Rapport Violence policière

Témoignage de Baya : Je fais partie des 30 militants qui ont passé 10 h dans les commissariats de Tizi Wezzu

GOUVERNEMENT PROVISOIRE KABYLEMOUVEMENT POUR L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

MAK-ANAVAD

RAPPORT D’INTIMIDATION D’UN MILITANT PAR LA POLICE/GENDARMERIE COLONIALE

 

Baya, étudiante en génie civil et militante du MAK-Anavad

Le 20 mai, une date que nous attendions avec tant d’impatience mes amis et moi. Nous nous sommes fixés, Yuba et moi, un rendez-vous à la Tour (Carrefour 20 avril de Tizi Wezzu) afin de nous rendre conjointement à la gare. Nous avons embarqué dans un bus où nous avons rencontré Nina, une amie de combat. Par la gestuelle, nous nous sommes entendues pour nous retrouver à Tuviret.

Dès notre arrivée, nous nous orientons vers le bus censé nous déposer à Tuviret. C’est aux environs de 8h qu’il démarrera.

Après 15 minutes, arrêt du bus dans un barrage policier ; montée des policiers et contrôle d’identification (présentation des cartes nationales d’identité).

C’est mon tour, le policier qui contrôle mes papiers me fait descendre du bus : « Descend, tu n’es pas de Bouira, que vas-tu y faire ? » Je réponds : « je vais rendre visite à une amie ». Ils ont alors isolé plus de quinze personnes ; pris nos téléphones portables (le mien a un autocollant du drapeau kabyle).
Après quelques minutes, ils nous ont mises, Nina et moi, dans leur véhicule non sans avoir essayé de nous provoquer. Ils nous ont emmenées dans un commissariat (central, probablement) où ils ont pris nos coordonnées.

Par la suite, Nina, Yuba et moi, avons été placés dans un véhicule ; on nous a demandé d’éteindre nos portables, ce que je n’ai pas fait ; ils nous ont déplacés vers un autre commissariat où nous avons trouvé Dda Kader. Nous sommes restés dans une salle d’attente, pour finir par être isolées Nina et moi dans une salle située juste en face.

Nous avons été prises d’inquiétude pour nos drapeaux et T-shirt (j’avais deux drapeaux -un grand et un petit- ; Nina, un drapeau et un T-shirt) ; nous sommes allées aux toilettes les cacher sous nos vêtements. J’ai demandé au policier de mettre mon téléphone en charge et me le donner pour l’éteindre, j’en ai profité pour envoyer un message avisant de notre arrestation (message non reçu par mon destinataire).

Nous sommes restées dans la même salle, un policier est venu nous parler (faisant mine de gentillesse), je suis restée silencieuse. Par la suite, Nina a été isolée pour une fouille, la policière a trouvé sur elle le drapeau et le T-shirt. Je me suis alors précipitée aux sanitaires pour tenter de cacher les miens, quelque part là-bas, pour que Dda Kader passe les prendre après moi ; tentative non réussie, ils sont venus me chercher et confisquer mes drapeaux.

Ils m’ont remise dans la salle d’attente ; deux policiers sont entrés pour me parler et ont fermé la porte. L’un d’entre eux, à l’apparence sévère qui venait de taper violemment à la porte, m’a alors fait conduire dans son bureau. Ils m’ont parlé et insulté le Président Ferhat Mehenni et Massa Rachida Ider ; celui qui avait l’air d’être leur supérieur a pris mon drapeau en me disant : « C’est un chiffon juif »; puis pris le drapeau algérien en me hurlant à la face : « voilà le vrai drapeau, voilà notre drapeau algérien, celui des martyrs » ; je ne l’ai pas regardé. Il m’a ensuite transféré vers un autre bureau pour y être interrogée.

Dans ce bureau, il me demande mon nom et prénom, me questionne : « Où t’es-tu procurée ce drapeau ? » ; je réponds que je le tenais d’un inconnu dans une marche. Il me demande comment je savais qu’il y avait une marche ; je réponds que je n’avais pas de compte Facebook et que j’avais vu cela sur un panneau d’affichage. Ils m’ont rétorqué : « Je crois que c’est dans votre maison que vous confectionnez les drapeaux, on s’y rend immédiatement pour procéder à une fouille » ; j’ai ri en disant « ansuf yis-wen » (bienvenue).

Celui qui me questionnait avait des difficultés à me comprendre (c’était probablement un arabe).

Un d’entre eux s’est approché en me disant, pour me tromper, que Nina venait de quitter le MAK ; je n’ai pas répondu ; il m’a proposé de quitter le mouvement, j’ai refusé. Il m’a dit qu’ils allaient me mettre un policier pour me suivre et que, dorénavant, je ne pourrais plus trouver du travail.

Ils ont continué à m’interroger.

Leur chef est venu me dire en hurlant « d aɣyul i yeṭṭerḍiqen deg iqqerray-nwen » (vous avez un âne dans vos têtes) ; je lui ai répondu : « du respect, svp monsieur ».

Il s’est énervé et m’a dit : « Tu es algérienne ou pas ? », je lui ai répondu que j’étais kabyle ; il m’a posé la question plusieurs fois, je lui répondais toujours la même chose.

Ils écriront sur le procès-verbal : « Je ne suis pas fière de l’identité algérienne, je n’ai plus d’identité algérienne, je suis kabyle, mon identité est kabyle ».

Ils m’ont dit : « Tu vas le regretter ! la prochaine fois, tu ne seras plus présente, même pas dans les marches, nous allons t’arrêter ; tu n’auras pas de travail, dis à Ferhat de t’en donner ».

On m’a ramené des photos de quelques militantes pour les identifier, j’ai dit que je ne les connaissais pas.

Il m’a présenté mes photos et vidéos de rassemblements et a dit aux autres policiers : « Ne croyez pas cette fille, c’est une menteuse ! »

Ils m’ont demandé mon numéro de téléphone ; je leur ai dit que je ne l’ai jamais en tête et leur ai proposé de me restituer mon téléphone pour le noter. Quand ils me l’ont remis, j’ai supprimé aussitôt le numéro de mon père (ils m’avaient menacé de l’appeler) ; à ce moment-là, Omar Kechadi, un militant, m’avait contacté ; je lui ai discrètement répondu pour finalement éteindre mon portable.

Avant de sortir, ils m’ont demandé si j’allais arrêter ou pas ; j’ai répondu « Ad nnaɣeɣ ɣef teqvaylit » (je me battrai pour la Kabylie). Ils m’ont alors dit : « puisque tu n’arrêtes pas, nous aussi on ne va pas arrêter ; tu vas appeler ton père pour qu’il te ramène à la maison » ; j’ai répondu « je suis majeure et je sais ce que je dois faire ».

Ils ont pris nos photos et empreintes, nous sommes sorties pour être placées dans une autre voiture (Nina et moi), la policière assise entre nous.

Ils nous ont emmenées à l’hôpital où nous avions retrouvé les autres militants (Yuba, Dda Kader …). Le médecin (une femme) m’a diagnostiqué un souffle au cœur, elle a appelé les policiers et a déconseillé de me laisser passer la nuit au commissariat.

Nous avons quitté l’hôpital pour repartir au commissariat, nous avons attendu dans la salle d’attente. Nina est passée récupérer la carte algérienne et le téléphone.

Nous avons été relâchées, Nina et moi, peu de temps après les autres militants (Yuba, Dda Kader ….).

Finalement, nous avons été une trentaine de militantes et de militants à avoir été arrêtés à Tizi Wezzu. Une journée que nous ne sommes pas prêts d’oublier !

Baya, étudiante en génie civil et militante du MAK-Anavad
SIWEL 241739 May 17 UTC

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