LA KABYLIE FACE À SON FUTUR

TAMURT TAQVAYLIT (SIWEL) — Sortir du tâtonnement, savoir vers où l’on se dirige devient une urgence pour l’élite kabyle. Ce qu’a enduré la Kabylie comme répression depuis 1962 à ce jour aurait dû en principe trancher la question depuis longtemps, notamment depuis les dramatiques événements du printemps noir où pas moins de 127 jeunes furent ravis (sans parler des 6000 blessés) à la vie par les balles assassines des gendarmes. Pourtant à observer la scène politique actuelle, le tourner en rond et la course vers des illusoires émancipations semblent avoir de beaux jours chez une bonne frange des acteurs politiques kabyles.

Dopés par un mouvement nommé bizarrement Hirak, ils s’acharnent à vendre à leurs sympathisants un vague espoir que le régime qui a gouverné l’Algérie (de main de fer et via l’arbitraire) depuis l’indépendance à ce jour est sur le point de tomber. Selon leur point de vue, cette chute du système est porteuse de grands changements  qui feront des Algériens des citoyens au sens réel du terme.

Aussi que ce soit sur la presse ou dans les médias lourds on les entend ânonner que l’avènement d’un état de droit est pour bientôt, même si dans les faits la réalité quotidienne les dément chaque jour que dieu fait.   L’installation de Téboune à la présidence, l’adoption d’une nouvelle constitution pourtant boudée par la majorité des électeurs en est la preuve absolue. Partant on est en droit de se poser cette question (souvent entendu dans les rues, café, et villages kabyles) : quel est le nouveau rôle qui est astreint à cette élite Kabyle algérianiste dans la nouvelle feuille route du pouvoir ?

Les réponses aux maintes interrogations que l’on peut se poser quant aux motivations réelles de cette élite, qui tourne le dos au bon sens (l’action de cette élite consignée dans la seule case de la Kabylie, même si des partis comme le FFS et le RCD continuent à proclamer leur caractère national contre toute logique) se trouvent peut-être leur réponse dans sa compromission avec ce régime auquel elle prétend s’opposer. Cela est si vrai que le simple citoyen lambda, nous dira je ne comprends pas la participation de ces partis aux élections locales comme les communales par exemple alors que nous savons tous qu’un P. APC n’a aucune prérogative pour gérer sa circonscription (toute décision prise lors d’une délibération devient caduque si elle n’a pas obtenu l’avale du chef de daïra).  Partant à quoi rime cette course effrénée pour participer à des élections organisées et truquées par un système supposé honni par cette classe politique ? Le paradoxe est criard !

L’image d’un ancien Premier ministre menotté et bâillonné avait fait le tour des médias. Le message était clair : voilà la triste fin de ceux qui ont vendu leurs âmes : aucune compassion des siens, reniement total de la part de ceux qu’il a servi depuis des lustres au détriment de ses frères, sa région, son identité. Cela nous fait penser à la fameuse chanson d’Idir «  amnafaq » quand il dit :

i win izenzen di gma-s
acu n rrbeḥ i yewwi
aɛdaw ad as-tt-yettalas
gma-s ur deg-s yettwali
iin-as i bnadem amessas
yettesman deg gma-s
errbeh tuera deffir-i

Cependant les choses ont évolué, pour beaucoup d’observateurs de la scène kabyle, celle-ci n’est plus à la croisée du chemin, puisque la majorité silencieuse de sa population ne croit plus aux mirages que proposent les partis politiques qui avaient un bon ancrage en son sein par le passé. Si pour certains, la solution peur venir dans une sorte de congrès de la Soumam bis qui rassemblerait tous les animateurs de la vie politique kabyle (toute tendance confondue) pour discuter de son avenir (ce qui serait souhaitable pour régler les montres à la même heure) pour d’autres le rubicond est franchi : seule l’autodétermination est la solution idoine.  La construction d’un état kabyle par petites touches successives (dotation d’un gouvernement provisoire, parlement et dans un futur proche une constitution) acquiert de plus en plus d’adhésions.

Pour ceux qui suivent l’évolution de la scène politique au plan local et international, l’année est une année déterminante où tout doit s’accomplir pour le grand rendez-vous de  qui verra la naissance de nouveaux pôles géostratégique qui graviteront autour des supers puissances que sont les USA, la Russie et la Chine. Des signes évidents montrent cette évolution qui sera fatale pour bon nombre de pays à commencer par la normalisation des pays dits arabes avec Israël. Aussi pour que le monde de demain ne se construira pas sans nous, il est grand temps de se mettre au diapason de l’histoire : consolider notre existence pleine et entière chez nous (sur nos terres) et nous imposer sur le plan international via une communication à la hauteur de nos espoirs et une production culturelle à la mesure de notre génie.

H@S
SIWEL 161800 JAN 21

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