcher que personne ne puisse y entrer ou en sortir. Cela va faciliter le lynchage médiatique de la Kabylie qui atteint son paroxysme entre le 20 avril et début mai.
  • 15/05/1980 : Communiqué selon lequel toutes les personnes arrêtées sont libérées à l’exception de 24 militants de partis d’opposition (clandestins).
  • 20/05/1980 : Malgré une Kabylie presque étêtée, une deuxième grève générale est observée à Tizi-ouzou pour, cette fois, demander la libération des détenus.
    Le pouvoir appelle à un congrès extraordinaire du FLN pour examiner les troubles en Kabylie.
  • 13/06/1980 : la veille de ce Congrès extraordinaire du FLN, la Kabylie ne s’avoue pas vaincue. L’Université de Tizi-ouzou organise, avec l’écrivain Kateb Yacine et le chanteur Ferhat, une journée de résistance. L’écrivain, révolutionnaire qu’il était, reconnaît publiquement qu’il existe « une question kabyle » en Algérie.
  • 26/06/1980 : les 24 détenus qui devaient être déférés devant la Cour de Sûreté de l’Etat sont mis en « liberté provisoire », mais dans les faits, ils sont remis en liberté tout court. Leur dossier ne sera jamais rouvert.
  • Du 02/08/ au 16/08/1980, se tient le Séminaire d’Yakuren. Une cinquantaine de cadres universitaires et syndicaux ayant pris part de près ou de loin au « Printemps Berbère » (mars, avril, mai, juin 1980) se retrouvent pour rédiger une plateforme de revendications kabyles. Le document rendu public est remis aux instances algériennes. Après un survol de l’histoire millénaire d’Afrique du Nord, de la colonisation française et la « lutte de libération nationale » en Algérie, les rédacteurs insistent particulièrement sur la nécessaire reconnaissance par le pouvoir algérien de l’identité berbère et des « langues populaires », qualifiées aussi de langues « maternelles » : le berbère et l’arabe algérien.
  • Septembre 1980 : Remaniement ministériel, nomination pour la première fois d’un Secrétaire d’Etat aux cultures populaires mais dont le travail n’a jamais concerné la promotion de la langue et de la culture kabyles pour lesquelles il devait être consacré.
    En réponse aux berbéristes kabyles, une circulaire présidentielle augmente substantiellement le volume horaire de l’islam dans l’enseignement au primaire et au secondaire.
  • 10/10/1980 : Séisme violent à El Asnam (200 km à l’ouest d’Alger), rebaptisée depuis Chlef. Malgré la distance, les médecins kabyles furent les premiers sur les lieux.
  • 03/12/1980 : Le chanteur Ferhat se produit à Oran où les officiers kabyles de la base navale de Mers El-Kebir le réquisitionnent pour un concert. Celui-ci a lieu au Mess des Officiers qui a vibré au répertoire contestataire de l’artiste dont le fameux « Tahia Berzidan ». Cela ne l’empêchera pas de se faire de nouveau arrêter à l’aéroport d’Alger, le 13/12/1981 alors qu’il devait se rendre pour un concert à St-Etienne (France).
  • Janvier 1981 : Naissance de la revue Tafsut (semi-clandestine) dans laquelle des réponses au déni d’identité et de langue opposé à l’amazighité étaient apportées.
  • Mars 1981 : Le pouvoir répond par la proposition d’une « Charte Culturelle » du FLN.
  • 20/04/1981 : Grandiose 1er anniversaire du « printemps Berbère » à l’université d’Alger et à Tizi-ouzou. La foule qui a fait le déplacement est évaluée à des dizaines de milliers de personnes.
  • 21/04/1981 : 1er cours de langue amazighe organisé à Bab Ezzouar (Alger) en présence de Salem Chaker, 1er professeur kabyle de langue amazighe.
  • 19/05/1981 : pour la « Journée nationale de l’étudiant », une quinzaine d’arrestations sont opérées en milieu estudiantin kabyle à l’université d’Alger.
  • 21/05/1981, une manifestation estudiantine est violemment réprimée à Vgayet. Une vingtaine d’arrestations.
  • Juillet 1981. Devant la persistance de la résistance kabyle, la 5e session du Comité Central du FLN est spécialement convoquée pour débattre du projet de charte culturelle. Finalement plutôt qu’une charte ce sera un simple « Rapport sur la politique culturelle » qui sera adopté. Il résume la détermination de l’Algérie à éradiquer la langue kabyle au nom de « l’unité nationale » en affirmant : « Ainsi qu’en témoigne l’Histoire, plus d’une nation avancée est arrivée à accomplir un grand bond en avant grâce à une langue unique véhiculant les activités de l’Etat et les efforts de l’administration centrale, réalisant, ainsi, l’unité nationale. » (Rapport sur la politique culturelle, 5e session du comité central du FLN; édité par le Ministère de l’Information, Alger, p. 19).
    Mais durant les débats dont certains sont retransmis à la télévision, l’obsession unique des membres du comité central du FLN, d’en finir avec la question kabyle, tourne autour de la manière de « parvenir à ce que les mères kabyles parlent à leurs enfants en arabe aussitôt qu’ils sont nés » !
  • 11/09/1981 : Une décision d’organiser une grève de la rentrée scolaire pour le 29/09/1981 est prise par le noyau dur des activistes kabyles.
  • 18/09/1981 : arrestation de deux artistes kabyles, Malika Domrane et de Matoub Lounes à l’aéroport d’Alger.
  • 28/09/1981 : pour désamorcer la grève, le gouvernement algérien annonce la création d’une chair des cultures populaires à l’université de Tlemcen (600 km au Sud-ouest de la Kabylie).
  • Début octobre 1981 : Des mesures sont prises contre les principaux animateurs du Mouvement Culturel Berbère.
    • Arrestations à deux reprises du chanteur Ferhat pour répondre de la grève du 29/09/1981. Son exemption du service militaire lui est confisquée.
    • Mutation du Dr Said Sadi de l’hôpital de Tizi-ouzou à celui de Khenchela (Aurès). Il refuse de rejoindre son nouveau poste.
    • Appel sous les drapeaux de Ramdane Achab qui rejoint sa caserne. Hend Sadi est recherché et rend publique une déclaration, en se mettant momentanément en clandestinité.
  • 16/10/1981 : Condamnation par le Tribunal d’Alger des étudiants arrêtés le 19/05/1981.
  • 31/12/1981 : Procès des militants kabyles arrêtés le 19/05/1981 à Vgayet (ex Bougie). Deux bus pleins d’étudiants de l’université de Tizi-ouzou, se rendent sur les lieux en signe de solidarité avec les inculpés. Pour échapper à la pression estudiantine, le verdict sévère, dicté par Alger, n’est rendu qu’après minuit, une fois que la fatigue avait gagné la plupart des étudiants.
    Les procès d’Alger et de Bougie ont bénéficié de collectifs d’avocats bénévoles constitués autour de Me Ali Yahia et de Me A. Ainouz.
  • 1982 : A l’occasion du 20ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le pouvoir manœuvre pour s’attirer les grâces de la Kabylie.
  • Février 1982 : Ait Ahmed est démarché de manière officieuse pour qu’il rentre de son exil et qu’il mette un terme à son opposition au pouvoir qui souhaitait le coopter. Refus catégorique du leader kabyle qui ne voulait ni transiger sur ses principes ni remettre sa liberté en danger.
  • 24/03/1982 : Ferhat et Mouloud Mammeri, de retour de France, sont arrêtés à l’aéroport d’Alger.
  • 20/04/1982 : La Kabylie est de nouveau en communion avec ses revendications identitaires et linguistiques en ce 2e anniversaire de ce qui est désormais appelé le « printemps Berbère » de 1980.
  • Mai 1982 : Annonce fracassante : Les restes du Colonel Amirouche, le héros kabyle de la guerre d’indépendance, sont « retrouvés » dans le sous-sol du siège de la gendarmerie nationale à Alger où Boumediene les avaient cachés. Parti dans le but de ramener des armes de Tunis, il n’y est jamais arrivé. Donné par les hommes de Boussouf, il fut tué en cours de route par l’armée française près de Boussaada (270 km Sud-est d’Alger). On jumelle l’opération Amirouche avec celle du rapatriement des restes de deux autres leaders kabyles de la guerre d’indépendance : Ceux de Abane Ramdane du Maroc, où il fut assassiné le 27/12/1957 par les tenants actuels du pouvoir, et de Francfort, ceux de Krim Belkacem, assassiné par le régime algérien en 1970. Ils seront tous les trois réinhumés au Carré des Martyrs du cimetière d’El-Alia où reposent les dignitaires du système en place. Après la nationalisation des hydrocarbures voici donc celles des icônes kabyles.
  • Juin 1982 : Cheikh Imam (chanteur égyptien emprisonné par Nasser et libéré sur intervention du président français, François Mitterrand) chante à Tizi-ouzou. S’étant engagé à se rendre au campus universitaire, après son récital à la Maison de la culture, pour apporter son soutien aux militants « berbéristes », il en est empêché par la police qui lui interdit de s’y rendre. Toutefois, Kateb Yacine a été le remplacer au pied levé.
  • 02/07/1982 : Festival du chant patriotique à Vgayet : Le même Cheikh Imam est de nouveau enlevé par la police pour l’empêcher de rencontrer des militants du MCB (Mouvement Culturel Berbère).
  • 05/07/1982 : Libérations de quelques militants berbéristes condamnés le 04/03/1976 dans le cadre de l’affaire des « poseurs de bombe ».
  • 12 Septembre 1982 : Fête du Peuple Breton à Brest (France) : Echanges houleux entre Kabyles et représentants de l’Amicale des Algériens en France.
  • 02/11/1982 : Assassinat à l’arme blanche d’un militant kabyle, Amzal Kamel, par un groupe d’étudiants islamistes à l’université de Ben Aknoun (Alger). L’assassin présumé n’est condamné qu’à 6 ans de prison et finit par être gracié deux ans plus tard.
  • 04/11/1982 : Grève générale en Kabylie pour protester contre cet assassinat. Riposte d’Alger : occupation militaire du campus universitaire de Oued Aissi (Tizi-ouzou) où devait se dérouler le meeting de protestation du Mouvement Culturel Berbère.
  • 06/11/1982 : L’enterrement d’Amzal Kamel à Tiferdout (1200 m d’altitude près Tala Boudi, ex Michelet) draina des milliers de personnes qui ont ponctué l’événement par une marche silencieuse sur la ville (actuel Ain El Hammam).
  • 02/12/1982 : Confiscation par la police du passeport du chanteur Ferhat. Il n’en recevra un autre que 5 ans plus tard (janvier 1988).
  • Mars 1983 : Mise sur pied de « l’Association des Enfants de Chouhada » (enfants de maquisards kabyles tombés pendant la guerre d’Algérie ». Sa première revue clandestine « Anza » (cri d’outre-tombe) rend publique une lettre de l’Emir Abdelkader datée de 1870, refusant l’alliance que lui proposait Bismarck contre l’ennemi français commun, en écrivant : « Que Dieu maudisse le glaive qui se lèverait contre la France généreuse » !
  • 20/04/1983 : La commémoration du 20 avril est un succès éclatant malgré des tensions entre militants « culturalistes » et « socialistes » au sein de l’université de Tizi-ouzou. La chanteuse Nouara régale le public.
    Visite de Chadli à Tizi-ouzou. En posant la première pierre d’une nouvelle cité à Nouvelle-ville, il glisse un document dans leqquel il fustige les militants kabyles.
  • Juin 1983 : Premières bases d’une structuration clandestine du MCB. Deux textes ont été présentés au débat : l’un de Salem Chaker sur la problématique linguistique et identitaire, l’autre par Said Sadi portant sur la structuration politique. Les deux textes complémentaires sont adoptés. La structure expérimentale mise sur pied est née. La présidence provisoire a été confiée à Me Mokrane Ait Larbi.
  • 05/07/1983 : Tentative de dépôt de gerbe de fleurs au monument aux morts du centre-ville de Tizi-ouzou, par les « enfants de chouhadas » kabyles qui décident de refuser que le sang de leurs parents légitime la dictature algérienne. Un nouveau cheval de bataille est ainsi né. Conjugué au MCB, la Kabylie se renforce et élargit son influence à d’autres régions d’Algérie (Alger, Tipaza et Chlef notamment).
  • 16/07/1984, Ferhat Mehenni, qui depuis la manifestation du 05/07 se cachait avec Mokrane Ait Larbi et Said Sadi à Dellys, sort de la clandestinité et se fait arrêter aussitôt chez lui. Écroué à la prison de Berrouaghia, il passe toute la journée au quartier des condamnés à mort.
  • 04/02/1984 : Nouveau découpage territorial algérien. La Kabylie est dépecée. Un tiers de sa superficie est affecté à de nouvelles entités administratives limitrophes. La démarche consiste à éroder la langue et l’identité kabyles sur les pourtours de la Kabylie.
  • 15/10/1984 : Le chanteur Ferhat et l’activiste du MCB, Arezki About, sont arrêtés par la Sécurité Militaire qui les interroge à Blida. Ils sont relâchés avec un message d’avertissement à transmettre aux acteurs du MCB : « Gare à celui qui oserait perturber la commémoration du 30ème anniversaire du déclenchement de la guerre d’Algérie, le 1er novembre).
  • 01/11/1984 : A Azeffoun, cité balnéaire kabyle, un monument aux morts va être inauguré. Le faste et la solennité prévus pour l’occasion, devant une foule nombreuse, sont perturbés et empêchés par des militants kabyles (enfants de chouhadas et MCB). C’est la débandade générale des dignitaires du régime algérien devant cette intervention défiant publiquement leur autorité.
    Ce fut la première victoire depuis 1980. Un nouveau processus de contestation du régime par la Kabylie se met en place.
    Sur conseil de Me Ali Mecili, La FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme, francophone) est sollicitée pour admettre en son sein une ligue algérienne des droits de l’homme, si elle venait à être créée.
  • 06/02/1985 : Conférence à la Maison de la Culture de Tizi-ouzou sur la « réécriture de l’histoire de la Wilaya III » (Kabylie) pendant la guerre d’indépendance. Sa conclusion principale est « La Wilaya III a participé à la Révolution » ! Quand on sait le rôle de premier plan assuré par la Kabylie tout le long de la guerre d’Algérie, c’est là une insulte de plus.
    Avant le début des travaux, six militants kabyles dont cinq fils de maquisards tombés au champ d’honneur, sont arrêtés pour avoir voulu participer à ladite conférence. Ils sont écroués à la maison d’arrêt de la ville où ils entament aussitôt une grève de la faim.
  • Le 12/02/1985 : Leur procès a lieu à Tizi-ouzou. La relaxe est prononcée pour tous. Mais le procureur de la république, M. Aissi, meurt d’un infarctus. Il n’a pas supporté les menaces et les vociférations de son ministre qui lui reprochait d’avoir été en deçà de ce qui était attendu de lui lors de son réquisitoire.
  • Mars 1985 : Suite à des contacts avec des milieux de l’opposition non kabyle, une première réunion pour créer une ligue algérienne des droits de l’homme a lieu dans un restaurant d’Alger (El Bassour). Saad Dahleb, membre de la délégation du FLN ayant négocié les Accords d’Evian du 18/03/1962, y participe. C’est une caution officielle du régime. Que cache-t-elle ?
    Le deal entre la partie kabyle et son alliée arabophone du moment stipule que la présidence de la ligue ira à un kabyle, Me Abdenour Ali Yahia, tandis que la majorité absolue du Conseil d’Administration sera donnée à l’aile « arabe ». Les élections ont donné les résultats convenus. Le soir même, une réunion de ce conseil d’administration se tient et, surprise ! La partie majoritaire revendique que le président ne soit pas celui élu par l’assemblée générale mais par les membres du Conseil d’Administration. Crise ouverte ! La parole donnée n’est pas respectée. Scission.
  • 29/06/1985 naît, à Alger, la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’homme, avec quand-même, oh prouesse, un non kabyle dans son conseil d’adminitration, le psychiatre d’origine constantinoise, le Pr Khaled Benmiloud.
  • 05/07/1985 : Célébration de l’anniversaire de l’indépendance : Le MCB opérant sous couvert des enfants de Chouhada organise un dépôt de gerbes de fleurs au centre-ville de Tizi-ouzou. La police intervient. Douze militants sont arrêtés et transférés à Alger. Ils sont déférés devant la Cour de Sûreté de l’Etat et écroués à Berrouaghia.
    La Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme, le MCB et les enfants de chouahada sont décapités.
  • 29/07 au 09/08/1985 : Grève de la faim des prisonniers.
  • 20/08/1985 : arrestation des derniers éléments du noyau du Mouvement Culturel Berbère (Said Sadi, Me Ait Larbi et Said Doumane).
  • 30/08/1985 : Le plus populaire des chanteurs kabyles, Ait Menguellet, réagissant à ces arrestations, dédie son concert à Alger aux prisonniers kabyles.
  • 09/09/1985 : Arrestation d’Ait Menguellet au prétexte de détention illégale d’arme à feu. Il est incarcéré à El Harrache (banlieue-est d’Alger)
  • 10/09/1985 : Le Secrétaire Générale de la Ligue Algérienne des Droits de l’homme, M. Hachemi Nait Djoudi, dénonce cette arrestation. Il est à son tour écroué avec ses camarades à Berrouaghia.
  • 15/09 au 25/09/1985 : Emeutes en Kabylie contre toutes ces arrestations.
  • 20/10/1985 : Les gardiens de prison de Berrouaghia, sur ordre du ministre Boualem Baki, tentent d’agresser les prisonniers kabyles qui se barricadent dans leur cellule collective.
  • 16/12/1985 : Ouverture du procès des prisonniers kabyles devant la Cour de Sûreté de l’Etat à Médéa.
    Le même jour est conclu l’accord de Londres entre l’opposant kabyle, Hocine Ait Ahmed et son ancien ennemi juré, Ahmed Ben Bella. La coïncidence avec le procès de Médéa était intentionnelle. Un historien renommé, ancien conseiller de Ben Bella, dit à ce dernier, en des termes moins polis : « Les Kabyles t’ont eu ! »
  • 18/12/1985 : Suspension du procès, suite à la défection d’un membre du jury pour objection de conscience : Il ne cautionne pas qu’on traduise en justice pour des raisons politiques, des enfants de ses compagnons de maquis de la guerre d’indépendance. Le procès aurait dû être annulé pour vice de procédure, mais il ira jusqu’au bout.
  • 23/12/1985 : Verdict de la Cour de Sûreté de l’Etat : Cinq des vingt-trois inculpés sont condamnés à trois ans de prison ferme et un sixième écope de dix-huit mois.
  • 02/01/1986 : Transfert des condamnés à Tazoult-Lambèse où ils seront passés à tabac par un comité de matons préparé à cet effet.
  • Octobre 1986 : Émeutes en Kabylie orientale et à Constantine. Des centaines d’arrestations. Ceux d’entre eux qui sont transférés à la prison de Tazoult-Lambèse ont été répertoriés par les détenus Kabyles, notamment Arezki Ait Larbi et leur liste sortie de prison grâce à un ingénieux procédé technique de Ferhat Mehenni.
  • 02/11/1986 : transfert des prisonniers politiques kabyles de Tazoult-Lambèse vers Constantine, Sétif et Blida.
  • Mars 1987 : Le pouvoir algérien crée sa propre Ligue Algérienne des Droits de l’Homme. Il l’actionne pour demander la libération des détenus kabyles.
  • 07/04/1987 : Assassinat à Paris de Me Ali Mecili par les services algériens. Il était le bras droit de Hocine Ait Ahmed et c’était grâce à lui qu’il y a eu jonction entre le FFS et le MCB naissant, et que Ben Bella accepta l’accord de Londres avec la Kabylie. La France s’empresse d’expulser l’assassin vers l’Algérie, à la demande de celle-ci.
  • 27/04/1987 : Libération des prisonniers kabyles suite à une « grâce présidentielle », mais leurs rangs sont définitivement divisés.
  • 05/07/1987 : Libération des « poseurs de bombe » kabyles, condamnés par la Cour de Sûreté de l’Etat le 04/03/1976.
  • Juillet 1988 : Université d’été clandestine en Kabylie pour former une nouvelle organisation politique plus structurée et plus déterminée que le MCB.
  • 19/09/1988 : Le président algérien au niveau intellectuel limité, pro-arabe, fait un discours ressenti comme provocateur par la Kabylie. Il annonce que l’Algérie va s’unir avec la Jamahiriya Arabe Libyenne et que « ceux qui ne sont pas d’accord, n’ont qu’à aller vivre ailleurs ! »
  • 24/09/1988 : Des grèves tournantes dans l’Algérois sont orchestrées dans les entreprises publiques.
  • 28/09/1988 : Premières émeutes à Alger.
  • 04/10/1988 : Réunion restreinte du MCB pour évaluer la situation. Conclusions :
    • Nécessité d’une meilleure information sur les émeutes qui s’étendent à travers l’Algérie.
    • Considérer le moment comme étant révolutionnaire et en profiter pour recréer une société politique.
    • Protéger la Kabylie de tout trouble non contrôlé et qui mettrait le MCB hors-jeu. Un tract appelant à une grève générale pour les 10 et 11 octobre est rédigé.

    Dans la foulée des discussions, suite à la décision de prendre attache avec toute la classe politique réduite au silence, Said Sadi propose que l’on prenne langue également avec le pouvoir algérien. Finalement on ne verra personne en dehors des représentants de celui-ci.

  • 05/10/1988 : Etat de siège décrété par Chadli. Intervention de l’armée pour rétablir l’ordre dictatorial. Des centaines de morts et d’arrestations.
  • 06/10/1988 : Un émissaire du pouvoir, en la personne du commissaire de la ville kabyle des Issers contacte la direction du MCB : Son message est celui d’une menace sous forme de conseil : « Le pouvoir n’attend qu’une seule chose : que la Kabylie bouge et il y fera un massacre. Les sièges des wilayas (préfectures) kabyles sont truffés de commandos prêts à intervenir contre les Kabyles qu’on va accuser d’être manipulés de l’étranger pour fomenter tous les troubles qui se produisent à travers l’Algérie.
  • 07/10/1988 : Une délégation de trois Kabyles est reçue à la présidence de la république par le bras droit de Chadli, Larbi Belkheir. Hachemi Nait Djoudi, Mokrane Ait Larbi et Said Sadi reviennent avec la conviction que le pays va se « démocratiser ». La Kabylie tient son rôle sur l’échiquier politique algérien. En dehors des Kabyles, c’est une délégation d’islamistes qui a été reçue à El-Mouradia. Ces derniers s’attribuent les émeutes d’Alger et se font prendre plus au sérieux que les pacifistes Kabyles.
  • 09/10/1988 : Le chanteur kabyle Matoub Lounès, prend avec lui deux étudiants et des rames de tracts appelant à la grève générale en Kabylie. Direction Michelet (Ain El Hammam). Ils distribuent les tracts le long de leur parcours à partir de Tizi-ouzou. Signalé par les services de sécurité, il est intercepté par un barrage de la gendarmerie dont le chef vide sa Kalachnikov sur lui. Il ne doit sa survie qu’à une intervention le lendemain de deux militants kabyles qui le retirent à l’hôpital de la localité où, il allait à coup sûr mourir.
  • 10/10/1988 : Discours de Chadli annonçant une ouverture politique sur la base d’un référendum. L’événement va accentuer les divisions que l’épreuve de la répression de 1985 avait suscitées dans la classe politique kabyle.
  • 13/10/1988 : Conférence de presse annonçant la tenue des « Assises du MCB » en vue de créer un parti politique kabyle. Ait Ahmed, est mécontent. La lutte pour le leadership en Kabylie est lancée. Elle fera plus de dégâts au sein des militants que n’en avait fait la répression.
  • 29/10/1988 : Arrivée à Alger de l’actrice française, Isabelle Adjani. Ce sont les Kabyles de la LADDH, à leur tête Me Abdenour Ali Yahia qui l’accueillent et lui confectionnent son programme de travail. C’est ainsi, que pour le 01/11/1988, journée d’inauguration d’un monument aux morts à Ighil-Imoula (Kabylie) où fut tiré le tract appelant à la guerre d’indépendance de l’Algérie, en 1954, elle préfère voir des blessés des événements d’octobre 1988 dont le chanteur Matoub Lounès. Elle refuse d’aller à des « mondanités » du régime algérien. Sa visite va internationaliser le cas dramatique de Matoub et forcer enfin le gouvernement algérien à le transférer en France où il va être sauvé de la mort in extremis.

Lire :

SIWEL 131024 Oct 17 UTC

Partager ceci...

Laisser un commentaire