QUAND LA KABYLIE RECUEILLAIT L’ALGÉRIE

KABYLIE (SIWEL) — « Les pauvres étrangers sont logés dans la mosquée ou dans la djemâa ; ils sont sous la protection du village, et ceux qui les insulteraient ou qui se permettraient des privautés avec les femmes seraient sévèrement punis»[1].

« Pendant l’hiver si désastreux de 1867-68, lorsque la famine décimait les populations indigènes de l’Algérie, les Kabyles de la subdivision de Dellys ont donné une preuve éclatante de l’esprit de charité qui les anime.

Depuis le mois d’octobre 1867 jusqu’au mois de mai 1868, ils ont eu à nourrir des mendiants étrangers, venus de tous les coins de l’Algérie et même du Maroc, dont le nombre, à certains moments, n’a pas été moindre que 12 000. le cercle de Fort-Napoléon, qui compte 76 000 habitants, en a reçu la moitié.

Quelques-uns de ces malheureux, déjà épuisés, avant leur arrivée, par de longues privations, ont succombé ; par un n’est mort de faim sur le sol kabyle. Les villages, les particuliers venaient à leur aide, sans s’inquiéter de leur origine, avec une sollicitude touchante et d’autant plus méritoire que leurs aumônes étaient bien réellement enlevées aux besoins de familles dont beaucoup ne connaissent pas le superflu.

Jamais les populations sur qui pesait une si lourde charge n’ont fait entendre la plus légère plainte ; jamais elles n’ont réclamé l’assistance de l’autorité française. Elles ont, jusqu’à la fin, accompli ces actes de charité simplement, sans bruit, sans ostentation et comme un devoir naturel.

Chose très remarquable, et qui fait honneur aux institutions kabyles, la présence prolongée dans le pays d’un aussi grand nombre d’étrangers, si complètement dénués, n’a occasionné aucun désordre, nécessité l’adoption d’aucune mesure extraordinaire ; les amin, les djemâa ont parfaitement suffi à leur tâche, et sauvegardé efficacement les personnes et les propriétés»[1].

[1] A. Hanoteau et A.Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, partie 1 — Organisation politique et administration — Paris, Augustin Challamel, éditeur — 1893.

Question : Est-ce que cette Kabylie si fraternelle, si généreuse, si solidaire et si accueillante serait devenue, 150 ans plus tard, au sein d’une Algérie indépendante, un repaire de brigands et de détrousseurs au point où elle est claquemurée dans un état de siège permanent par un inconcevable maillage de barrages militaires et policiers ?

AZRU LOUKAD
SIWEL 011420 JAN 21

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