LE POIDS DE LA RÉSIGNATION

KABYLIE (SIWEL) — De prime abords tout semble calme. Aucun remous sur les vagues du train-train quotidien des gens. Pourtant à y regarder de plus prés, la colère gronde dans les cœurs des population . Comment serait-il autrement quand le simple citoyen se trouve réduit à quêter des bureaux de postes pour retirer son maigre salaire ? Comment serait-il autrement quand on se retrouve réduit à courir des superettes pour l’acquisition d’un bidon d’huile ou tout simplement un sachet de lait à la qualité douteuse ?

Dans cette Algérie agonisante, c’est la famine culturelle, politique qui règne. Le fameux Hirak est devenu un simple exercice : une répétition à l’éternel d’une scène figée dans le temps et dans l’espace qui consiste à marcher après la prière du vendredi, pour ensuite regagner son chez soi dans l’attente du prochain vendredi. Vers le soir, c’est aussi l’occasion aux deux chaines EL Maghibiya et BRTV  pour tendre des micros à des personnalités politiques (toujours les même, Bouchachi, Mohsen Belabes, Smail Nabila….) pour redire à l’infini ce qui fut dit le vendredi passé. Voilà comment est conjugué le militantisme et le combat par ces médias et surtout cette classe politique amorphe et aphone en réalité et surtout impuissante à transcender son inertie légendaire et véhiculer un discours plus mobilisateur et à proposer (normalement imposer) des solutions réelles aux blocages multiformes à laquelle est livrée cette société. C’est ce qui fait dire à des observateurs avertis que ce hirak est plus l’expression d’une résignation consentie que d’une lutte assumée.

L’interpellation de Tebboune par le président du GPK est venue à point pour démontrer aux uns et aux autres le sens noble de la politique : capacité à prendre ses responsabilités chaque fois que la situation l’exige. Face aux menaces à peine voilées du régime quant aux militants du MAK et des autres indépendantistes kabyles, la sortie de Monsieur Ferhat Mhenni est d’une clarté et fermeté qui ne souffre aucune ambigüité. Le régime est interpellé directement quant à toute volonté  de violence envers la Kabylie à la vielle du vingtième anniversaire du printemps noir que les citoyens s’apprêtent à célébrer dignement en hommage aux 128 martyrs de ces dramatiques événements.

Quid des autres acteurs politiques kabyles ? Quid des syndicalistes ?  Seul le silence assourdissant de leur résignation vient troubler notre étonnement quant à cette situation absurde et surréaliste que ces laudateurs d’une unité de façade, font perdurer.

Pourtant face aux grèves multiples qui s’enclenchent les unes après les autres ( celles des hôpitaux, des travailleurs de la wilaya, des Poste et télécommunication, des professeurs des lycées…)à la veille de ce mois du Ramadan, il y a tout lieu de craindre que les choses débordent  … mais apparemment cela ne semble pas être une préoccupation pour cette classe politique ni celle du régime tous deux égaux dans leur cynisme face au drame quotidien que les familles fragiles subissent à leur corps défendant.

Faut-il s’attendre à un printemps chaud ? Tout semble pencher vers le oui.

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