Soupçons de corruption à la LADDH : Ali Yahia Abdenour accuse Bouchachi et Benissad

03/07/2013 - 15:21

ALGER (SIWEL) — Dans une lettre adressée à Me. Benissad, l'avocat, maître Ali-Yahia Abdenour accuse Mustapha Bouchachi et Noureddine Benissad de grave dérives allant jusqu’au détournements de fonds de la Ligue. En voici la lettre que nous publions puisque les accusés ne souhaitent pas réagir.


Bouchachi, député FFs et Ali Yahia Abdenour, président d'honneur de la LADDH. PH/DR
Bouchachi, député FFs et Ali Yahia Abdenour, président d'honneur de la LADDH. PH/DR
L’obligation de parler et d’écrire est devenue un devoir, qui est un impératif, un commandement, pour que l’opinion publique soit informée de la crise que traverse la Ligue en l’exposant franchement, avec calme, intelligence et maîtrise de soi, sans enjolivures ni applications préfabriquées. Respecter les faits auxquels il faut s’en tenir et la réalité, donner tous les éléments qui permettent d’apprécier cette crise dans son contexte, ses causes et sa portée est la meilleure manière de la comprendre et de l’expliquer. La LADDH est en état de léthargie, de paralysie même, il faut la remettre en mouvement.

Mustapha Bouchachi s’est doté, au 3e congrès de la LADDH, qui s’est tenu les 25 et 26 mars 2010, de tout le pouvoir par la révision des statuts, Aïssa Rahmoune, jeune adhérent à la Ligue, militant du FFS, est propulsé porte-parole du congrès et président de la commission des statuts.
Le deuxième congrès, qui s’est tenu à Boumerdès les 22 et 23 septembre 2005, a élu un conseil national de 41 membres, seul souverain entre deux congrès, et le conseil national a élu à son tour un comité directeur de 9 membres qui, après répartition des tâches en son sein, a désigné le président de la Ligue. Aïssa Rahmoune a fait amender les statuts par la commission qu’il préside, qui stipule "que le comité directeur, qui est l’exécutif de la Ligue, n’est plus élu par le conseil national, mais désigné par le président".

Il y a concentration de pouvoirs entre les mains de Bouchachi, président de la Ligue, qui supprime le contre-pouvoir que représente le comité directeur exécutif de la Ligue. Il est le premier président d’une Ligue des droits de l’homme indépendante de par le monde, qui désigne l’exécutif qui doit être élu par le conseil national issu du congrès. Dans la mémoire collective des militants des droits de l’homme, jamais un tel cas de figure ne s’est présenté, même pas en Amérique latine, particulièrement en Argentine et au Chili durant les dictatures où les Ligues des droits de l’homme étaient présidées par les colonels des services de renseignement.

La psychanalyse freudienne a exacerbé le culte narcissique du moi. Le narcissisme est une seconde nature, il est infantilisant et traumatisant. Il y a le refus coupable de se connaître soi-même, à sa vraie valeur, pour se protéger du ridicule et de l’indignité. Les militants souffrent des coups portés à la Ligue par Bouchachi, du mal qu’il a fait en désignant le comité directeur. Le dire, le faire connaître c’est se ridiculiser, il fallait garder "le silence de la dignité".
Pour Kant, tout n’est pas monnayable : "Tout a ou bien un prix ou bien une dignité." On peut remplacer qui a un prix par son équivalent. En revanche ce qui n’a pas de prix et donc d’équivalent, c’est ce qui possède une dignité.

Mustapha Bouchachi s’est présenté en mars 2012 devant le conseil national de la Ligue pour annoncer sa démission. Comme il devait partir pour participer à une réunion du FFS, le conseil national lui a fait connaître qu’il doit dans les meilleurs délais lui présenter son rapport de gestion et surtout financier. Bouchachi, qui avait la haute main sur l’argent de la Ligue, avec le secrétaire général et le responsable des finances, ne se sont pas soumis à un contrôle financier par le comité directeur et le conseil national. La Ligue était pour eux un bien de famille.
Les humanistes de la Ligue ne supportent pas le culte de l’argent qui s’est introduit en son sein. Les mots ne sont pas assez sévères pour Bouchachi qui a précipité la Ligue là ou elle est tombée aujourd’hui. Président de la Ligue, il va allègrement vers un parti politique et se présente à des élections pour être membre du pouvoir législatif. Les militants des droits de l’homme ne sont jamais dans le pouvoir, toujours face au pouvoir.

Mes rencontres avec les dirigeants de la ligue

Il y a deux mois, le docteur Kamel Eddine Fekhar, membre du comité directeur de la LADDH et président de la section de Ghardaïa, m’a informé de son intention de déposer plainte auprès de la justice pour détournement des fonds de la Ligue par des personnes à leur profit. Il avait un argument sans parade : "Celui qui est au courant d’un vol est complice s’il ne le dénonce pas." Je lui ai conseillé de régler le problème à la réunion du comité directeur.

Chouicha Kaddour (membre du comité directeur) et Mécheri Salim (président de la section d’Oran) m’exposent à leur tour la grave situation que traverse la Ligue et les dangers qui la menacent. Après une profonde discussion, il a été convenu que Chouicha allait demander une réunion d’urgence du comité directeur dont il est membre.

Il y a une semaine, Nourredine Benissad, président de la Ligue, me demande à le recevoir, je le reçois durant 2 heures 15 minutes. Je dois souligner que je ne me suis pas rendu au siège de la Ligue depuis son intronisation, parce que suivant les pas de Bouchachi, il a désigné lui-même les membres du comité directeur. Avec le départ de Bouchachi, il y a eu changement dans la continuité, alors que toute présidence nouvelle est porteuse d’espoir. Il y a la peur du changement et le travail pédagogique pour mettre fin à cette peur n’a pas été fait.

Benissad foule aux pieds les Idéaux et les valeurs des droits de l’homme qu’il est censé incarner

La crédibilité ne se construit pas en tournant le dos aux droits de l’homme. La LADDH a ses règles de jeu avec lesquelles on ne peut tricher sans se mettre hors-jeu. Il ne peut combiner deux logiques aussi opposées, la démocratie qui n’est pas seulement une référence mais une pratique qui exige le primat de la liberté, et le pouvoir personnel qui exige obéissance, soumission et subordination. Il n’écoute que lui-même et ne veut pas comprendre que la politique du cavalier seul avec ses seuls copains ne privilégie ni le dialogue ni la concertation, et ne lui donne pas l’habillage destiné à obtenir une respectabilité internationale.

Il ne lui est pas fait un procès d’intention, il est jugé aux actes. II garde le secret sur ce qu’il fait et l’opacité est sa règle de conduite. Ses fautes se multiplient et s’accélèrent et il ne peut plus rien cacher de ce qu’il est et de ce qu’il fait.
Il est dangereux de continuer dans la même direction quand on a fait fausse route qui mène à l’impasse. Les gestionnaires des finances de la Ligue doivent être au-dessus de tout soupçon, de tout doute ; mais le doute s’insinue, s’infiltre, s’impose, car rien n’est fait pour l’écarter.
Le président de la Ligue ne fait pas preuve de maturité et de responsabilité, en restant sourd aux appels qui lui demandent de procéder aux réunions régulières du comité directeur et du conseil national, et à l’application intégrale de leurs décisions, souvent confisquées. Il doit réunir d’urgence le comité directeur car la Ligue a de grands problèmes à résoudre dont dépend son avenir.

Des désaccords sérieux sur des problèmes fondamentaux divisent le comité directeur

Il faut faire en profondeur un état des lieux de la situation de la LADDH. La transparence dans le fonctionnement de la Ligue est nécessaire, car il y a des zones d’ombre qui font avancer les militantes et les militants dans le brouillard. Pour sortir la Ligue de l’archaïsme dans lequel elle vit, aborder et résoudre les sujets qui fâchent, il faut crever l’abcès. C’est fait.
Il est normal et sain qu’il y ait un débat franc, ouvert, constructif, qui est un signe de vitalité et de force, pour dynamiser la Ligue et non la dynamiter. Les défis auxquels la Ligue est confrontée, il faut les résoudre ensemble.

Quelques membres du comité directeur, dont les critiques sont faites dans une bonne intention et un esprit constructif, qui sont décidés à défendre leurs revendications légitimes avec la plus grande énergie, demandent une réunion qui est une urgence et une obligation.

Ils poursuivent leur action avec détermination, vigilance et sérénité, agissent avec une pensée logique et une expression claire pout rétablir le caractère démocratique de la Ligue et satisfaire ses exigences de liberté et de justice. Ils s’interrogent, protestent, proposent des solutions et attendent des réponses qui ne viennent pas. Ils font l’objet d’une campagne de dénigrement, de diffamations calomnieuses, d’affirmations hâtives qui se figent dans les stéréotypes et les fantasmes les plus débridés. C’est choquant et inacceptable. Le mensonge condamnable par éthique et pour sa fin connue, qui sonne creux parce qu’il est faux, est intégré à la vie de la Ligue.

Le président de la LADDH désigne lui-même le comité directeur censé être l’exécutif de la Ligue, qu’il veut seulement décoratif. Il n’a à l’esprit qu’une seule urgence, qu’une seule obsession : maintenir le pouvoir dont il dispose sans partage, rester à la tête de la Ligue, affaiblir ceux et celles qui le contestent et faire taire les membres du comité directeur qui posent des problèmes.

Le ministre de l’Intérieur s’ingénue à recomposer le champ associatif, à instrumentaliser la vie associative et à la mettre sous sa tutelle.

Le mouvement associatif, s’il n’est pas interdit, est muselé. Par la mise en conformité, la vie associative va être mise en hibernation. Le débat est grave, c’est pourquoi il ne doit être ni équivoque ni ambigu. Du document qui vient de me parvenir, je retiens que pour le professeur Kamel Daoud, le congrès de mise en conformité serait un congrès extraordinaire. Et pour maître Fasla, le congrès permettra d’élire les instances dirigeantes de la Ligue. Il faut savoir ce que l’on veut ; quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. S’il s’agit d’un congrès pour la mise en conformité de la LADDH créée en 1985 et difficilement agréée en 1989, il suffit de réunir 25 militants (2 pour chacune des 12 wilayas) devant un huissier de justice et d’envoyer le dossier au ministère de l’Intérieur.

S’il s’agit d’un congrès extraordinaire, comme le dit Kamel Daoud, il ne peut y avoir de confusion entre le dernier congrès de la Ligue de 2010 et le prochain congrès de conformité qui requiert seulement 25 membres. Le président de la Ligue vient de créer des sections nouvelles et deux membres de ces nouvelles sections, adhérents depuis 15 jours, seront, comme le dit Fasla, membres du conseil national au même titre que ceux élus du dernier congrès de la Ligue. Les membres du conseil national élus par le dernier congrès de la Ligue qui défendent la question sociale, donne dominante avec la justice sociale et la solidarité, seront éliminés. Il y a une opération de récupération de la LADDH par le pouvoir. C’est un changement de cap, l’abandon de ses principes fondamentaux, le refus de sa trajectoire par ceux qui répondent favorablement aux sirènes du pouvoir. La vision est indispensable pour donner du sens à l’action.
Que les militantes et militants de la LADDH, animés d’une vision d’avenir avec une grande humanité, ce qui suppose une culture, une éthique et une morale, dont on peut dire comme Zola qu’ils sont un grand moment de la conscience humaine, organisent dans les meilleurs délais un vrai congrès extraordinaire pour renouveler et démocratiser la Ligue.

Alger le 29 juin 2013
Ali Yahia Abdennou
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SIWEL 03 1521 JUIL 13




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