Kabylie, halte à la répression et aux chantages : Témoignage

Tout a commencé le jeudi 30 août au matin à 09h00.
Un militant de Saharidj m’a appelé pour m’informer que quatre véhicules, de la gendarmerie coloniale, s’engageaient sur la route menant à ce lieu-dit ; il pensait que cette direction était celle du village où se tenait l’université d’été du MAK. J’ai, immédiatement, informé le groupe de militants qui se trouvaient à la maison. Vers 10h30, la gendarmerie a encerclée la maison et a demandé aux militants de sortir, ce qui était de l’ordre de l’impossible, compte tenu que les gendarmes nous ont bloqués à l’intérieur, et étaient armés pour tenter de nous intimider et faire échouer notre action.

Les gendarmes sont restés, sur les lieux, une trentaine de minutes environ. Ensuite ils ont décidé de partir et d’installer un barrage à l’entrée du village, et même à l’intérieur en face d’un monument.

La route qui mène vers le village est complètement bouclée par les véhicules de la gendarmerie coloniale.
Les militants, regroupés dans la maison, sont restés jusqu’au lendemain, et dans la soirée nous avions décidé de quitter le village.

Le matin de cette même journée, un groupe de militants de la coordination Sud décida d’emprunter une route secondaire, et l’autre groupe de la coordination Ouest avait opté pour un autre itinéraire.

À peine arrivés à proximité du stade, aussitôt trois véhicules de la gendarmerie traversèrent la route en se dirigeant dans notre direction. Arrivés à notre hauteur, les gendarmes ont commencé par nous demander nos pièces d’identité ; ils ont poussé le culot jusqu’à vérifier le contenu des sacs à dos de tous les militants, ils notèrent tous les noms et ont quitté le lieu. À notre grande surprise, au moment où les militants attendaient le bus qui arrivait de Tizi pour les récupérer, les mêmes véhicules de la gendarmerie revenaient vers nous, et un des leurs nous interpella à nouveau pour nous dire que leur chef au niveau de la wilaya tenait à s’entretenir avec nous.

Après une dizaine de minutes d’attente, nous le vîmes arriver, et aussitôt il commença par nous demander, une fois de plus, nos pièces d’identité.

Nous avions répondu, comme autres, que nous ne les avions pas sur nous. Immédiatement, il nous demanda d’éteindre nos téléphones. Il donna ensuite l’ordre de nous transférer à la brigade de Saharidj. Nous arrivâmes aux alentours de 11h30. À l’intérieur de la brigade, chaque militant a subi un interrogatoire d’une trentaine à une quarantaine de minutes, du genre,  » Tu fais quoi à Saharidj » ?  » Quel est le motif de ta visite » ? Et beaucoup d’autres questions du même acabit.

Un haut responsable des gendarmes de la localité m’avait, préalablement, interrogé, dans un véhicule banalisé, sur mes camarades, sur le motif de cette rencontre, sur les cadres du MAK et plus particulièrement sur le président Ferhat Mehenni.

Il m’a également interrogé sur mon engagement, et m’a demandé mon compte fb. Une rafale de questions s’en sont suivies dans le véhicule, et le calvaire a duré plus de quarante cinq minutes. Il finira, enfin, par me dire : « C’est bon ».

Un autre haut responsable de la gendarmerie d’une autre localité m’a aussitôt appelé dans son bureau pour m’entretenir des sujets tels que le pays, le Président de l’Anavad, et m’a dit que si j’avais besoin d’un travail, il se proposait de m’aider à la seule et unique condition que je quitte le mouvement (sic).
J’y suis resté une trentaine de minutes dans le bureau.

Chaque militant a à son tour été entendu, dans le bureau, une quinzaine à une vingtaine de minutes environ. Ils ont ensuite décidé de libérer quelques militants.
Moi-même et Lounes Hamzi, avec deux autres militants, avions été retenus au sein de la brigade.

De nouveau, le chef de la gendarmerie de la dite localité m’appelle dans le bureau pour tenter, une fois de plus, de me soudoyer en m’offrant des opportunités conditionnées par mon abandon immédiat du mouvement.
Vers 17h05, ils ont, enfin, décidé de mettre fin à notre séquestration après cinq longues heures infernales.

Les épreuves que nous avions subies étaient une véritable torture morale. Nous avions passé un moment franchement terrible et scabreux au sein de la brigade. Nous espérons que nos souffrances et nos sacrifices, pour la Kabylie, ne seront jamais vains.

Les militants, encore une fois, ont prouvé leur courage, leur dévouement, leur détermination et aucune force d’occupation ne pourra arrêter notre marche vers la libération de notre cher Pays la Kabylie !!!

Yusef Messouaf
Président de la coordination Sud du MAK

SIWEL 112345 SEP 18

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