NEW YORK (SIWEL) — Le militant des droits humains Rabah Arkam a intervenu, vendredi 27 janvier, au sein de l’ONU, auprès du Groupe International d’experts de l’ONU sur l’application de la déclaration des nations unies sur les droits des peuples autochtones, notamment son article 3, qui garantit le droit à l’autodétermination des peuples. CI-dessous son intervention.

 

Mesdames Messieurs,

C’est avec un grand honneur que je prends la parole dans cette Réunion du Groupe international d’experts pour la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Les peuples Amazigh d’Afrique du Nord, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, ainsi que le Mali, malgré la reconnaissance de leur langue comme langue nationale et officielle dans quelques pays comme le Maroc et l’Algérie, la réalité de la face cachée est celle de l’extermination des peuples Amazighs de leur existence par une politique d’arabisation et d’islamisation radicale afin d’effacer leur histoire et leur culture.

Chaque peuple autochtone a une culture, une langue, un système juridique et une histoire uniques et caractéristiques. La plupart des peuples autochtones sont fortement ancrés dans l’environnement et attachés à leur terre et territoire traditionnels. Ils ont souvent, depuis des générations, été chassés et assujettis, victimes de la destruction de leur culture, d’une discrimination et de violations très répandues de leurs droits de l’homme. Pendant des siècles, ils ont souffert de la non reconnaissance de leurs institutions politiques et culturelles, et l’intégrité de leur culture a été mise à mal.

Par ailleurs, les peuples Amazighs ont subi les effets néfastes des processus du développement, ce qui menace sérieusement leur existence.

En outre, le consentement libre, préalable et informé des peuples Amazighs dans les questions touchant leurs terres, territoires ancestraux et ressources naturelles, a été considéré par les membres comme une condition indispensable à la réalisation de leur droit à l’autodétermination, réaffirmé par l’article 3 de la Déclaration, et à la préservation de leurs identité, cultures et langues spécifiques.

Malheureusement notre peuple Kabyle a été exclu des processus décisionnels. Bon nombre d’entre nous sont été marginalisés, exploités, assimilés par la force et soumis à la répression, à la torture et au meurtre lorsqu’ils se sont exprimés ouvertement pour défendre leurs droits. Par peur des persécutions, ils vont souvent se réfugier à l’étranger où ils doivent parfois taire leur identité et renoncer à leur langue et à leurs coutumes traditionnelles.

Les peuples Amazigh d’Afrique du Nord sont fréquemment en butte à la marginalisation et aux discriminations juridiques dans leurs pays, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux violences et aux atteintes aux droits humains. Ceux qui s’expriment pour défendre les droits des indigènes se heurtent aux manœuvres d’intimidation et à la violence, souvent cautionnées par l’État.

L’arabisation et la poursuite de l’arabité ont eu comme corollaire l’islamité. Les autorités algériennes se sont toujours appuyées sur une politique d’arabisation car celle-ci consacre la légitimité de l’état dont l’islam était le dépositaire.

La religion fut ainsi utilisée comme un instrument pour contenir une possible progression des mouvements laïcs et démocratiques. En même temps le gouvernement a favorisé les mouvements extrémistes islamistes et permis d’augmenter leur influence politique jusqu’à menacer l’existence des peuples Amazighs en général et du peuple kabyle en particulier.

Enfin, trouver les mécanismes qui protège la langue amazigh sur l’avancée de l’arabisation est nécessaire et aussi le phénomène d’islamisation radicale qui a un impact direct sur la sécurité des peuples amazighs en générale et le peuple kabyle en particulier. Ainsi comment utiliser la déclaration pour les protéger?
Merci

Rabah Arkam
Militant des droits de l’homme (HRW)

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