INTERVIEW MATINDZ (SIWEL) — Hocine Azem, le secrétaire national aux Relations extérieures au sein du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), a accordé une interview publiée hier samedi par le journal Le MatinDZ : « Nous allons mettre en place incessamment le Parlement kabyle et ce, en concertation avec les forces vives de la nation kabyle »

 

Chargé de Relations extérieures au sein du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie, Hocine Azem, cousin très proche du célèbre aède kabyle, Slimane Azem, revient dans cette interview sur l’avenir de ce mouvement. Pour lui, la plupart des Kabyles adhèrent à la cause du MAK. Connu pour son franc-parler, Hocine Azem descend en flammes le régime algérien qu’il accuse sans ambages d’être derrières tous les malheurs qui guettent la Kabylie.

Le Matindz : Le MAK a drainé un nombre impressionnant de manifestants à l’occasion des marches du 20 avril. Peut-on dire que c’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour ce mouvement dont vous êtes l’un des principaux dirigeants ?

Hocine Azem : Oui, on peut dire cela. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre devant le peuple kabyle ; celle de son émancipation et de sa véritable libération. Cette année, encore une fois de plus, le peuple kabyle montre et démontre qu’il adhère pleinement au projet politique du MAK, à savoir le droit à l’autodétermination de la Kabylie. Le peuple kabyle a fait la démonstration magistrale de sa pleine volonté d’exister en tant que peuple et nation dans toutes leurs dimensions. Le MAK, diabolisé, censuré, menacé, harcelé de partout, a su déployer des trésors d’énergie et de patience.

Pacifiquement, envers et contre tout, le MAK a démontré que le peuple kabyle aspirait à l’avènement de son propre Etat afin de garantir au peuple kabyle l’exercice de son droit à sa liberté, à l’instar de tous les autres peuples du Monde qui ont pu, par des combats politiques pacifiques, arriver aux statuts politiques de leurs choix.

Oui ! Nous sommes bel et bien dans une nouvelle ère ! Aujourd’hui, nous sommes dans un processus politique de réappropriation de notre liberté confisquée pour instaurer un Etat kabyle, démocratique, social et laïque. Celui-ci ne s’inscrit point en antithèse des autres Etats, ni en contradiction avec les libertés des autres peuples qui luttent pour leurs libertés. Le MAK est un mouvement politique qui défend pacifiquement la liberté du peuple kabyle et s’interdit de nier aux autres peuples leurs libertés.

Pour le MAK et pour l’écrasante majorité du peuple kabyle, la Kabylie est une nation qui dispose d’un peuple ayant en commun un territoire, une langue, une culture et une histoire qui remontent loin dans l’Histoire. Cela démontre, si besoin est, que nous sommes une Nation, un pays à part entière et non le petit morceau d’un autre pays créé par un ancien colon, il va donc de soi que nous ouvrons au droit inaliénable à une existence propre et non à survivre péniblement dans un environnement hostile en tant que petite province du vaste «monde arabo-musulman» … C’est notre droit de lever notre drapeau, d’entonner notre l’hymne national, nous avons le droit d’avoir un Etat kabyle pour protéger notre jeunesse, promouvoir notre économie, défendre notre peuple dans le respecte et la réalité de ce qu’il est. Le peuple kabyle n’a pas à s’accommoder de la langue, de la culture, des lois des peuples venus le «conquérir» au détriment de siennes propres. En Kabylie, nous avons le droit de maintenir et de renforcer nos institutions politiques, juridiques, économiques, sociales et culturelles. Nous disposons de toutes les conditions requises pour ouvrir au droit international à l’autodétermination. En vertu de ce droit, nous sommes libres, en notre âme et conscience, de déterminer notre statut politique, nous sommes libres d’assurer notre développement économique, social et culturel. Tous les peuples et les individus, sont libres et égaux à tous les autres.

Nous considérons que nous ouvrons légitimement au droit d’exercer librement et souverainement notre droit à l’autodétermination, il n’y a aucune raison à ce que cela soit refusé au peuple kabyle d’autant plus que cette demande est fondamentalement démocratique puisqu’elle se résume à la consultation du peuple par la voie des urnes sur une question qui le concerne en premier lieu… la démarche est, à tous point de vue, irréprochable.

Le Matindz : Mais en dehors du 20 avril, le MAK n’a jamais mobilisé les foules. Comment expliquez-vous cela ?

Hocine Azem : Ce n’est pas vrai que le MAK ne mobilise pas en dehors du 20 avril. Ce n’est pas parce que la presse algérienne et internationale censure systématiquement les activités du MAK que cette mobilisation du MAK n’existe pas pour autant. Nous vous renvoyons à la dernière marche de Yennayer du MAK et vous nous direz si le MAK ne mobilise pas de foule… Cela étant dit, il est vrai que le régime colonial algérien a eu l’ingénieuse idée de faire «diversion» en squattant Yennayer pour organiser, le jour de la marche de Yennayer du MAK, un concours de Miss Kabylie pour y faire élire une jeune arabophone d’Alger qui refusera de parler en kabyle sur un plateau de TV … un petit programme qui à coup sûr énervera bien les jeunes et qui surtout détournera bien l’attention des formidables marches de Yennayer du MAK. Heureusement qu’il y a des vidéos, je vous invite donc à les visionner, ça vous donnera une idée de cette mobilisation que vous minimisez en dehors du 20 avril.

A titre d’exemple, le 13 août 2013, nous avons organisé un déjeuner public en plein ramadhan et assumé un grand rassemblement pour défendre la liberté de culte et de conscience. Et ça personne ne peut le faire en dehors du MAK. Le succès de cette action audacieuse et courageuse avait dépassé les frontières de la Kabylie. Il n’y a que le MAK qui peut le faire, je peux dire en toute honnêteté que même dans certains pays qui se disent libres et laïques, ce type de mobilisation pour braver un interdit religieux n’est pas facile pour les forces politiques. Le MAK lui peut le faire parce qu’il est le seul à être totalement libre de ses actions. C’est pour cela qu’il mobilise dans tous les segments de la société kabyle et que son ancrage se fait très fort et très profond dans toute la Kabylie. Il faut dire que le MAK fait tout au long de l’année des centaines de meetings populaires, des rencontres, des conférences, des tables rondes, des mises en place de nouvelles sections…. La presse algérienne et internationale fait tout pour isoler cette Kabylie éternellement rebelle et son fer de lance le MAK qui incarne désormais le peuple kabyle.

L’activité du MAK sur le terrain, dans les villages, au plus près du peuple kabyle, a beau être ignorée, minimisée, elle a imposé un rythme infernal aux acteurs politiques de le Kabylie ; un rythme qu’ils ne peuvent d’ailleurs pas suivre alors même qu’ils disposent de toutes les facilités pour organiser leurs activités et avec le soutien dévoué de la presse algérienne, contrairement au MAK qui est ostracisé, minimisé et sans cesse diabolisé… Seulement voilà, le MAK dispose de la seule chose essentielle à un combat politique et que les autres n’ont pas : la conviction profonde de la justesse de son combat

Pour en revenir à la mobilisation du 20 avril, vous dites que le MAK ne mobilise que le 20 avril ? ! Très bien, allons donc jusqu’au au bout de cette logique et expliquez-nous alors pourquoi est-ce que c’est le MAK qui mobilise beaucoup plus que les autres et les festivités folkloriques du Pouvoir ?

Pourquoi l’écrasante majorité du peuple kabyle fait-il le choix délibéré de marcher pour le 20 avril sous la bannière du MAK, avec des milliers de drapeaux de la Kabylie, chantant à tue-tête l’hymne national kabyle, scandant les slogans de «Kabylie indépendante» ? Pourquoi cette écrasante majorité d’hommes, de femmes, de vieux, de jeunes, de familles entières n’ont-ils pas choisi d’aller marcher avec les autres ou d’aller aux festivités folkloriques du Pouvoir ? Pourquoi ? C’est, à mon sens, cette question-là que vous devriez vous poser, sachant que le 20 avril est une date très spécifique, c’est un rendez-vous annuel chargé d’une très lourde symbolique pour le peuple kabyle. Alors pourquoi choisi-t-il de marcher sous la bannière du MAK chaque 20 avril et pas sous celle d’une autre formation politique kabyle présente sur la même scène que le MAK ? Eh bien, je vais vous répondre : parce que la symbolique du 20 avril, c’est la symbolique de l’engagement du peuple kabyle, de génération en génération, c’est la symbolique du sang versé par nos héros, de Bennai à Matoub Lounès et cette symbolique-là du respect de l’engagement, du serment fait aux aînés, il n’y a que le MAK qui peut se targuer de les représenter dignement et le verdict populaire ne s’y est trompe pas. Ce n’est pas un hasard si le 20 avril de cette année, le MAK a pulvérisé tous les records. Plébiscité par le peuple kabyle, c’est une gigantesque foule qui a marché avec un MAK triomphant. Le peuple kabyle avait le choix et il a très clairement choisi le MAK.

Le Matindz : Contrairement à ce qu’a été supposé, la marche n’a pas été empêchée par les services de sécurité. Le pouvoir a-t-il peur de la réaction des manifestants ?

Hocine Azem : Le MAK n’est pas une feuille de paille pour que la brise du printemps lui fasse peur. L’ampleur de la mobilisation était telle que les corps de sécurité ne peuvent risquer de provoquer les manifestants pacifiques du MAK aux risques d’engendrer des conséquences imprévisibles. En dépit des intimidations à l’encontre des cadres et militants de notre mouvement, des interpellations des cadres et militants, le MAK a relevé le défi d’une mobilisation extraordinaire du peuple kabyle à travers les grandes villes kabyles à lesquelles le MAK avait appelé les marcheurs pacifiques de s’y rendre. Un franc succès a été enregistré pour les marches populaires de Bouira, Béjaia et de Tizi Ouzou. Malgré une campagne de diabolisation des plus exécrables orchestrée et exécutée par des relais médiatiques de tous genres à la solde du Pouvoir algérien dont certains tristes personnages sont pris d’hystérie à l’égard du MAK et du GPK. Le peuple kabyle a répondu aux appels du MAK tout en opposant une sourde oreille aux apôtres des malheurs de la nation kabyle.

Ce dont le Pouvoir algérien est coupable c’est les sinistres pratiques telles les convocations du ban et de l’arrière-ban de toute la pègre et la voyoucratie que le régime avait fabriquée dans ses laboratoires depuis des lustres pour l’actionner contre la fulgurance incommensurable de la Kabylie libre mais en vain en raison de la conscientisation du peuple kabyle qui a su expliquer que le MAK n’est pas l’ennemi à abattre comme prétendant faire passer dans l’opinion publique un bon nombre de valets du régime aux abois dont la seule planche de salut reste la convocation d’un référendum du droit à l’autodétermination du peuple kabyle afin que les Kabyles puissent s’exprimer librement et pacifiquement sur leur avenir et leur devenir en toute liberté, en dehors des louvoiements et atermoiements stériles et stérilisants et contre-productif à tous les égards.

Le Matindz : Des drapeaux algériens ont été déchirés par des manifestants du MAK. Vous ne voyez pas en ces gestes une forme d’extrémisme ?

Hocine Azem : La nation kabyle est une nation respectueuse et respectable de toutes les opinions et toutes les consciences tout en respectant tous les choix librement et pacifiquement exprimés d’une part et d’autre part, notre philosophie n’est pas la négation de l’autre, donc, nous refusons de se construire par opposition aux autres, d’ailleurs, notre IIIe congrès s’est achevé avec plusieurs Résolutions qui condamnent ferment et sans aucune ambigüité toutes formes d’extrémisme.

Les Kabyles respectent tous les drapeaux et tous les peuples ! L’on veut pour preuve que durant la marche du MAK à Tizi Ouzou, plusieurs drapeaux des autres peuples ont été brandis à côté du drapeau kabyle en symbiose quant aux dérapages auxquels vous faites référence dont le(s) auteur(s) ne sont pas identifiés de quels camps sont-ils et pour qui travaillent-ils ! pour quoi, en ce 20 avril, des drapeaux algériens sont guirlandés tout au long de l’itinéraire de la marche de cette année contrairement aux années précédentes ? Veut-on des provocations ? Veut-on des actes accusatoires pour stigmatiser et diaboliser la démonstration de force extraordinaire du MAK afin que l’opinion soit détournée vers d’autres débats aux lieux et place du droit à l’autodétermination du peuple kabyle ; en un mot, cherche-t-on des échappatoires ? Des diversions du genre du sage qui montre la lune et le sot qui regarde plutôt le doigt. Allons à l’essentiel de la question kabyle qui est un droit imprescriptible et inaliénable inscrit dans tous les engagements internationaux sur le droit à l’autodétermination d’un peuple qui refuse de mourir dans le giron de l’arabo-islamisme

Le Matindz : Comment le MAK compte agir à l’avenir et quelle serait sa stratégie pour faire valoir ses revendications ?

Hocine Azem : Le MAK demeure un mouvement politique dont les moyens d’action sont les outils pacifiques. Vous conviendriez avec moi que notre stratégie ne doit pas être du domaine public ! Nous allons mettre en place incessamment le Parlement kabyle et ce, en concertation avec les forces vives de la nation kabyle.

Le Matindz : pensez-vous que votre projet d’édifier un Etat Kabyle indépendant soit vraiment possible ?

Hocine Azem : L’impossible n’est pas kabyle pour reprendre une expression dite par ailleurs sur d’autres peuple. Il est évident que dans les années 1950, un Noir à la Maison Blanche était un rêve mais dans les années 2000, M. Obama avait été une réalité plus un rêve. Le peuple kabyle est mobilisé pour concrétiser son Etat quant au type d’Etat indépendant ou autonome, il reviendrait au peuple kabyle de s’exprimer sur sa nature dans le cadre du référendum de son droit à l’autodétermination; le MAK respectera le verdict du peuple kabyle.

Le Matindz : Mais le projet du MAK est loin de faire l’unanimité en Kabylie. Les deux partis les plus implantés dans la région, à savoir le FFS et le RCD, sans parler des autres, ne veulent rien entendre et s’opposent à votre démarche. Comment comptez-vous surmonter cet obstacle ?

Hocine Azem : Si le projet du MAK ne représente pas la majorité – pas l’unanimité- pour quoi alors le Gouvernement algérien n’a pas convoqué un référendum d’autodétermination du peuple kabyle pour surmonter justement le projet politique du MAK qui donne des sueurs froides et des frissons aux détenteurs du Pouvoir en Algérie. A chaque fois que le MAK programme une rencontre publique, l’on constate que c’est le branle-bas de combat de tous les corps de sécurité qui se mettent en place afin soit d’interpeller les orateurs du MAK en amont, soit pour dissuader les citoyens de boycotter la rencontre dont il est question et parfois c’est carrément l’intervention de la police pour interdire la rencontre. Et ce, pour faire en sorte que les citoyens kabyles ne soient pas présents aux meetings populaires du MAK dont les discours sensibles des responsables gênent beaucoup. Jusqu’à preuve du contraire, le MAK est l’unique organisation politique qui mobilise dans ses marches et ses meetings populaires.

Interview réalisée par Abdenour Igoudjil / lematindz.net

SIWEL 011105 MAI 16

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