Peuple, Nation et État aux yeux des Kabyles, par Nabil At Si Mḥand

OPINION (SIWEL) — Sur les réseaux sociaux, forums, sites internet, cafétérias ou autres endroits publics, j’ai remarqué que beaucoup de kabyles, notamment des militants politiques, mélangent un peu entre certaines notions politiques, sociologiques et juridiques qu’on peut considérer, il est vrai, comme étant complexes, à l’instar des notions de Peuple, Nation et État.

Mon inquiétude est liée en fait, à l’avenir de la mouvance souverainiste kabyle, cette noble Cause qui mérite notre attention à tous et notre sacrifice pour sauver la mère patrie et la Nation Kabyle d’une probable disparition, d’où, il nous semble primordial de prêter attention aux concepts pour mieux comprendre certaines situations que l’on pourrait aisément éviter.

L’idée serait de faire émerger une conscience populaire et nationale Kabyle et implanter le patriotisme dans le cœur, d’abord, des défenseurs de la noble cause Kabyle, et par la suite dans le cœur des Kabyles qui n’ont pas encore pris le train du souverainisme Kabyle.

• Du peuple

Tout est avant tout basé sur l’Homme, une femme et un homme qui composent un couple puis une famille puis une société donnant une communauté qui vit dans un territoire défini et qui a un ensemble de traditions et de coutumes ainsi qu’une langue communes, ce qu’on pourrait définir par « cohérence de civilisation ». Cependant, le sociologue et journaliste Kabyle Younes Adli avait bien développé dans son célèbre ouvrage ‘’LA PENSÉE KABYLE » (à l’occasion, j’invite l’ensemble des lecteurs cet ouvrage éminemment important)

Par ailleurs, les instances internationales de défense des droits des peuples, assurent inconditionnellement la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, comme nous le voyons bien dans le pacte des droits civils et politiques de 1966 « tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes, en vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel »

Cela n’empêche pas l’apparition de pratiques colonialistes comme c’est le cas de la Kabylie mais aussi en Europe, notamment en France, le pays le plus jacobin au monde, ce mode de gouvernance hyper centralisé dont l’Algérie a hérité après 1962. On peut à ce titre citer l’ex premier ministre Manuel Valls pour illustrer le jacobinisme belliqueux de l’État français et son ostracisme vis à vis des peuples de l’hexagone, qui avait déclaré « Il n’y a pas de peuple alsacien, il n’y a qu’un seul peuple français »

• De la Nation

Il est important de souligner que le concept de Nation n’a pas une définition constante dans les sciences sociales, politiques ou juridiques, celle-ci est définie selon les critères socioculturels de chaque peuple, mais on peut tout de même retenir la définition suivante : la Nation, c’est avant tout une population qui vit dans un territoire géographique bien précis et unie par la même Histoire, culture, langue et parfois par la même origine ethnique. Une nation peut disposer d’un corps politique composé d’un gouvernement, parlement voir un État reconnu ou pas d’ailleurs, mais elle peut également ne pas avoir et se contente dans ces cas d’une existence au sein d’une entité politique qui la reconnaît ou pas.

Dans son célèbre discours à la Sorbonne, Ernest Renan évoqua la nation dans ces termes : « Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie ».

• De l’État

C’est la rencontre des hommes avec les institutions, ces dernières assurent l’organisation et la gestion de la communauté nationale et veillent à la sauvegarde de la Nation. L’État peut être construit sous plusieurs formes de gouvernance, à l’exemple d’une République unitaire, République fédérale, Royaume ou Empire.

À travers l’Histoire, progressivement, l’Homme s’intéressa de plus en plus à la gestion des affaires de la CITÉ, dont la forme la plus récente et qui fait office de référence dans le monde moderne : l’ÉTAT-NATION ! C’est-à-dire, le territoire géographique d’un État correspond exactement au territoire géographique d’une Nation, ce qui est loin d’être toujours vérifiable, mais c’est à travers ce concept que l’impérialisme et le jacobinisme s’est propagé dans le monde avec notamment la constitution de fausses Nations comme les États postcoloniaux tel que l’Algérie.

Nabil At Si Mḥand

SIWEL 291702 AOU 19

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