« Poètes, vos papiers ! », l’inquisition algérienne en marche

CHRONIQUE (SIWEL) — Décidément, les régimes autoritaires ne changent pas d’habitudes. C’est dans leurs gènes l’absurdité et l’impasse intellectuelle. On se rappelle de Mao Zedong, dans les années 50, qui n’avait pas trouvé une autre solution pour la famine en Chine que d’exterminer les vieux, les handicapés, « les bouches inutiles », puis les moineaux !

Le pouvoir algérien semble hériter la bassesse du monde pour accoucher d’une hantise dans l’histoire de l’Algérie qu’ils ne cessent pas de rabaisser… Cette fois, il n’a pas trouvé mieux que de tourner ces fusils et les braquer sur les lumières qui essaient de garder un soleil sur « La Pensée kabyle ». Younes Adli qui a su mettre en valeur notre patrimoine a été l’objet d’une intimidation puisque l’inculte dirigé par la main sale du pouvoir s’est mis en travers pour que la rencontre, la conférence, n’ait pas lieux.

Le temps avance et ne fait que reproduire les petites histoires qui ont été gravées dans son sein : le 10 mars 1980, la conférence de Mouloud Mammeri, organisée à l’Université de Tizi-Ouzou autour de son livre « Poèmes kabyles anciens », a été annulée, comme celle de Younes Adli, par les suppôts du pouvoir. Nous connaissons bien la suite de l’événement qui a conduit la Kabylie à un soulèvement et a marqué la première déchirure avec le pouvoir central.

Les années 90, profitant des ténèbres qui engloutissaient l’Algérie, d’autres étoiles ont été victimes de la perfidie du pouvoir et de la junte militaire : Said Mekbel, Smail Yefsah, Boucebsi, Tahar Djaout,… ont tous trouvé la mort car leurs plumes – pour certains – dérangeaient et faisaient du brouhaha dans le cerveau de ces gens-là qui en tirent les ficelles… Younes Adli est une de ces lumières qui ne veulent pas une main mise sur la culture : Journaliste, écrivain, ses recherches nous ont permis d’accéder entre autre à la poésie de Si Mohand Ou Mhand à l’histoire d’Arezki Lbachir. Il s’est consacré « à l’étude des bouleversements socio-historiques qu’a connu l’Algérie des XVIIIe et XIXe siècles, et en particulier la Kabylie. Ses travaux de recherche sont couronnés de publications sur le patrimoine historique et culturel. »

Pour mieux se rabaisser, les suppôts du pouvoir ont poussé le ridicule à ses limites : à côté de Younes Adli, on a aussi l’auteur de roman en taqvaylit, l’écrivain Larbi Yahioun. Cette annulation sans explication prouve la détermination de cette mafia de pousser les esprits aux limites de la patience. Voulait-il casser ce pacifisme qui renie davantage leur dictature et tourne le dos à cette politique illégitime et irresponsable ? La preuve, le Ministère de la Culture algérien n’avait soufflé aucun mot ; preuve logique de l’inculture semée dans le cerveau de ces pions perchés pour occuper des postes et emprisonner la Culture !!! Ces bassesses ne font que dévoiler leurs vraies intentions derrière l’officialisation (la confiscation devrons-nous dire) de thamazight. Les intimidations quotidiennes, le harcèlement moral que subissent les artistes et les écrivains kabyles montrent le désespoir du pouvoir et ses intentions de détruire la Kabylie pour garder et régner sur les haillons de l’Algérie.

Dans une interview, jack London avait déclaré : « Vous pouvez vous demander pourquoi je suis pessimiste (…) j’ai du succès comme écrivain ; j’ai beaucoup d’hommes qui travaillent pour moi (…) Je vois les choses sans passion, scientifiquement, et tout m’apparaît le plus souvent sans espoir. Après de longues années de travail et de croissance, les gens sont méchants et plus mal à l’aise que jamais. Il y a une puissante classe dominante qui a l’intention de consolider ses possessions. Je vois des années d’effusions sanglantes. Je vois la classe dirigeante qui engage des armées de meurtriers pour maintenir les travailleurs sous sa domination, pour les vaincre s’ils tentaient de déposséder les capitalistes. C’est pourquoi je suis pessimiste. Je vois les choses à la clarté de l’Histoire et des lois de la nature. »

Zahir M.
SIWEL 051944 Mar 17

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