(SIWEL) — Nous ne savons pas ce que l’Etat algérien fabrique comme amulettes pour garder des militants de la cause berbère dans l’illusion d’une naissance prochaine d’une Algérie « Horra démocratia » où le kabyle et l’arabe seront entraînés par la même impulsion réciproque et fraternelle. Ce que nous savons, c’est que tout ce qui se règle entre l’Etat algérien et son opposition fut-elle berbériste, se fait certainement contre le peuple kabyle. Les kabyles qui feignent d’ignorer que l’Etat algérien n’est pas le leur se heurtent à la réalité car inversement, l’Etat algérien ne les considère pas citoyens à part entière.

À l’instar de ses semblables inféodés au Qatar et à l’Arabie Saoudite, l’Etat algérien ne saura jamais établir une situation juridique dans laquelle chacun est soumis au respect du droit, du simple individu jusqu’à la puissance publique. Il n’osera jamais la reconquête de son identité, cette idée n’a jamais effleuré son esprit. Dernièrement dans le Pays des Chaouis, une femme est montée au créneau pour crier que Tamazight est une langue étrangère !

 

Rappelons-nous l’année 2005 en France. Le feu gagnait toutes ses régions. Les émeutes dans les banlieues qui ont commencé à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005, puis se sont répandues dans un grand nombre de banlieues à travers la France, avaient conduit le gouvernement français à déclarer l’état d’urgence le 8 novembre 2005 pour une durée de trois mois. Les révoltes avaient opposé plusieurs centaines de personnes dans des quartiers de banlieues dits « sensibles » contre les forces de police. Incendies criminels et jets de pierres contre les forces de l’ordre, parfois des tirs à balles réelles contre les policiers ont été signalés. Les émeutes se sont ensuite étendues à d’autres quartiers, puis à d’ autres départements de l’Île-de-France. Des actes de vandalisme sont apparus dans d’autres villes de province et leurs banlieues, Dijon, Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Toulouse, Strasbourg…

L’important qui nous intéresse : le bilan. Près de 10.000 voitures brûlées, l’ardoise de ces violences urbaines indiquait les deux cents millions d’euros et… pas un seul blessé par balle parmi les manifestants !!! Les forces de l’ordre ne tiraient pas sur les foules. Voilà ce qu’il faudrait mettre en regard, la responsabilité, l’humanité et le sérieux avec lesquels les autorités françaises ont su gérer des événements aussi tragiques. Nombre de blessés par balle : Zéro. La raison est simple : l’Etat français faisait face à ses citoyens en colère et il en était conscient.

En avril 2001, les premières manifestations déclenchées en Kabylie après l’assassinat dans une brigade de gendarmerie du jeune lycéen Massinissa Guermah avaient fait les six premiers jours déjà cinquante morts par balles et neuf cents blessés également par balles du côté manifestants. Passons sur les saccages, pillages, provocations de toutes sortes, propos obscènes et passages à tabac par les éléments de la gendarmerie qui nourrissaient et entretenaient l’événement. La télévision algérienne ne montrait que des scènes soigneusement contrôlées par les services de renseignements. La commission Issad avait noté que « la violence enregistrée était celle d’une guerre, avec usage de munitions de guerre » contre des adolescents torses nus et armés de pierres. En clair, la gendarmerie algérienne agissait en armée d’occupation et elle en avait pleinement conscience.

Des mouvements suspects se voulant politiquement du coté du peuple kabyle se chargent d’un quotient de provocations et de subversions envers ce même peuple tant, par vouloir ou par ignorance, ils servent la force de manipulation et de diversion de l’Etat algérien, se faisant ainsi loques de ses sursauts criminels. L’Etat algérien a pour habitude de préparer l’opinion par pseudo-opposant interposés ; la rumeur, le lynchage médiatique, les appels au meurtre, l’insulte et le dénigrement abusif n’ayant pas suffi, voila que l’on fabrique des littératures en Tamazight pour semer le doute sur la justesse et la nécessité du combat en faveur du peuple kabyle.

Le combat en politique est insipide quand il passe au rang des activités de loisir. Pis encore, il perd sa noblesse dès qu’il devient un métier qui à force de le monnayer se bâtardise dans des aphorismes deshumanisants de l’oligarchie politico-financière qui excitent des gueux. Clamer tel un paon en Kabylie et uniquement en Kabylie que les revendications laïco-berbéristes sont en passe d’aboutir serait une entreprise visant à maintenir indéfiniment la Kabylie sous l’affreuse ossature de l’Etat algérien et ses velléités criminelles.

La manœuvre politique de l’Etat algérien en Kabylie est d’une atrocité indescriptible, il multiplie les parrains du trafic dont la rapacité est devenue insupportable et si certains sont connus des dizaines restent anonymes. Il crée des chômeurs en légions, impose la misère, encourage la violence contre les femmes, protège la corruption, organise des kidnappings, dorlote des criminels islamistes et fomente le terrorisme.

Aucune identité, aucune nation ne sont condamnées à demeurer effacées et vouées à l’écart du monde mouvant. Il n’est pas de monarchie absolue ni de langue décrétée par un droit divin et les colonialismes ne sont pas une fatalité. La Kabylie doit retrouver sa place parmi les nations. Quelque que grand que soit le péril ou alors la cruauté de la police politique, des généraux algériens et leurs larbins kabyles, un peuple décidé à regagner sa dignité n’a aucun ennemi qui puisse l’en empêcher quand bien même il se soulève les mains nues, juste armé de sa résolution de vivre libre.

Nous refusons les sunlights aux relents pathétiques à nous montrer quémandeurs de quelques largesses de la part des oppresseurs colonialistes. Nous défendrons le principe de l’autodétermination dans le même esprit du GPK sous la présidence de Ferhat Mehenni. Dans sa perspective de lutte contre toutes les discriminations, les inégalités entres les sexes et les intégrismes, Ferhat Mehenni nous a transmis, depuis les années 1970 déjà, la force de l’engagement, l’attachement aux valeurs universelles que sont la laïcité et les hautes vertus des droits de l’homme et aussi, en premier lieu, le combat à mener en ce qui concerne notre identité. Qui oserait le nier ?

SIWEL 130059 JUIN 15

PS: La Journée de la nation kabyle, instituée le 14 Juin, en raison de la marche historique du peuple kabyle ce même jour qui a vu près de 2 millions de kabyles marcher sur la capitale de l’Etat algérien pour exiger pacifiquement la satisfaction de leurs droits légitimes. Ils ne reçurent que mépris et répression coloniale qui rappelle étrangement le 8 mai 1945 à Batna, Setif et Kherata. Le 14 juin 2001 dans Alger, des dizaines de truands incarcérés dans la prison de Serkadji avaient bénéficié d’une remise de peine à 100%100 et leur mission : massacrer les manifestants kabyles, sale besogne qu’ils avaient bigrement bien accompli. Ils étaient missionnés pour alourdir le registre des martyrs, 128 kabyles tués par la gendarmerie algérienne…en Kabylie !

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