Rapport Violence policière

Témoignage de Ninna : « Ils ont usé de toutes les pressions possibles pour me faire flancher, en vain »

GOUVERNEMENT PROVISOIRE KABYLEMOUVEMENT POUR L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE
MAK-ANAVAD
RAPPORT D’AGRESSION D’UN(E) MILITANT(E) PAR LA POLICE/GENDARMERIE COLONIALE

 

Témoignage de Ninna, militante du MAK-Anavad et étudiante en finance internationale

J’ai pris le bus vers Tuviret à 8:00. Au premier barrage, à la sortie de la gare routière de Tizi Ouzou, on nous a arrêté et fait descendre une dizaine de personnes. Puis, ils ont fait un tri. Ils m’ont enlevé mon téléphone de force en criant sur moi pour leur donner le mot de passe. J’ai refusé. Ils m’ont conduite à leur véhicule et là aussi j’ai refusé de monter. Je leur ai crié « je suis une femme kabyle, je ne viens pas avec vous ! ». Il a dit « wach tkouni nti m3elma? » (Tu te prends pour qui, une reine ?).

Face à mon refus insistant, ils m’ont embarquée de force et dans leur véhicule j’ai trouvé d’autres militants. Ils nous ont emmenés dans un autre véhicule avec Baya et conduits au commissariat central. En route, ils se moquaient de nous et l’un d’eux m’a qualifiée de « al djahila » (sauvage). Je lui ai aussitôt répondu « c’est vous al djouhala » (les sauvages) et à un autre policier de crier « ferme-la ».

Ils m’ont demandé ce que j’allais faire à Bouira. Je leur ai répondu que je partais rejoindre mes sœurs et frères kabyles et clamer notre droit à l’indépendance de la Kabylie. Ils rigolaient en disant que nous rêvons et tant qu’ils sont là, nous ne bougerons pas (rana 3gabkoum), « nous sommes des nationalistes, on ne vous laissera pas faire », ont-ils poursuivi.

Ils m’ont transférée vers un autre commissariat, 3e puis 6e étage. Ils m’ont enfermée dans une chambre avec une policière qui a usé de force et violence pour voir ce que je porte comme t-shirt. Sous celui-ci se trouvait un autre t-shirt frappé du drapeau kabyle et sur lequel est écrit « nekk d-aqvayli ». A leur vue, elle s’est empressée d’utiliser encore de la violence et me les a enlevé de force. Heureusement que je portais encore un autre t-shirt, autrement je me serais retrouvée nue.

Plus tard, mêlant rage et colère, son collègue s’est mis à insulter Mass Ferhat Mehenni. Je lui ai martelé sans hésitation que ce grand monsieur est mon président et que ma nationalité est kabyle. Croyant bêtement me faire peur, il m’annonça que je serais exclue de l’université algérienne en ajoutant « vas étudier chez Ferhat, tu n’auras accès à rien, ni travail, ni concours, ni avenir… ».

Ils m’ont ensuite montré des photos et des vidéos de mes sœurs et frères militants, ont tenu a tout prix à les identifier et voulant que je dise leurs noms et leurs tâches au sein du MAK-Anavad. Ils essayaient de me tromper. L’un d’eux me disait « t’as rien à cacher, ta copine (Baya) a tout révélé, a désormais quitté le MAK et même a viré contre Ferhat ». Je me suis faite un point d’honneur à ne lui répondre qu’en kabyle. Il m’ordonne « parle en arabe ! ». Ce à quoi je lui ai répondu « je ne parle qu’en kabyle ». Il me lance « habsa (arriérée), ton père n’a pas eu de temps pour t’instruire, mon fils de 12 ans est beaucoup mieux que toi !»

Enragé, il poursuit en me disant « t’as de l’argent pour aller à Bouira, acheter un t-shirt kabyle mais tu n’en as pas pour autres choses ? T’es mal habillée ». Marre de ses insultes et autres insinuations, je lui ai rétorqué « tu es pauvre de conscience et démuni de cervelle ». Impuissant à obtenir quoique ce soit de moi, il continuait dans son délire en m’informant que quand il était étudiant, je n’étais pas encore née. « Il y a un âne dans ta tête » poursuit-il avec mépris.

Aux environs de 17h, près de 9 heures après notre arrestation, ils n’ont toujours pas terminé leur interrogatoire. Lasse, désabusée et affaiblie, j’avais un mal de tête atroce. J’ai alors posé ma tête sur la table. A la vue de cette scène, hors de lui, il s’empressa de frapper de sa main sur la table en bêlant « rani nehdar m3ak !» (je parle avec toi !). Je n’écoutais même plus les insanités qui suivaient, je voulais une seule chose : sortir de la salle et respirer. Il me lança « barka men al machakil » (ne cherche pas de problèmes).  J’avais envie de vomir et j’avais mal à la tête. Ils criaient depuis le matin et j’ai passé 12h sans manger ni boire de l’eau.

Au terme de cette interminable torture, ou ils ont usé de toutes les pressions possibles pour me faire fléchir, ils nous ont transférées à la clinique (Baya et moi) pour nous faire des certificats médicaux. Là, nous avons trouvé d’autres frères militants : Dda Kader et Juba. Ils nous ont libérés aux environs de 18h.

C’est ainsi, pendant ces 9 heures d’interrogatoire où même l’air, à la fois dans leurs véhicules et commissariats, était infecté leur haine, le temps s’est égrainé au rythme de leurs mépris, insultes, humiliations, menaces, pressions psychologique et violences physiques.

Ils pensaient bêtement venir à bout de notre amour pour notre nation, la Kabylie.
Leurs pressions de quelques natures qu’elles soient, physique ou psychologique, leurs mises en scène et autres gesticulations ont mis en lumière le faussé qui nous sépare et qui nous a toujours séparé d’eux et ont renforcé ma détermination pour l’indépendance notre Kabylie.

Témoignage de Ninna, militante du MAK-Anavad et étudiante en finance internationale.

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SIWEL 261047 May 17 UTC

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