INTERVIEW (SIWEL) — Il fut l’un des animateurs du MCB les plus actifs dans l’ancienne capitale des Hamadites. Avec un long parcours de militant intègre et dévoué, il ne semble point découragé. Au contraire, il reste un véritable opposant au pessimisme des uns et des autres. Il a choisi, très tôt, la plume et l’écriture comme outil et conséquence indissociables de ses engagements militants. Il est chroniqueur, poète et romancier; par ailleurs, il a déjà édité deux romans;"confession criminelle" et "l’autre moi et ou la résurrection".

Dans cet entretien qu’il nous a accordé en cette période où la répression s’intensifie sur les militants indépendantistes Kabyles, Rachid Hitouche a répondu à nos questions en toute franchise. En effet, il a mis l’accent lourdement sur le silence des uns et la frilosité des autres quant à la répression ininterrompue que subit la grande famille du MAK et, par voie conséquente, la panique de l’État Algérien devant l’élan indépendantiste qui prend visiblement de l’ampleur. L’homme de lettres dit être convaincu que le salut du peuple Kabyle réside entièrement dans son engagement collectif à prendre le contrôle de son destin politique à travers l’exercice de son indépendance totale. Voici l’entretien qu’il nous a accordé :

De l’anti-Kabylisme à la MAKophobie, la Kabylie est-elle condamnée à subir la tutelle des autres ?

Ma réponse est toute simple. Cela a toujours existé, et ne sera pas fini de sitôt, ni dans le tard. Le Kabyle est mal vu, sauf s’il verse dans la servitude des maitres du moment. Autrement, walou jamais un Kabyle aux commandes de ce pays. Jamais. Parler de l’anti kabylisme aujourd’hui, c’est ignorer toute la haine du pouvoir arabo-islamiste envers les kabyles de 1962 à nos jours.

Nous avons l’impression que la kabylie est mise sous un état de siège. À votre avis, qu’est-ce qui motive l’acharnement du régime contre les militants pacifiques du MAK ?

A l’apogée de l’intégrisme islamiste, quand les têtes se faisaient couper entre deux virages, je n’ai pas eu à constater autant de casernements, de cantonnements militaires et autres petits baraquements, sur presque tous les monts de Kabylie. Quelles sont les prémonitions du régime d’Alger, je ne saurai trop dire. Ce que je sais par contre, c’est que cette attitude est digne d’un régime aux abois, pas du tout sûr de lui-même. Car, quand on met une baïonnette derrière le cou de chaque citoyen, un jour celle-ci sera plantée dans le ventre de celui qui la tient. Et à côté de ces garnisons vertes, nous constatons l’anéantissement de tous les projets que devraient recevoir la Kabylie. Aucun investissement n’est en vue, ce qui été déjà prévu s’est simplement vu désintégrer dans leur « Takachouf » à la con. Ils sont les premiers à vider les caisses mais aussi, les premiers à faire les pleurnichards. « Nous vous avons compris » avait dit De Gaule un jour dans une de leurs régions. Nous leur disons la même chose aujourd’hui. Nous ne sommes ni prêts ni volontaires, pour payer leur vandalisme.

Concernant l’acharnement que subissent les militants pacifiques du MAK, il me semble qu’il sera judicieux pour ce régime de répondre à une question politique par les moyens politiques, que de chercher l’astuce pour verser dans un 2001 bis. L’acharnement conduit à des fautes graves, ce que d’ailleurs, les militants pacifiques du MAK, que je salue au passage, déjouent avec responsabilité et sérénité à chaque fois que de tels actes leurs sont infligés. Je crois à la raison. La raison est mère de tout bon sens. Le pouvoir Algérien ne peut indéfiniment pourchasser les citoyens et citoyennes sur leur propre terre. Rappelez-vous 2001 ! Nous étions allés à Alger revendiquer un droit et quelle a été la réponse ? Des morts et des blessés, pour certains handicapés à vie. Là, maintenant. Les citoyens sont sur leurs terres en Kabylie, et ne revendiquent que de vivre dans une vraie paix, loin de leur arabo-islamisme sanguinaire. Les Kabyles ne veulent plus subir, ils ont assez souffert, assez donné pour, enfin, ne récolter que leur propre haine, leur propre insignifiance. Libre au reste de vivre le dénigrement et la servitude. Nous ne sommes pas dans l’obligation de suivre aveuglement des aveugles-volontaires. Nous ne possédons pas cette volonté. Je termine par dire : Faisons de notre chemin longtemps semé d’embuches, un parchemin poétique qui ne chante que la liberté.

Que peut signifier la frilosité de certains intellectuels, artistes et le silence des deux partis dits Kabyles en l’occurrence le FFS et le RCD quant à cette répression ininterrompue ?

Votre question nécessite un jugement, ce que je ne veux pas porter. Mais ! Car il y a toujours ce « MAIS » qui nous oblige à prendre position quand il s’agit d’un malheur qui touche de plein fouet les nôtres ; et c’est, malheureusement, le cas ces jours-ci. Avoir le soutien des intellectuels, des artistes et pourquoi pas d’autres encore, est d’une part souhaitable et d’autre part un devoir. ZEDEK Mouloud vient de le faire, un acte qui honore sa personne et grandi le respect que les siens lui vouent

D’ailleurs je ne vois pas comment certains se prélassent et ricanent comme si de rien n’était, quand les leurs vivent la haine et le mépris du régime. Beaucoup doivent bien réfléchir et reconnaitre que c’est grâce à ce peuple Kabyle qu’ils sont aujourd’hui des stars mondiales. Cela n’a pas été par un vote en ligne chinois, encore moins arabophones d’Algérie. Attention : combien est dur une chute les mains dans ses poches. Se mettre à l’abri du Blizzard, et ne ressortir que quand la tempête aura fini son chef-d’œuvre n’est pas responsable. Qu’on ne vient pas ce jour-là revendiquer le statut de Chambbit « garde champêtre ». Chacun de nous a ses responsabilités et c’est au moment voulu que celles-ci doivent s’exercer. Vous devez savoir que l’histoire ne se permet jamais d’omission. Elle maintient le bon grain, mais aussi retient l’ivraie. C’est vous dire, qu’un jour, les ardoises des uns et des autres auront bien du mal à supprimer la poudre de craie.

En ce qui concerne le FFS et le RCD, que voulez-vous que je vous dise ? La logique dit que « tout silence est synonyme d’adhésion ou de complicité ». Les élections auront lieu dans deux mois, comme à leurs habitudes, ils vont aller chercher quelques gifles ailleurs qu’en Kabylie, d’ailleurs cette fois-ci, ils les auront même en Kabylie. Aussi faire les belles mariées, puis agrémenter le carnaval organisé par le régime. Le MAK doit appeler, non pas au boycott de ces carnavalesques-élections, mais carrément à leur rejet. Rester chez soi, serait une bonne correction. Les participationnistes comprendront, peut-être, que les chamelles ne se nourrissent jamais de feuillage d’oliviers.

Comme le 20 Avril dernier, tu as participé à la marche du MAK de Yennayer pour l’indépendance de la Kabylie. Les militants veulent savoir si Rachid Hitouche, est l’un des leurs ?

D’abord il y a cette date du 1er Yennayer, un symbole que nous devons célébrer chaque année. Personnellement, je la considère comme « un phénix », et c’est grâce à cette date que petit à petit le peuple Amazigh, dans lequel le peuple Kabyle fait partie, a pu reconstituer sa personnalité, surtout son identité et toute sa culture. Nous devons avoir en mémoire, et il y a quelques années à peine, que le régime négateur a tout fait pour enterrer tout ce qui fait référence à cette date. En vain, imbécile qu’il est, il a simplement oublié que nos montagnes regorgent de traditions, et c’est grâce à celles-ci que tout a pu être ramené à la surface. Ironie du sort, il a même appris à se la réclamer, hypocritement bien sûr, mais il le fait quand même. Concernant faire ma marche pour l’indépendance, il me semble qu’il n’existe pas d’homme sur terre, qui puisse se retenir de ne pas la revendiquer quand celle-ci fait défaut. C’est notre cas, je la revendique fièrement. Il n’y a pas de honte à le dire, je ne peux être assimilé à un martien ou autre. Je suis né Kabyle et je compte bien le rester. Il me faut cet espace de liberté où j’aurai toute la plénitude et le loisir de me sentir moi-même. L’avoir, exige certains sacrifices, ce que nous faisons tous ensemble. Mais je suis convaincu de gagner cette plénitude, pour également vivre cette indépendance pour laquelle tous les citoyens mènent pacifiquement leur combat malgré l’acharnement et l’hostilité que lui manifeste le pouvoir négateur.

Pour la dernière partie de votre question, j’ai bien envie de rire un bon coup, mais EN KABYLE. Dites leurs quand même que je n’ai pas une autre friterie, par conséquent je ne peux qu’être des leurs.

Certains lecteurs vous demandent de rééditer vos deux Romans : « confession criminelle » et « l’autre moi ou la résurrection ». Envisagez-vous de les rééditer ?

Ce n’est pas de mon bon vouloir. Pour le moment, je n’ai pas trouvé un éditeur prêt à prendre en charge cette tâche. La troisième édition se fera dès que possible pour les deux livres d’ailleurs. C’est vrai, je reçois la même demande de plusieurs personnes, mais j’avoue que je n’ai encore personne à qui les confier pour leur réédition. Mais ça sera fait.

Pour le moment je m’occupe plus de mes deux romans en Kabyle, c’est ce qui est plus important pour moi. La production dans ma langue prime sur tout autre, quoique, je dois également considérer tout ce qui m’est demandé.

Je remercie votre journal pour m’avoir ouvert ses colonnes, je salue bien fraternellement tous ceux et celles qui luttent pour notre identité, notre liberté, et que vive la Kabylie libre et indépendante.

Propos reccuillis par Massyl Megatti
SIWEL 102030 FEV 17

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