Youcef ZIREM : « Exister en dehors de la dictature algérienne »

23/04/2015 - 14:05

DIASPORA (SIWEL) — « L'enthousiasme avec lequel une partie de la jeunesse kabyle a brandi récemment le drapeau kabyle, ici et là, vient signifier sa farouche volonté d'exister en dehors de la dictature algérienne. Le 35ème anniversaire du printemps berbère signe une nouvelle donne en Kabylie : désormais de nombreux Kabyles n'attendent rien du système en place. Pour une fois, ils savent vraiment ce qu'ils veulent. Mais il leur faudra, plus que jamais, de la vigilance face à un adversaire redoutable, spécialiste de la manipulation et de la violence. »

Extrait de la contribution de Youcef Zirem que voici ci-après.


« Exister en dehors de la dictature algérienne »

Depuis la nuit des temps, la Kabylie est le continent de la contestation. Quand elle n'est pas corrompue, l'âme kabyle ne peut pas supporter l'injustice et l'indignité. C'est principalement en Kabylie que Firmus s'est battu, durant des années, contre le colonialisme romain. Vendu par les siens, Firmus se donne la mort en l'an 375, pour ne pas subir l'humiliation romaine.

D'autres colonialismes ont tenté, par la suite, de soumettre la Kabylie. Mission impossible, la terre de Kabylie est rebelle pour l'éternité. Après avoir largement contribué à terrasser le colonialisme français, la Kabylie s'est retrouvée confrontée à un autre colonialisme, celui du régime algérien de « l'indépendance ». Là, les choses se compliquent, les repères sont brouillés, une partie de l'élite kabyle participe à ce désir de faire disparaître de la terre les valeurs kabyles. Kabyle lui-même, le colonel Boukharouba Mohamed instaure une dictature qui veut arabiser même les oliviers.

Le printemps berbère de 1980 inaugure une ère de résistance à l'autoritarisme. L'énorme révolte de l'extraordinaire mouvement citoyen de Kabylie des années 2001-2003 démontre le fossé qu'il y a entre la Kabylie et le reste de l'Algérie : en dehors de la Kabylie, on préfère marcher pour soutenir la lointaine Palestine, les enfants de la Kabylie qui meurent assassinés par les balles explosives des gendarmes algériens n'émeuvent pas.

Ne connaissant pas la haine, la Kabylie a continué à supporter les exactions du régime algérien. Ne connaissant pas la haine, la Kabylie a vécu le deuil de ses dizaines de martyrs toute seule, dans la dignité et dans l'espoir d'une nouvelle ère. Une ère d'espoir. Mais l'espoir est difficile à trouver dans un pays où toutes les élections sont truquées, où la religiosité se propage à une vitesse faramineuse, où toutes les valeurs humaines vacillent, où la corruption est un sport national, où il n'y a jamais eu d'alternance politique depuis « l'indépendance » du pays.

L'enthousiasme avec lequel une partie de la jeunesse kabyle a brandi récemment le drapeau kabyle, ici et là, vient signifier sa farouche volonté d'exister en dehors de la dictature algérienne. Le 35ème anniversaire du printemps berbère signe une nouvelle donne en Kabylie : désormais de nombreux Kabyles n'attendent rien du système en place. Pour une fois, ils savent vraiment ce qu'ils veulent. Mais il leur faudra, plus que jamais, de la vigilance face à un adversaire redoutable, spécialiste de la manipulation et de la violence.

Mais il faudra l'union de toutes les forces kabyles qui peuvent exister en dehors du système en place, en Kabylie ou dans la diaspora kabyle, pour juguler le plus grand écueil qui se dresse devant eux : la géostratégie internationale. Ceux qui se battent vraiment pour leur terre kabyle n'ont aucune haine envers personne ; c'est cela Taqvaylit, ces valeurs kabyles constituées, entre autres, de tolérance, de laïcité, de justice sociale, de démocratie, de générosité, de solidarité, d'humanisme et d'amour pur.

Youcef Zirem

SIWEL 231405 AVR 15

Ci-après quelques photos des manifestations de Kabylie et des levers de drapeaux dans la Diaspora et en Kabylie













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