Arezki Ait Larbi : « Ferhat Mehenni est le meilleur d’entre nous »

POLITIQUE   (SIWEL) — Dans une interview accordée à un journal électronique algérien, le journaliste et militant des Droits de l’Homme Arezki Ait Larbi, interrogé sur le MAK et Ferhat Mehenni, à reconnu la légitimité du combat du MAK et la sincérité historique de son leader Ferhat Mehenni.

Ci-après un extrait de l’interview :

Certains ont continué à militer pour tamazight, d’autres ont emprunté des chemins différents, comme Ferhat Mehenni, qui s’est engagé sur la voie du séparatisme. Que pensez-vous du parcours de Ferhat Mehenni et des mouvements indépendantistes et autonomistes kabyles ?

À propos d’autonomie, je voudrais d’abord rappeler que c’est un grand patriote, le Colonel Salah Boubnider (alias Saout Al Arab), le dernier chef de la wilaya 2 historique pendant la guerre d’indépendance, qui, le premier en 1993, avait plaidé pour la régionalisation.

En 1994, la presse avait révélé qu’un mouvement revendiquant l’autonomie de l’Oranie venait d’être lancé par d’anciens ministres écartés du sérail. Un journal avait même rapporté, sans être démenti, que dans les coulisses de ce mouvement, c’était un certain Abdelaziz Bouteflika qui tirait les ficelles. À l’époque, ces propositions d’une nouvelle organisation de l’État et des territoires plus conforme à nos réalités socio-culturelles n’avait pas soulevé le tollé qui entoure aujourd’hui Ferhat Mehenni et les autonomistes kabyles.

Revenons à votre question. Au-delà des divergences profondes dont j’ai eu à l’entretenir en toute franchise, Ferhat, qui fut le porte-drapeau de la génération 80, reste “le meilleur d’entre nous”. Lorsqu’on regarde son parcours et ses sacrifices, l’on ne peut qu’avoir du respect pour l’homme et de l’admiration pour son engagement, malgré de tragiques retours de bâton qu’il a eu à subir, parfois dans sa chair.

Alors que d’autres, parmi ceux qui lui crachent aujourd’hui au visage, s’occupaient de leur carrière dans les appareils du pouvoir et du confort de leur famille, avant de découvrir la contestation à l’âge de la retraite, Ferhat s’était dévoué corps et âme à la cause, au détriment de sa personne, de sa famille, de ses enfants. Il a été emprisonné douze fois et il a même été isolé, en juillet en 1985, dans un cachot de condamné à mort à Berrouaghia. Son fils-aîné, Améziane, a été assassiné à Paris dans des circonstances non élucidées à ce jour.

Lors du Printemps noir de 2001, et dans un climat de règlement de comptes claniques dans le sérail qui avait fait, faut-il le rappeler encore, 128 morts, des centaines de blessés dont certains handicapés à vie, Ferhat, avec d’autres militants du Printemps berbère, était sur le terrain pour tenter de limiter les dégâts, soutenir les victimes et éviter que le drame ne tourne à l’irréparable.

Sauf à rêver d’un régime à la nord-coréenne, tout mouvement politique, et le MAK ne fait pas exception, est sujet à critique. Quelle que soit l’appréciation que l’on peut avoir de ce mouvement, Ferhat et ses amis qui l’avaient créé en 2001, ont eu toutefois un double-mérite. D’abord celui de proposer un cap de réflexion, pour dépasser les désillusions engendrées par l’échec des tentatives d’élargissement de la contestation démocratique à l’échelle nationale. Ensuite, d’offrir un cadre de lutte pacifique à une jeunesse en colère, que d’aucuns poussaient vers l’aventure de la violence, notamment après la terrible répression de la manifestation du 14 juin 2001 à Alger.

Comme tous les mouvements, le MAK ne doit pas échapper à l’analyse, à la critique et au débat. Mais, comme tous les mouvements, son expression publique est légitime, tant qu’elle reste sur le terrain de la lutte pacifique. Et malgré les provocations des cagoulards avec ordre de mission chargés de polluer les débats sur les réseaux sociaux, il n’y a pas de raison pour qu’il en soit autrement.

S’il ne m’appartient pas de juger le fonctionnement interne d’un mouvement qui relève d’abord de ses militants, la prétention à se positionner comme “seul et unique représentant de la Kabylie”, la tentation, par l’invective et l’intimidation, de rejeter dans le camp de la “trahison” ceux qui ont un point de vue différent, pose un problème de démocratie et de liberté. C’est la négation des valeurs portées par le Printemps berbère. Pour ceux d’entre nous qui sont restés attachés à ces valeurs, le MAK ne peut s’exonérer d’un débat impliquant nécessairement tous les concernés.

og/wbw
SIWEL 201200 AVR 18

 

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