Chronique

Dans la Kabylie d’antan, chronique de Dda Teyyev

CHRONIQUE (SIWEL) — Aujourd’hui, exceptionnellement, je vais vous conter une anecdote croustillante venue des temps anciens, et bien ficelée par, certainement, un esprit très tôt éveillé.

Dans les temps les plus reculés, au sein d’un village, il s’est trouvé deux amis inséparables, de leur tendre enfance à leur âge avancé.
L’un des deux, démuni, avait sept garçons, comme dans tous nos contes anciens, et le dernier de ses fils atteignait la vingtaine d’années.
Le deuxième était riche et n’arrivait pas à avoir d’enfants. Cette situation contraignante ne l’a pas empêché de se lancer dans les affaires et d’amasser des  fortunes. Pour autant, il ne s’est pas détourné du pauvre  et lui garda toute son amitié de la manière la plus fidèle.
Un jour, l’ami fortuné tomba malade et chercha à dénicher un médecin (amejjay) en capacités de lui prodiguer des soins qui lui permettraient de retrouver sa pleine santé.
Il se renseigna partout et finira par découvrir qu’il y avait un très bon praticien, mais dans une contrée très lointaine. Peu importe la distance, il fallait bien qu’il se décide à y aller.
C’était l’époque, bien sûr, où les banques n’existaient pas chez nous.
Sachant qu’il en avait pour une très longue période de marche à cheval, il s’est trouvé  contraint de se rendre chez son ami pour lui confier sa fortune en présence de ses sept garçons.
Le malade dira à son ami qu’il ne pouvait compter que sur lui pour être sûr de retrouver ses biens à son retour. Il lui ajouta que si d’aventure il venait à être emporté par la maladie, il lui faisait don de toute sa fortune, en précisant qu’en cas de guérison il retrouverait sa possession telle qu’il l’avait confiée à celui-ci.
Accord conclu en toute confiance, le malade prit la route en direction de la lointaine contrée pour consulter le célèbre médecin.
À quelques jours seulement de son départ, le vieux pauvre rassemble ses sept garçons et leur propose de partir tous ensemble au pèlerinage, compte tenu que les moyens financiers étaient colossaux, comme s’ils venaient de tomber du ciel.
Le dernier de ses garçons refusa la proposition de son père, prétextant qu’il fallait bien que l’un d’eux devait rester pour s’occuper de la maison. Bien vu mon fils, lui dit son père.
Les préparatifs étant en place, le vieux prit la route, avec ses six autres garçons, en direction de  » la maison de dieu « .
À leur retour du pèlerinage, une fête de sept jours et sept nuits était organisée, avec, en prime, le sacrifice de plusieurs boeufs pour rassasier toute la collectivité.
Quelques semaines après le retour des pèlerins, le malade revint au village, suite à ses soins, dans une forme olympique.
Comme prévu, il retourna chez son ami d’enfance pour récupérer ses ressources ignorant que ces dernières ont été, quasiment, toutes dilapidées.
Au moment où il réclama son dû, son ami, devenu pèlerin, nia qu’il lui a confié quoi que ce soit. L’ancien malade était tombé des nues et lui dit que même ses  garçons étaient témoins du marché conclu avant qu’il ne  parte pour se soigner.
Le hadj lui réplique qu’il était disposé à faire témoigner ses garçons, qui étaient tous  présents pendant leur discussion.
Les six qui ont accompli le pèlerinage en compagnie de  leur père, l’un après l’autre, se sont exprimés et ont abondé dans le sens de leur géniteur en contestant le fait que le monsieur avait confiés des actifs au paternel.
Il restait à faire parler le septième garçon, qui lui ne les a pas accompagnés à  » la maison de dieu « .
En prenant la parole, et sans la moindre hésitation il dit ce qu’il a sur le coeur. Oui père, ton ami t’as bien confiés ses biens en notre présence, et je maintiens l’accord conclu entre vous deux. Maintenant que j’ai fait éclatée la vérité, vous pouvez  m’enterrer vivant si vous le souhaitez… Je préfère mourir  pour ma dignité que de vivre dans une famille de prévaricateurs !
Le père tout confus, qui ne s’attendait pas à cette vérité fracassante et déroutante de la bouche de son fils cadet, regarde ses six autres fils pèlerins et leur dit : Awi-t gma-twen ad d ihuğ… Emmenez votre petit frère au pèlerinage !
Je vous laisse le soin de saisir la subtilité et la moralité de cette histoire de nos anciens.
A-T
SIWEL 061220 NOV 17 UTC
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