(SIWEL) — En prenant toutes les précautions requises face à une terminologie et à un savoir « colonial » sur les « indigènes » dont ils occupent ou convoitent les territoires, toute étude ou document écrit du temps de la conquête de la Kabylie par la France coloniale, ou la précédant de peu, constitue une source précieuse de documentation sur la Kabylie, son organisation sociale et politique, ses mœurs et ses coutumes.

A ce titre, l’ouvrage de Patricia Lorcin, «Kabyle, arabes, français : identités coloniales» foisonne d’informations, certes extraites de publications ou de réflexions coloniales sur ce qu’elle appelle le «mythe kabyle» qui oppose le «bon kabyle» au «mauvais arabe».

Aussi, pour les kabyles dont l’existence historique en tant que peuple et nation est sciemment nié par l’Etat arabo-islamique algérien, ces documents coloniaux, quand bien même ils seraient truffés de « clichés », demeure une source précieuse d’information sur la Kabylie d’antan.

Ainsi explorant une étude très détaillée élaborée par un colon anonyme établi à Bougie dès 1836, donc avant la perte de la souveraineté kabyle, aIl s’avère que la Kabylie apparaît clairement était le territoire d’un peuple organisé, politiquement, économiquement et militairement indépendant.

Quelques extraits de faits (et non de jugements de valeurs sur les races), nous renseignent sur la Kabylie avant son annexion aux possessions coloniales françaises en Afrique du Nord, celles-ci prenant le nom de « Algérie » suite au décret colonial signé du général Shneider, le 14 octobre 1839

 

Ce qui nous intéresse dans ces études coloniales, ou dans les travaux postérieurs à la colonisation visant à étudier le système colonial français, sa théorie des races ou ses clichés ethniques, ce sont évidemment les faits et non les jugements de valeurs portés sur ces faits ; et encore moins la fameuse dichotomie coloniale du «bon kabyle» et du «mauvais arabe». Voilà en effet un argument dont usent et abusent les négationnistes en tous genre qui cherchent à nier l’existence du peuple kabyle antérieurement à la création coloniale de l’entité « Algérie » pour lui imposer l’identité arabo-islamique au détriment de l’identité kabyle et amazighe, sous prétexte que le colon a enjolivé l’un et dénigré l’autre. La même méthode est utilisée dans la majeure partie des nouveaux Etat africains anciennement colonisés par la France et le résultat de cette politique des races

Ainsi nous avons retenus quelques extraits recelant des informations importantes pour les kabyles dans la maitrise de leur Histoire.

Extraits :

Le peuple kabyle, au milieu des populations d’origines diverses qui vivent sur le sol de l’Algérie, forme une société à part, et parfaitement distincte des autres races… … Le Kabyle n’aime pas la vie errante, il est sincèrement attaché à sa famille, et il possède, jusqu’au fanatisme, l’amour de la patrie...

Le Kabyle est très laborieux : il est bon cultivateur, et il cultive avec le plus grand soin les terrains dont il est propriétaire.

… Doué d’une rare intelligence, il exerce avec beaucoup d’adresse toutes les professions industrielles nécessaires à son existence fixe en famille et à ses diverses exploitations agricoles. Ainsi il fabrique lui-même les toiles et les étoffes de laine qui lui servent à confectionner ses vêtements….

On trouve chez les Kabyles des moulins à farine, des moulins à huile, des fabriques d’armes à feu et d’armes blanches ; ils fabriquent eux-mêmes leurs munitions de guerre ; ils ont des forges dans toutes les tribus, et ils fabriquent leurs instruments aratoires. Ils construisent en bonne maçonnerie leurs maisons et leurs établissements industriels. …

Les Kabyles ont une forte passion pour la possession du numéraire (paiement en argent, NDLR) ; et il y a dans toutes leurs tribus un grand mouvement d’agiotage (pratique de l’usure et de la spéculation). Les plus riches d’entre eux prêtent à ceux qui ont des besoins pour leurs entreprises agricoles et industrielles, et ces prêts sont faits ordinairement à un taux d’intérêt très élevé. …

… Les Kabyles ont aussi un penchant très prononcé pour le commerce, tant par goût que par nécessité. Recu… (?)….lant bien des produits au-delà de leurs besoins, ils sont portés à chercher au dehors de leur localité l’écoulement de ce qui est superflu. Ils se mettront facilement en relation de commerce avec nous, d’abord pour amasser de l’argent dont ils sont très avides, et ensuite pour se procurer les objets qui leur manquent…

… il est rare de voir les Kabyles mariés à plusieurs femmes, ils tiennent à en avoir qu’une à laquelle ils s’attachent sincèrement. Ils ont aussi beaucoup d’attachement pour leurs enfants, et l’union la plus parfaite règne dans leurs familles.

Les femmes kabyles sont très libres dans leurs tribus. Elles travaillent dans les champs avec leurs maris. Elles suivent les hommes au combat, et, peu éloignées du lieu de l’action, elles les excitent par leurs cris, et elles pansent elles-mêmes les blessés.

Tout Kabyle se croit l’égal de son chef de tribu. Lorsqu’il arrive à ce dernier de s’écarter des principes de l’égalité, sacrée chez les Kabyles, le dernier des hommes de la tribu l’arrête par ces paroles : "Keçç d ccix, Nek d ccix" [tu es chef, je suis chef comme toi

Le vol est puni par la restitution de l’objet volé et par le paiement d’une amende

.. Tout dommage causé sur la propriété d’autrui est compensé par une amende au profit du propriétaire qui a souffert du dommage…

La moindre insulte faite à une femme est punie très sévèrement chez les Kabyles, et le coupable est ordinairement condamné à une très forte amende.

La bastonnade, ou toute autre punition dégradante pour l’homme, est interdite par les usages kabyles… … Une insulte faire à un Kabyle en public peut faire la guerre entre deux tribus

Toutes les tribus kabyles ont des moulins à grains établis sur les eaux de la rivière qui baigne leur territoire. Celles qui sont riches en oliviers ont toutes plusieurs moulins à huile…

Les tribus qui récoltent beaucoup de figues et de raisins, en font sécher de grandes quantités, comme on le fait dans le midi de l’Europe ; et c’est l’objet d’un grand commerce…

L’opinion publique en France s’est soulevée à l’idée d’une expédition militaire dans la Kabylie. Pourquoi, a-t-on dit et écrit, aller porter la guerre en milieu de populations paisibles ? Pourquoi aller irriter contre nous un peuple qui reste neutre dans nos démêlés avec les Arabes ? N’est-il pas d’ailleurs de la plus grande imprudence d’engager un corps d’armée dans un pays couvert de montagnes inaccessibles et défendu par des hommes qu’il nous faudra exterminer tous pour y rester maîtres ?

Avant notre établissement en Afrique, les Kabyles vivent, comme aujourd’hui, indépendants et livrés à l’agriculture et à diverses industries. Leurs produits agricoles et industriels s’élevant bien au-dessus de leurs besoins, ils en expédiaient une grande partie sur Constantine et sur les ports de Tunis et d’Alger...

… Un seul intérêt liait alors toutes les tribus entre elles. Leur aversion pour toute domination les unissait dans la pensée commune de repousser toute atteinte à leur fière indépendance

Le dey d’Alger et le bey de Constantine n’avaient aucune autorité sur la contrée kabyle. Les peuples qui l’habitent n’ont répondu à leur voix que le jour où ils ont été appelés à fournir leur contingent de forces pour repousser leur ennemi commun, au moment de notre arrivée sur le sol africain

… Mais avant d’entreprendre cette guerre, nous devons ne pas oublier que nous aurons affaire à un peuple plus rapproché de la civilisation qu’aucun autre de l’Algérie, et qu’il ne doit pas être traité en peuple barbare et ennemi. Pendant nos quinze années de lutte avec les Arabes, il est toujours resté neutre ; et il n’a pris les armes contre nous que lorsque nous nous sommes présentés sur quelque partie de son territoire...

jamais les Kabyles ne se soumettront d’eux-mêmes ; si nous voulons les dominer et les soumettre à notre gouvernement, nous ne pourrons y parvenir que par la conquête du pays. Les Kabyles sont animés jusqu’au fanatisme, de l’amour de l’indépendance. Ils préféreront souffrir tous les sacrifices, s’imposer toutes les privations, que de venir, de leur propre mouvement, déposer leurs armes à nos pieds et nous offrir leur soumission. Après avoir imposé notre domination par la force des armes à toutes les tribus arabes, pouvons-nous espérer que le peuple kabyle, qui n’a jamais connu de maîtres, se soumettra à nous sur le seul bruit de nos victoires ? Nous ne le pensons pas

Et effectivement il ne se trompait pas, il a fallu que les troupes coloniales françaises livrent des batailles acharnées au peuple kabyle pour occuper son territoire

Avec Journal de Kabylie

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SIWEL 141325 DEC 15

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