LA NATURE COLONIALE DE L’ADMINISTRATION ALGÉRIENNE

KABYLIE (SIWEL) — Maitre Benyoub vient de rappeler encore une fois à l’administration algérienne sa véritable nature coloniale en Kabylie, tout simplement en plaidant en kabyle au sein de l’enceinte du tribunal de Vgyaet, en plein coeur de la kabylie.

Arabophone, ne comprenant pas un seul mot de kabyle, la juge n’ignorait pourtant pas qu’elle était en Kabylie, que la Constitution même de l’État auquel elle avait fait allégeance reconnaissait officiellement la langue kabyle, que les avocats et leurs clients avaient le droit de plaider dans la langue de leur choix!

Pourtant, dès que maitre Benyoub commença sa plaidoirie en kabyle, la représentante de la « justice » algérienne l’interrompt pour lui signifier qu’il « faisait sa plaidoirie dans une langue qu’elle ne comprenait pas! ». Comme si madame la juge venait de faire une grande découverte! Wow! en kabylie on parle une autre langue que la langue arabe?! Hallucinant!

Loin d’être intimidé par le réflexe de la juge, maitre Benyoub, ignorant complétement la remarque de la juge, continue sa plaidoirie en kabyle, comme si de rien n’était. La juge n’a alors rien trouvé de mieux que de se lever et quitter le tribunal, étalant ainsi non seulement son mépris et son arrogance vis-à-vis de l’avocat et les citoyens, mais aussi le mépris et l’arrogance de l’État algérien qu,elle reeprésente vis à vis de tout le peuple kabyle. Sous d’autres cieux, au Canada par exemple pour ne citer que ce pays où j,ai la chance de vivre, dans une telle situation, même si un accusé venait à surprendre un ou une juge dans une langue inconnue jusque-là, le ou la juge se serait d’abord excusé de ne pas pouvoir comprendre la langue en question tout en rappelant à son avocat que son client a le droit de demander un ou une interprète au frais de l’État, même si on doit aller le ou la cherche en Mongolie.

Pourquoi? Parce que, tout simplement, la justice n’a pas de prix et que ce serait faire preuve d’injustice que de prendre le risque d’inculper quelqu’un sans lui donner toutes les chances de se défendre comme il se doit. Je ne parle pas des langues connues ou reconnue au Canada comme le français, l’anglais ou une langue autochtone, je parle des langues extraterritoriales, qui n’ont aucun rapport avec le Canada sinon par le biais des citoyens dont c’est la langue maternelle.

Et là, en plein cœur de la Kabylie, une juge affiche un tel mépris pour une langue maternelle de plusieurs millions de Kabyles car la culture administrative algérienne est une culture de mépris, d’arrogance, d’humiliation, de rabaissement, et de déchéance de l’individu. Une justice de nom, non seulement aux pratiques douteuses et injustes, mais aussi ignorante, indigne, ignoble, immonde, bref, une « justice » inqualifiable.

Maître Benyoub a donné l’exemple, aux autres avocats de lui emboiter le pas afin de mettre en lumière la vraie nature de l’administration algérienne : un colonialisme que certains kabyles feignent de ne pas voir. Ne dit-on pas qu’il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir?

Karim Achab
SIWEL 192125 MAR 21