TRADUIRE LES PRISES DE POSITION EN ACTES POLITIQUES

KABYLIE (SIWEL) — De partout à travers la Kabylie, les témoignages de solidarité envers le MAK, et envers le président du GPK affluent. Elles émanent aussi bien de personnalités politiques connues et influentes en Kabylie, à l’instar de Djamel Zenati, Salem Chaker, Noredine Ait Hamouda, Bouaziz Chebib, Said Sadi, que de milliers d’anonymes, aussi bien dans la rue que sur les réseaux sociaux.

Il a fallu, encore fois, qu’une menace d’un danger sérieux et imminent plane au dessus des citoyens kabyles, pour que des réactions en chaîne, et convergentes vers un soutien absolu des « nationalistes kabyles », s’expriment en toute franchise. Cependant, pour beaucoup d’observateurs, les choses ne doivent pas rester à ce niveau. Cet élan unificateur doit se traduire en actes politiques.

En effet, n’est-il pas temps pour toutes les élites kabyles de réfléchir sérieusement sur le cas de la Kabylie, et faire le diagnostic adéquat, pour justement en finir avec cette errance politique, contre nature au possible, qui dure depuis au moins le mouvement national ?

Il suffit pour cela de relire l’Histoire d’une manière froide, sans passion, et surtout avec objectivité, lucidité pour se rendre compte que le greffage de l’entité kabyle au sein de l’entité algérienne n’est pas prête de prendre, tant tout les oppose. Les exemples qui le démontrent foisonnent !!!

Déjà, lors de la création de l’étoile nord africaine (ENA), en 1926, initiative purement kabyle, il avait fallu placer à sa tête, Messali El hadj, figure arabe, pour espérer pouvoir rallier les autres régions à la cause nationaliste. Une aberration digne du cinéma burlesque qui n’a pas eu l’air de déranger nos ainés !!!

Eh oui ! Les fondateurs de l’ENA avaient compris, consciemment ou inconsciemment, que les arabophones n’adhéreraient jamais à une organisation structurée par des kabyles. Malgré la gravité de ce fait, cela ne les avait pas plus interpellés que ça !!! Une erreur fatale qui s’est vue confirmée par la suite, par la série de rejets de tout ce qui est kabyle par nos « vaillants » citoyens Algériens, de cette époque à nos jours.

Durant le mouvement de libération nationale, soit dit en passant pour qui cette dernière, la crise berbériste de 1949 en avait été l’apogée. C’est là que le malaise profond avait été le plus criant, il ne pouvait en être autrement car le principe se vérifie toujours, nier les évidences, elles finissent toujours par vous éclater à la figure et pas de la meilleure des manières qui soit.

D’autre part, pour mettre en lumière l’errement de nos anciens, il convient de se rappeler qu’avant le déclenchement de la guerre du premier novembre, les fondateurs du FLN, les chefs historiques, avaient voulu refuser le statut de wilaya à la Kabylie, pourtant comble de l’ironie, la seule à être prête militairement à entreprendre une guerre contre la France coloniale.

Il avait fallu toute l’intransigeance de Krim Belkacem et Ouamrane pour que la chose soit acceptée. Ces deux libérateurs kabyles avaient complètement loupé le coche en ne voulant pas voir que le vers était dans le fruit, impossible à déloger, et surtout que la situation était annonciatrice de catastrophes à venir…  

Merci donc pour l’aumône accordée car les déboires de la Kabylie n’avaient fait que commencer à ce moment-là. En effet, il ne fallait pas croire que l’indépendance allait régler ces dissensions intrinsèques, car aujourd’hui, le constat est là amer, les problèmes rencontrés avec nos chers « alliés » arabes ne se sont pas arrêtés en si bon chemin, bien au contraire, en vérité, et en pesant nos mots, nous dirons que la Kabylie est le dindon de la farce de cette pseudo indépendance, pour laquelle elle a sacrifié les meilleurs de ses enfants.

Matoub Lounès le dit si bien quand il chante : « akal anwa i t-id iḥaren/ i cceḥna anwa i tt-yewwin ? ».

D’ailleurs, les épisodes dramatiques de 1963, 1980, 1981, 2001, pour ne citer que les plus connus, sont là pour en témoigner.

De tout temps, la Kabylie a été le bouc émissaire, par excellence, des tenants du système arabo-islamique. Et le mot kabyle a de tout temps gêné le régime s’étant accaparé le pouvoir depuis l’aube de l’indépendance. Aussi, reconnaître l’existence de la kabylité en sol algérien, c’est entacher l’essence même de la nation arabe, ce n’est juste pas possible pour nos baathistes.

On se souvient, à ce propos, du fameux leitmotiv de Benbela : « Nous sommes arabes, nous sommes arabes, nous sommes arabes ». Ce président d’opérette voulait en assénant cette affirmation mensongère se persuader, et surtout maintenir dans l’ignorance tout un peuple d’égarés, les Algériens se croyant descendre des Arabes.

Même un vulgaire club de football ne doit pas laisser transparaître une quelconque kabylité, à l’image de la JSK qui n’est pas épargnée par ce racisme primaire envers tout ce qui est kabyle, ce déni identitaire. Le « K » qui renvoie à la Kabylie a été dès le départ un os pour ce régime. Il fallait donc le dénaturer pour faire disparaître l’essence kabyle en découlant. On inventa d’abord « kawkabi », puis au lendemain du triomphe de la JSK, en coupe d’Algérie en 1977, on fit de la JSK un « JET » ! Une supercherie totale, une insulte à peine déguisée !!!

Plus récemment encore, alors que toute l’Algérie avait voté pour le parti islamiste, le « FIS », sur les ondes de l’ENTV, feu Boudiaf accusait les kabyles d’avoir voté kabyle ! Purée quel toupet de balancer de telles énormités !!! C’est tout un état d’esprit. Pour Boudiaf et consorts, le mal ne réside pas dans le fait que les Algériens aient choisi un parti obscurantiste, et qu’aucun d’eux n’aient vôté pour des partis démocrates, comme le RCD ou le FFS. Non ! Le mal est plutôt dans le fait que les kabyles aient voté majoritairement pour le FFS, ou à moindre mesure pour le RCD.

A étaler des exemples qui démontrent clairement le rejet de la Kabylie par les régions se disant arabes, et la haine du pouvoir envers elle, on pourrait remplir allégrement des volumes entiers.

En réalité, avec le slogan «ulac smah ulac», retentissant suite aux événements du printemps noir, la cause aurait dû être entendue définitivement à ce moment-là, et la question kabyle ne serait plus cet éternel recommencement, chaque fois, subi par notre progéniture. Taqsit-ik tugi a tekfu, xas yuffa-tt-id yal zzman, ma terrid-tt-id d asefru, xas err leḥsab i yitran.

Aussi, ce sursaut observé suite aux menaces planant à l’horizon dans le ciel de Kabylie, ne doit pas être juste un élan de conjoncture. Beaucoup d’entre nous souhaitent que ce réveil de conscience fera honneur à tous les acteurs kabyles et qu’il se traduira par une union sacrée qui conduira, une bonne fois pour toutes, la Kabylie vers son salut.

Si cela se produit, on pourra dire alors que le miracle du printemps noir, ayant une première fois su unifier notre peuple au travers des âarchs, structures citoyennes kabyles, aura encore fonctionné pour une seconde fois. C’est toute la noblesse de ce printemps ! Soyons en dignes !!!

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