Il ne s’agit pas dans cette contribution de revenir sur la chronologie du combat identitaire kabyle, ni de revenir sur sa genèse. L’histoire est suffisamment ancrée dans la mémoire collective, que même 35 ans après le 20 avril 1980 à titre d’exemple, l’événement est encore vivace dans les esprits.

 

« La politique, ça ne consiste pas à suivre le courant, mais à indiquer le cap. » Jaques CHIRAC

Il ne s’agit pas dans cette contribution de revenir sur la chronologie du combat identitaire kabyle, ni de revenir sur sa genèse. L’histoire est suffisamment ancrée dans la mémoire collective, que même 35 ans après le 20 avril 1980 à titre d’exemple, l’événement est encore vivace dans les esprits.

Mon objectif est de me pencher sur la terminologie utilisée dans nos divers combats, qu’ils soient militaires ou politiques et surtout d’essayer de soulever sur l’espace de la réflexion politique kabyle, la problématique suivante : peut-on changer la terminologie des combats passés ?

La réponse est bien évidemment, non. Pour la simple raison qui est à mon sens logique et objective : La terminologie répond à un contexte bien défini, guidé par un esprit et une conscience propre à une conviction dans un espace et un temps donnés. En l’occurrence, en 1980, à titre illustratif, l’esprit des kabyles ainsi que toutes leurs démarches étaient guidés par l’idée d’une Afrique du Nord Amazigh, à l’image de l’Etoile Nord Africaine de 1926 dont on connaît le malheureux destin !
Il en va de même pour le conflit de 1963, appelé communément, " la guerre du FFS". Une guerre qui se passait en réalité, entre une armée des frontières, étrangère à la guerre de décolonisation, et une Kabylie qui était et demeure à la recherche de sa "liberté perdue".

Malheureusement, il est difficile pour nous aujourd’hui, de confirmer ou d’infirmer les motivations de nos aînés concernant leurs démarches. Etaient-elles stratégiques ou était-ce une simple conviction naïvement adoptée ?

La réalité des événements historiques exigent de nous, de dire et de mettre en évidence, les raisons qui ont amenées les kabyles à adopter des démarches périlleuses pour leur identité, mais également, cette même réalité, nous impose d’être fidèles quant à la terminologie adoptée par ces acteurs.

Une terminologie quand bien même est-elle inadéquate en finalité, mais dans les faits, elle est le reflet exact d’une vision, d’une réflexion et d’une conviction. La transformer, c’est la vider de son sens initial, donc vider une époque de sa réalité, et par conséquent, la vider de tout intérêt rétrospectif.

En voulant rétablir la vérité, on risquerait, naïvement de la falsifier en reproduisant le même schéma que nous combattons !
Je reste convaincu, que c’est parce que le printemps 1980 est Amazigh, que nous avons eu cette correction d’idée et d’objectif aujourd’hui. A savoir, l’Amazighité est dans la diversité et non pas dans "une homogénéité fictionnelle" qui dessert les intérêts des peuples Amazighs au lieu de les amplifier.

Dans le même ordre d’idée, je dirai que dans une Kabylie indépendante, le FFS et le RCD, qui sont incontestablement les deux structures démocratiques et historiques dans la vie politique de "l’Algérie indépendante", n’auront aucun intérêt, ni sens d’exister en tant que dénomination, quand bien même, leur potentiel humain est exclusivement kabyle et leur pensée politique s’inspire dans sa majorité du patrimoine politique kabyle.

L’argument plausible est et réside dans leur motivation fondamentale, et leur choix quant à la terminologie adoptée qui se résume dans cet espoir s’avèrant possible dans leur esprit kabyle, et impossible dans le contexte algérien, qui est d’instaurer un ÉTAT Algérien laïc et démocratique même si aujourd’hui pour certains, l’ambition est révolue, sans prendre en considération la souveraineté des peuples Amazighs qui occupent ce territoire depuis la nuit des temps. Mais surtout, un rêve que les kabyles qui ont créés l’Etoile Nord Africaine et ceux qui ont fait la guerre de décolonisation, n’ont pas réussit à exaucer.

En amont, c’est l’individu qui détermine la terminologie à donner à une structure et à une idée. En aval, c’est la terminologie qui définie le cadre dans lequel évolue l’individu, mais aussi elle définie par la même occasion son identité politique, voire son identité tout court.

Je suis dubitatif quant à ce reflex, de dire que le FFS et le RCD sont des partis Kabyles, car leur terminologie est fondée sur la base d’un choix et d’un sentiment Algériens. De toute évidence, les éléments juridiques et idéologiques « les confinent » dans cet état de fait. Ont-ils raison ou tort ? Il leur revient de réajuster le cap !
Pour libérer la pensée il faut au préalable se libérer de l’emprise de la terminologie.

L’autre exemple édifiant permettant d’illustrer l’inefficacité d’utiliser une terminologie qui fait parti d’un combat passé, c’est l’initiative en avril 2014 de certains militants kabyles, de commémorer le printemps Berbère sous l’appellation du MCB. Une démarche sûrement respectable dans une certaine limite mais une initiative qui fait l’effet d’un coup d’épée dans l’eau, vue la faible adhésion des kabyles, et la disparition de ce sigle juste après l’échec de cette initiative.

Au demeurant, il ne suffit pas de revisiter, ressusciter, réhabiliter une terminologie qui a eu son heure de gloire pour qu’elle reproduise le même effet alors que son temps est révolu, au risque de tomber dans l’anachronisme d’idée et dans une réflexion désuète, dépassée dans le temps et par les événements.
Ce qui est une motivation, une conviction et un but à atteindre pour une génération, ne peut pas être nécessairement le leitmotiv d’une autre. Nous pouvons, néanmoins, concevoir une forme de continuité ou d’inspiration, aussi relative soit-elle.
Ce sont ces raisons qui nous ont poussé nous-autres, à lutter définitivement pour la liberté du peuple kabyle et la reconquête de notre territoire confisqué et annexé par la France à l’Algérie, avec une terminologie adéquate à notre combat présent et qui correspond à nos aspirations. « Le Printemps Kabyle 2015 » en est l’exemple péremptoire.

Que l’on me comprenne bien ! Ma réflexion ne souffre d’aucune idée malsaine, visant à alimenter d’éventuelles polémiques. Les exemples cités ne sont là, que pour étayer ma réflexion, qui ne relève pas de la science infuse. Au contraire, elle est sujette à la critique sans modération. Et ce n’est qu’ainsi que l’on peut avancer et se retrouver au bout du chemin.

Je reste convaincu, que demain dans les universités Kabyles, l’enseignement des sciences politiques sera riche, grâce à tout ce combat politique kabyle, qu’il soit victime d’une terminologie Algérienne ou libéré de tout terme idéologiquement colonial.
Le monde, depuis son existence sous forme de royaumes, républiques ou encore blocs, a traversé des conflits et des guerres, pour des territoires, des religions, des idéologies politiques, des intérêts géostratégiques, voire même une guerre d’images.
Il y a nécessité aujourd’hui, de se pencher sur une autre « guerre » autant destructrice que les précédentes, pour la comprendre et pour pouvoir réagir : c’est « la guerre de la terminologie et des mots ».

Il n’est point anodin de voir l’Etat français par exemple, qu’il soit personne morale ou représenté physiquement par un ministre, historien, journaliste ou autres… utiliser le terme Maghreb, au lieu l’Afrique du Nord, Musulmans au lieu de Kabyles ou Chaouis ou encore le printemps Arabe hors saison, en territoire des Imazighen ! La terminologie, printemps Berbère pose-t-elle problème ?

Pourquoi le monde dit « Libre et démocrate » assume le terme et crie à haute voix l’existence « d’un Etat islamique » ? – qui est en réalité une macabre démarche de terroristes islamistes, et jusqu’à preuve du contraire, L’Etat par définition, est composé d’un peuple, d’un territoire bien défini, d’institutions démocratiquement élues et de légitimité populaire – et occulte voir combattre la volonté du peuple kabyle à prendre son destin en main et à travers lui d’autres peuples de par le monde.
En fait, le choix des termes et des mots n’est qu’une application d’une stratégie globale, visant à conquérir non seulement des territoires et des peuples, mais aussi et surtout leur langage. Cette terminologie en question, il est important de la combattre dans le temps et l’espace.

Enfin, pour revenir à la terminologie du combat Kabyle, je dirai que toutes les démarches, les idées et les orientations politiques des Kabyles sont critiquables et tangibles, mais la terminologie appliquée par les protagonistes devrait rester intacte. Car la terminologie fait partie de l’histoire, et l’histoire reste figée dans le temps mais les événements qui la forment sont évolutifs.

Yacine CHERAIOU

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