19 ans après ton assassinat, ta « République de Kabylie » est dans tous les voeux

CHRONIQUE (SIWEL) — Il faisait chaud, très chaud, en cette journée maudite du 25 juin 1998. En début d’après-midi, en compagnie de sa femme Nadia et de ses deux belles-sœurs, et en quittant l’hôtel-restaurant le Concorde à Tizi-Ouzou, Lwennas, à bord de sa Mercedes, se dirigeait paisiblement tout sourire vers Taourirt Moussa. Anza a déjà été chanté par le rebelle mais nul n’avait pensé que c’était ce jeudi maudit qu’il alla résonner, assourdissant, côté gauche, précisément au lieu-dit-maudit, Tala Bounane.

Embusqués à un virage mentant, les lâches attendaient leur victime. Lwennas, confiant, roulait pour atteindre le village qui l’a vu naître 42 ans plus tôt. Hélas ! Plus jamais il ne le reverra vivant, lui qui vaillamment eu à le chanter comme il aimait chanter, villages et montagnes, de sa belle et si chère Kabylie.

Yiwen wass ma deg terga ma ɣliɣ d anzaw ar awen-yessiwlen (un jour si dans une rivière, je meurs, mon âme vous interpellera). Texte tranchant mais aussi hautement avertisseur sur les trahisons qui depuis longtemps furent souvent la cause de la disparition de nos hommes et pas des moindre. Lwennas était pour la société kabyle un éclaireur. Dans ses textes rien n’est laissé au hasard, et de nos jours, encore dans l’avenir, il restera ce visionnaire qui de son vivant avait tout essayé pour rendre heureux et libres les siens.

N’est-ce pas Lwennas, qui du haut de la scène où il s’apprêtait à donner un concert à Paris, eu à crier haut et fort : « Je préfère dire, n’en déplaise à certains, que je suis kabyle. Et ce n’est pas utopique de dire qu’on voudrait une république de Kabylie. Nous voulons être nous-mêmes, assumons-le. »

Cette sentence exprimée sincèrement de la bouche du Rebelle, quatre années avant le massacre du printemps noir, crime du régime colonial et sanguinaire d’Alger, sous l’égide d’un Bouteflika qui a de tout temps juré de ne rien laisser vivre ni s’exprimer de cette région de Kabylie.

Dix-neuf ans après ton lâche assassinat, ta Kabylie se bat pour ta république, et retient dans l’âme le vœu que tu as dignement, toi le digne Fils des montagnes.

La Kabylie de Lwennas vaincra. Elle vaincra car elle est sur le chemin des justes. Sur le chemin aimé et vénéré par les hommes et les femmes libres. La Kabylie aura sa république comme l’a souhaité de son vivant Lwennas. La Kabylie sait se battre contre l’injustice et le joug des colons, et l’histoire nous l’a légué comme gage pour ne plus jamais l’oublier.

La résistance des peuples, par abnégation et amour pour leur liberté, finit toujours par avoir raison de l’infamie des dictatures. Le peuple Kabyle est un peuple de résistants et a juré d’aller vers cette Liberté pour laquelle nombreux de ses enfants ont payé le prix cher.

Repose en Paix Lwennas, l’ami, le frère, le fils de cette Kabylie rebelle. Nous vaincrons, tu as le serment de tous ceux et celles qui t’ont dans le cœur, non pas pour dire : Vive Matoub, nous sommes tous des Matoub. Mais pour dire haut et fort, que la république de Matoub vaincra. Que La République de Matoub Vivra. Et Nous tôt ou tard nous l’aurons.

Vive la Kabylie libre et indépendante.

Isegni hitouche
SIWEL 232053 Jun 17 UTC

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