Hommage du président Ferhat Mehenni à Abdelkader Guidjou
Il n’avait que 24 ans quand, fin décembre 1981, j’en avais fait la connaissance. Il comparaissait, avec une vingtaine de ses camarades de la Vallée de la Soummam, devant le tribunal de Vgayet. Il était coupable d’avoir organisé et participé à une marche contre le pouvoir algérien, le 19 mai
de la même année dans cette ville de Kabylie, et en faveur de la revendication kabyle de l’époque, la revendication amazighe.
Nous étions partis très tôt, de Tizi-Ouzou, à bord de deux bus pour les soutenir.
Durant le procès, les prévenus kabyles avaient du punch et, à juste titre, ne se sentaient nullement coupables de quelque délit que ce soit. Ils s’étaient même permis de chanter pour narguer leurs juges. Ils savaient que, dans les affaires politiques, les juges n’avaient, et n’ont toujours, aucune compétence en la matière. Le verdict vient toujours du sommet de la hiérarchie gouvernementale.
Tizi Bwassa, l’hymne des partisans kabyles de l’époque, et « am arezg nneγ » étaient entonnés à plusieurs reprises.
J’étais ébloui par le courage de chaque prévenu à assumer le délit politique dont on les accusait, mais celui Abdelkader Guidjou les surclassait tous. En effet, Il avait demandé au Tribunal de libérer tous ses camarades et de ne prendre que lui seul pour responsable de la manifestation pour laquelle ils comparaissaient tous.
J’en avais fait un rapport écrit à Hocine Ait Ahmed avec lequel j’étais en lien et que je revis au mois de mars 1982 à Paris.
J’avais recommandé au leader incontesté de la Kabylie, de se souvenir d’Abdelkader Guidjou et de lui faire confiance pour l’avenir.
Paradoxe de l’histoire, aux élections législatives de décembre 1991, il était candidat du FFS à Seddouk. Chargé de mener campagne en faveur des candidats du RCD dans la wilaya de Vgayet, j’avais refusé d’animer la moindre réunion publique contre lui. Il fut élu mais ne siégea point pour cause d’arrêt du processus électoral.
Je ne l’ai plus revu.
Sa mort accidentelle à l’âge de 61 ans, il y a trois jours, a ravivé en moi cet immortel souvenir pour témoigner mon admiration toujours intacte, pour cet homme d’exception.
A sa famille, je présente mes plus sincères condoléances.
Exil, le 10/12/2018
M. Ferhat MEHENNI
SIWEL 102030 DEC 18
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