LE SAUT DANS L’INCONNU !

KABYLIE (SIWEL)  —  Un jour, quelqu’un m’a dit : si tu veux un monde meilleur et plus juste, il faut commencer à le faire. À peine avait-il terminé sa phrase que j’ai répondue instinctivement, même en Algérie ? Je dis cela, car le contexte est bien différent. Ce qui se trame en haut lieu ces derniers jours, n’augure rien de bon. Ai-je besoin de le rappeler : il n’y a pas de fumée sans feu. 

On attendait vraisemblablement le père Noël au-dessus du ciel d’Alger pour ce mois de décembre, que nenni ! Ce fut un autre personnage qui est rentré au pays. En fait, c’est le général Khaled Nezzar, l’ancien chef d’État-major de l’Armée puis ministre de la Défense nationale, qui, après un exil de plus de 18 mois, vient de fouler le sol algérien.

Un avion présidentiel appartenant à la flotte officielle algérienne a été dépêché jusqu’à Barcelone le vendredi 11 décembre à 7 h 13. À 8 h 45, le général Khaled Nezzar monte à bord du 7T-VPS, le Jet de la présidence algérienne, pour débarquer à l’aéroport militaire de Boufarik à 9 h 42. Sur place, un accueil solennel lui fut réservé par l’armée.

Depuis juin 2019, Khaled Nezzar s’est établi à Barcelone en Espagne pour fuir les poursuites judiciaires enclenchées contre lui par le tribunal militaire de Blida, en lien avec la fameuse affaire de complot contre l’Autorité de l’Etat et de l’Etat-Major de l’ANP impliquant Saïd Bouteflika, les généraux à la retraite Toufik et Tartag ainsi que Louisa Hanoune.

Le 6 août 2019, le tribunal militaire de Blida a émis des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de Khaled Nezzar, de son fils Lotfi et de Farid Benhamdine, un homme d’affaires proche de Khaled Nezzar. Ils sont accusés de complot contre l’Autorité de l’Etat et de l’État-Major de l’ANP. Rappelons que le procès a eu lieu le 23 septembre en l’absence de Khaled Nezzar, de son fils Lotfi Nezzar et de Farid Benhamdine, considéré en état de fuite, le tribunal militaire de Blida a prononcé une peine de 20 ans de prison à leur encontre.

Khaled Nezzar faisait l’objet d’un autre mandat d’arrêt international qui a été émis à son encontre par le tribunal civil de Sidi M’hamed.

L’ancien ministre de la Défense continue toujours de susciter des interrogations. Selon des sources judiciaires, il aurait « comparu devant le tribunal militaire de Blida, qui a statué sur l’annulation de la plainte » et devant le juge du tribunal de Sidi M’hamed, qui a retiré le mandat d’arrêt international.

Dans un passé, pas si lointain, les « ’décideurs »’ auraient d’abord envoyé un ballon-sonde pour prendre le pouls de la population et voir comment la rue réagirait à un tel retour. Mais voilà, apparemment, ils sont passés à la vitesse supérieure. Ils ne veulent même plus savoir ce que pense le peuple. La décision est prise et elle est appliquée. 

Pour rappel, Khaled Nezzar, faisait l’objet d’une condamnation de 20 ans de réclusion criminelle et d’un mandat d’arrêt international, prononcé par le tribunal militaire de Blida, pour « complot » et « atteinte à l’ordre public », des faits liés à l’affaire du « complot contre l’autorité de l’Etat de l’armée ».

La logique voudrait que s’il y a un mandat d’arrêt contre une personne, même si c’était un général, elle serait immédiatement arrêtée à peine le petit orteil aurait foulé le territoire national. Mais voilà, l’ancien ministre de la Défense est revenu presque avec les honneurs. 

Cet événement est donc venu compliquer encore plus une situation déjà explosive. Est-ce le sinistre épisode de Bouteflika qui est en train de se rejouer à El Mouradia ? Car le pays est comme pris en otage, où même la fameuse loi des finances est renvoyée aux calendes grecques, c’est vous dire si la maison Algérie fonctionne vraiment à minima. Ceci bien sûr sans omettre ce système répressif qui continue de traquer et d’emprisonner chaque individu qui essaye d’aller dans le sens d’une sortie de crise.

Une sensation de Déjà vu !

Après deux mois d’absence, le président Teboube est enfin rentré en Algérie, après avoir suivi une longue convalescence en Allemagne.

Cet épisode nous a surtout rappelé que la réalité est encore un bien vain mot en Algérie, puisque Tebboune lui-même avait clamé haut et fort en juin dernier que le système de santé algérien est le meilleur du Maghreb et même d’Afrique. Face à ce volte face, Lakhdar Bouregaâ, héros de l’indépendance et figure du Hirak, mourait à 87 ans à Alger après avoir lui aussi contracté le Covid-19.

Ainsi donc ce long séjour en Allemagne a ramené les Algériens à une époque pas si lointaine, quand Abdelaziz Bouteflika, vieillissant et malade, donnait une bien mauvaise image d’un pays jeune, mais gouverné par des présidents vieillissants et malades. 

Tout de même, il est utile de mentionner au feutre rouge ce timing moribond qui indique clairement des manœuvres politiques en cours pour contre balancer les forces en places.

Certains vont même jusqu’à dire que le retour de Nezzar intervient uniquement dans le but de torpiller le clan Tebboune.

Selon le site d’information Algérie Part, la dernière sortie médiatique de l’ex-député Tliba dévoile plus que jamais le début d’une nouvelle guerre de clans au sein du régime algérien pour la succession du président malade et affaibli Abdelmadjid Tebboune.

Ainsi donc, on susurre que le retour de Nezzar au pays sans qu’il soit inquiété serait le prélude à la réhabilitation de Toufik et de Tartag dans les prochains jours, pour une possible redistribution des cartes, car la maladie de Teboune est une véritable aubaine pour eux.

Bien sûr, ce retour pourrait aussi s’expliquer par certains événements extérieurs qui se sont accélérés ces derniers temps, mettant à nu la fragilité diplomatique de l’Algérie. La crise politique et sécuritaire en Libye et dans les pays du Sahel et la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël pourraient constituer une menace au niveau des frontières.

À présent, ce qui est le plus à craindre est de voir les différents clans du système se rassembler sur le dos du peuple pour passer des accords et établir des consensus pour sauver leurs privilèges et asséner un coup mortel aux (Hirak) revendications populaires. 

Au fond, les différents clans du pouvoir n’aspirent qu’à une seule chose, protéger et faire fructifier leurs intérêts et mater les soulèvements populaires. Et dans ce registre, avoir dans leurs rangs celui qui allait tirer sur les manifestants un certain 5 octobre 1988, ne serait pas de refus.

DK
SIWEL 311420 DEC 20

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