MEDIAS (SIWEL) — La presse francophone algérienne a été interpellée à plusieurs reprises, dans le passé, par des cadres du MAK et Ferhat Mehenni en personne, pour exprimer leur incompréhension et leur révolte devant un blackout médiatique, imposé par le pouvoir algérien, dont le mouvement souverainiste est victime.

Mourad Fenzy est le journaliste qui a rencontré le Président de l’Anavad, Ferhat Mehenni, et qui a réalisé le dossier publié par Liberté le 14 décembre 2016. Dans ce dossier, Mourad Fenzy a signé un beau papier où il est revenu sur ce qui l’a motivé à faire ce travail, qu’il qualifie de « défi à relever ». Nous reproduisons l’intégralité du papier, ci-dessous.

 

Il fait l’objet d’une campagne de diabolisation
Ferhat Mehenni : ange ou démon ?

Ferhat Mehenni a le droit de défendre le programme qu’il veut, et ce, indépendamment de ce que nous pouvons en penser. “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”, dit une célèbre citation qu’on attribue faussement à Voltaire. C’est au peuple d’adhérer ou de désapprouver. Le dernier mot lui revient et de droit.

C’était un peu un défi à relever. Aller voir Ferhat Mehenni et l’interviewer. Lui, c’est le président de l’Anavad. On l’a bien rencontré, à Paris, et on en est revenu sain et sauf ! Finalement, la campagne de diabolisation dont il fait l’objet était trop foireuse ! C’est un bonhomme affable et jovial que nous avons rencontré, au Xe arrondissement.
Il souriait même ! Tout en étant dubitatif. Il devait certainement se dire : que peut bien me vouloir ce journaliste de Liberté ?

Tout d’abord, c’était une lubie un peu personnelle que d’entretenir le légendaire Ferhat Imazighen Imoula de toutes les questions qui pouvaient nous effleurer l’esprit. “Le maquisard de la chanson”, comme aimait à l’appeler Kateb Yacine, avait bel et bien bercé de ses chansons contestataires et révolutionnaires des générations de militants. Des textes comme “Idurar tsidets chevhen” (Les montagnes sont certainement belles) ou encore “Tazmart u xedam” (la force du travailleur) sont carrément des topos de formation politique marxiste. Ils le sont toujours.

Ce qui avait valu à Ferhat Mehenni à l’époque déjà l’interdiction, les arrestations et la prison. La chanson engagée de cette époque scandait le vrai socialisme à la face des fossoyeurs de la révolution algérienne et de ses espoirs. “Anved af tizi bwassa” était le cri de ralliement des manifestants contre le pouvoir du parti unique.

C’était une époque et Ferhat en était l’un des symboles. Prendre un pot, halal ou haram, peut importe, avec ce gars était important à nos yeux. Pour l’anecdote, un sénateur algérien (oui ! oui !), l’ayant reconnu, est venu à sa table pour lui faire l’accolade ! Une accolade bien chaleureuse ! Passées les présentations, il a dû nous supplier de ne pas le citer car il ne voudrait pas que ça se sache ! On ne peut apprécier Ferhat Imazighen Imoula publiquement !

Ensuite, faire parler Ferhat Mehenni est pour nous une question d’ordre démocratique. Il y va de la liberté d’expression.
A-t-il le droit d’exprimer ses idées, fussent-elles séparatistes ? Oui. Ferhat Mehenni a le droit de défendre le programme qu’il veut, et ce, indépendamment de ce que nous pouvons en penser. “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”, dit une célèbre citation qu’on attribue faussement à Voltaire. C’est au peuple d’adhérer ou de désapprouver. Le dernier mot lui revient.
Désolé pour le ton professoral, mais c’est ce qu’on appelle le “verdict populaire” !

Et ce n’est surtout pas au ministère de l’Intérieur de décider des idées et des programmes qui seraient bons à faire circuler. Encore moins à Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND et non moins chef de cabinet de la présidence de la République. Lui qui n’avait pas hésité à consulter Madani Mezrag sur le projet de révision de la Constitution algérienne. “Yentayi ousamid d’agoul” (le froid m’a piqué au cœur), chantait justement Ferhat dans les années 1990, lorsque les hordes terroristes égorgeaient les derniers espoirs d’Octobre 88. Mais Ferhat Mehenni défend des idées séparatistes et indépendantistes ? Oui et alors ? Ferhat se bat pour un idéal, un projet de société et un État, dont la finalité est, pour le moins, l’espoir de libérer l’être humain, fût-il kabyle, du joug de l’oppression sociale, culturelle, économique et politique ! Il se trompe ? Peut-être que oui. Et alors ? Madani Mezrag et sa mouvance, eux, ont pris les armes pour instaurer leur “dawla islamiya”, l’ancêtre de Daech, n’hésitant pas à liquider hommes, femmes et enfants !

Mais enfin qui a peur de Ferhat Mehenni et pourquoi toute cette diabolisation ? Est-ce une façon de venir à bout du MAK, devenu depuis au moins deux ans, une donnée politique en Kabylie ? Certainement pas. La répression et les persécutions n’ont jamais réglé les problèmes politiques. Ferhat Mehenni : ange ou démon ? À une question sur ses projets, il nous fait part, en effet, de… son intention d’enregistrer des musiques “de type classique, à la manière de Beethoven, Mozart, Brahms ou Tchaïkovski” ! C’est humain ! Humaniste ! C’est tout un programme.

Mourad Fenzy
Source

SIWEL 151827 DEC16

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