Témoignage de Youcef Messouaf, Président de la Coordination Régionale Sud du MAK-Anavad
GOUVERNEMENT PROVISOIRE KABYLEMOUVEMENT POUR L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

MAK-ANAVAD

RAPPORT D’AGRESSION D’UN MILITANT PAR LA POLICE/GENDARMERIE COLONIALE

 

Youcef Messouaf, Président de la Coordination Régionale Sud du MAK-Anavad.

La marche nationale Kabyle qui était prévue le 20 mai 2017 à Tubiret devait être une réponse au pouvoir qui avait déjà réprimé deux marches, celle de Yennayer, et celle du 20 avril. La Kabylie entière était appelée à participer à cette marche, afin de dire que « Tubiret d Taqvaylit ».

La journée du 20 mai a encore une fois mis en évidence la volonté du pouvoir algérien à essayer d’isoler Tubiret du reste de la Kabylie. En effet, une série de barrages ont été installés par la police et la gendarmerie dans le seul but d’empêcher les militants de rejoindre la ville.

À 7h15 du matin, nous étions huit militants à bord d’un fourgon, et nous nous dirigions vers la ville. Nous avons trouvé plusieurs barrages en chemin, mais nous sommes parvenus à les franchir. À 8h, nous sommes arrivés dans la ville mais nous avons constaté un barrage de police à chaque rond-point. Avant d’atteindre le lieu du meeting, un policier ordonne au chauffeur du fourgon de s’arrêter. Il lui demande les papiers du véhicule et après vérification, il poursuit en demandant au chauffeur d’ouvrir la porte du fourgon. Nous sommes à cinq assis à l’arrière du véhicule, le policier nous demande nos papiers. Pendant qu’il procédait à la vérification, nous avons aperçu un véhicule plein d’agents de la police civile. C’est alors qu’un photographe commence à nous prendre en photo, comme si nous étions des criminels ! Nous sommes emmenés au commissariat central avec les menottes aux poignets à 8h20. Nous sommes traités comme de vulgaires bandits, des malfrats. Sur place, nous avons vécu l’enfer ! Nous avons assisté à des brutalités physiques envers nos militantes et militants.

Le militant Lazhar Bessadi est passé à tabac par la police et par les agents de la B.R.I. (Brigade de Recherche et d’Intervention). Un policier me transfère dans un bureau où j’aperçois Lazhar debout devant un policier qui rédige un procès verbal à son encontre. Je suis resté dans le bureau plus de 30 minutes, ensuite un autre policier est venu me transférer vers le bureau des empreintes.

À l’extérieur du bureau, j’ai trouvé une vingtaine de militants qui avaient été emmenés dans la salle d’attente et qui étaient surveillés par les agents de la police. L’heure indiquait 12h. Ensuite, un fourgon de la police nous attendait pour nous amener vers le centre de la B.R.I., nous sommes restés dans ce centre plus de 5h, dans une salle sordide et poussiéreuse. Le Responsable de la Sûreté se présente à nous, il nous pose des questions du genre : « Que faites-vous ici ? Pourquoi vous ne restez pas tranquilles ? »

Un militant, Bounadi Younes, reçoit des coups par des agents de police et de la B.R.I., pour avoir uniquement demandé à sortir immédiatement. De même pour Mouloud, un autre militant, gravement tabassé par les mêmes agents. Il règne un climat de haine.

Nous avons passé une visite médicale dans le centre, et un groupe de militants, originaires pour la plupart de Tizi Wezzu, fut transféré vers le commissariat central afin que chacun puisse récupérer ses papiers. Nous sommes donc restés à dix dans le centre, il est alors 18h30. Le même fourgon ramène au commissariat central beaucoup de militants de Tizi, de Bgayet et de Tubiret et les font attendre dans les bureaux. Alors que je faisais la queue pour récupérer mes affaires, un agent de la B.R.I. s’approche et me dit : « Vous êtes Youcef Messouaf ? » Je réponds : « Oui ! ». Il m’a alors demandé d’aller vers un certain bureau et de ne pas faire la queue comme les autres. Dans ce bureau, je tombe sur plusieurs militants surveillés par la police.

Je suis resté dans ce bureau plus de 30 minutes, lorsqu’un policier m’a dirigé vers le bureau du Chef de la Sûreté de la Wilaya. Et de nouveau, je suis resté dans son bureau plus de 20 minutes.

À 19h30, je suis sorti de son bureau et j’ai récupéré mon portable. C’était alors le moment de nous libérer, après 11heures passés entre les mains de la police et ce, pour empêcher la marche du 20 mai à Tubiret.

Je suis resté dans la ville de Tubiret jusqu’à ce que tous nos militants soient libérés, soit exactement à 23h ! Nous avons pris un bus pour nous déplacer avec une vingtaine de militants.

Le 20 mai, reste une date historique ancrée dans toutes les mémoires du Peuple Kabyle.

Youcef Messouaf, Président de la Coordination Régionale Sud du MAK-Anavad.
SIWEL 261713 May 17 UTC

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