L’ART DE MARCHER SUR DU SABLE MOUVANT

KABYLIE (SIWEL) —  Il y a comme ça des situations qui font penser au mythe de Sisyphe. Le vécu quotidien de nos citoyens laminé par une politique de la terre brulée menée par les prédateurs du pouvoir d’Alger mais aussi par l’incapacité, de ce qui est établi être une classe politique, à réagir, ne cesse de se dégrader.

Il suffit de faire un tour dans nos villes comme Tizi Wezzu, Iazoughen, Larba Nat Iraten, Vgayet, Tuviret pour s’en rendre compte. Les rues sont presque désertes et ce dés 11 heures du matin. Les magasins, les marchés, sont boudés par les clients. Le pouvoir d’achat des gens a dégringolé. Les ménages se contentent du strict minimum. L’heure est à la prudence. En effet par ces temps de crises multiformes, joindre les deux bouts pour nombre de familles s’avère un exercice difficile.

Dans ce climat délétère, où tous les feux clignotent au rouge, le discours politique est quasi absent. L’inertie semble être la règle pour cette classe politique qui, comble de l’ironie, se vante d’être la voix de ce peuple. Pourtant l’impasse pour cette élite kabyle qui ne cesse de vouloir défendre un projet national (une Algérie une et indivisible), malgré l’évidente réalité de leur ancrage uniquement en Kabylie, est si évidente ! Du coup et pour bon nombre d’observateurs, la question se pose : à quoi est due cette cécité politique de cette élite ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à faire sa mue, et conjuguer avec les données réelles de la situation ?

Pourtant aussi bien le RCD que le FFS ne cessent de buter sur un rejet massif de leur politique par le reste des Algériens. Les précédentes échéances électorales auxquelles ils ont pris part sont édifiantes à ce propos. Elles les ont définitivement confinés dans cette Kabylie qu’ils refusent de défendre ! Dès lors à quoi est dû cet entêtement ? Qu’est-ce qui motive cette classe politique à faire des alliances contre nature ? Pourquoi ce reniement de leur identité politique ?

La mystification est d’ordre psychologique. Nul mieux que les leaders de ces partis politiques ne savent que le destin «  national » qu’ils caressent est une utopie. Ils le savent d’autant plus qu’au plus fort de leurs activités sur le terrain, leurs efforts (conférences, meetings, débats) sont concentrés uniquement en Kabylie. Un aveu qui ne trompe personne sauf les aveuglés de l’idolâtrie des personnes. Même leurs propositions les plus audacieuses, comme le fédéralisme ou la régionalisation, ne sont avancées que pour servir « d’amuse pensée » pour leurs auditeurs kabyles. Cela, bien entendu, quand elles ne sont pas tout simplement reniées. Dans l’art de jongler avec l’absurde, on ne fait pas mieux.

Les temps changent. Les jeunes des années 90 sont aujourd’hui adultes. Leurs sources d’informations sont ailleurs et non pas dans des communiqués pendus au compte-goutte dans une presse que personne ne consulte. Le paysage politique de la Kabylie a fait sa mue et aspire à autre chose  qui le débarrassera définitivement du carcan mortel de cette Algérie qui ne cesse de sombrer. Le rejet systématique de tous les rendez-vous électoraux initiés par le pouvoir d’Alger depuis 2001 à ce jour par cette Kabylie est significatif à plus d’un titre quant à la véritable aspiration des Kabyles. Continuer à agir à contre-courant de cette aspiration légitime du peuple kabyle relève d’une myopie politique pour le moins, et d’un suicide identitaire pour le plus. Puisse les appels lancés ici et là par des personnalités lucides quant à une rencontre de toute l’élite Kabylie pour discuter du futur de cette Kabylie, puisse être entendu. Il y va de notre avenir, de notre existence. Que cesse une bonne fois pour toutes ces errances sans fin pour cette Kabylie de tout temps martyrisée.

H@S
SIWEL 061750 FEV 21

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