Ramon Sargatal, militant indépendantiste catalan : "Nous aiderons le peuple kabyle, car il nous a aidés"

27/09/2013 - 15:27

BARCELONE (SIWEL) — Ramon Sargatal est le Président de l’Association Òmnium La Selva (une section départementale appartenant à l’association ÒMNIUM CULTURAL, la plus importante entité sociale-culturelle en Catalogne –32.000 membres actifs—coorganisatrice de la chaîne humaine pour l’indépendance). Il est aussi idéologue de plusieurs projets d’amitié catalane-amazighe au Maroc. Membre de l’Association catalane-tunisienne Tourjman pour l’amitié entre les cultures catalane et tunisienne, l’infatigable Ramon Sargatal est également Docteur en langue latine et diplômé universitaire en droit. Journaliste amateur qui collabore avec la presse en langue catalane. Il a suivi et publié des reportages sur le C.M.A. de Meknès (Maroc) et Djerba (Tunisie). Il a bien voulu répondre aux questions de Hocine Azem pour Siwel :


Ramon Sargatal, ici avec un drapeau amazigh. PH/HA
Ramon Sargatal, ici avec un drapeau amazigh. PH/HA
Siwel : Pourquoi cherchez-vous un statut d’indépendance dans une Catalogne qui vit sous un régime politique fondé sur des États autonomes ?

Ramon Sargatal : La Catalogne est une nation millénaire. L’autonomie s’est avérée une voie insuffisante pour préserver notre identité politique et culturelle. Lors de la mort du dictateur Franco, l’Etat espagnol a voulu mater les aspirations des Basques et des Catalans avec un essai de laboratoire politique connu populairement comme « café para todos » (café pour tous). Il s’est décentralisé en 17 régions autonomes pour faire plaisir à tous et, d’ailleurs, faire l’équivalence artificielle entre les vraies identités nationales qui existent dans la péninsule ibérique et celles, autres qui n’avaient aucun souhait de se différencier mais qui regardent toujours avec méfiance les progrès catalans. Pourtant, cette décentralisation administrative ne fait pas face au grand défi catalan, comme la préservation de notre identité, notre langue, notre économie. Elle s’est avérée n’être qu’une mascarade.

Pourquoi devenir un Etat indépendant de taille moyenne dans une Union Européenne qui construit un grand ensemble étatique face aux géants chinois et américain ?

Pour un peuple, il y a une chose pire que ne pas avoir un état qui te protège : c’est le fait et la constatation d’avoir un état qui va toujours contre toi et qui veut t’effacer.
Nous, les catalans souhaitons nous dissocier de cet état espagnol qui ne nous comprend pas, qui veut « espagnoliser » nos enfants (voilà ce qu’a dit littéralement le ministre espagnol de l’éducation dans une séance parlementaire à Madrid) et qui nous vole en néo-colonisateur plus de 16.000 millions d’euros chaque année. Au fond, nous ne sommes pas indépendantistes. Nous souhaitons tout simplement quitter l’Etat espagnol, pour nous rendre dépendants de l’Europe. Nous transférerions quelques parties de notre souveraineté à Bruxelles. Juste nous voulons que Madrid et les Espagnols ne nous em… plus.

Quelles sont les limites d’une autonomie pour l’émancipation d’un peuple pour aller vers une souveraineté totale ?

Cela dépend, à mon avis, des États et de la bonne volonté de leurs politiques. Ce n’est pas la même chose au Canada qu’en Espagne, par exemple. Je peux parler de ce qui se passe chez moi. On constate maintenant que lors de la mort de Franco et l’arrivée de la démocratie en Espagne, les choses ne se sontpas bien faites. Par une générosité extrême, les forces progressistes catalanes (et aussi quelques espagnoles) n’ont pas voulu arriver au bout et purger tous les éléments franquistes des institutions judiciaires, administratives et militaires.
D’ailleurs, dans une ambiance encore plongée dans la peur inoculée par la dictature et la terreur vers une armée franquiste, une Constitution d’inspiration jacobine s’est approuvée en référendum. Elle proclame, entre autres, la sacro-sainte unité de la patrie et la garantie de l’armée pour la préserver, le devoir d’apprendre et d’étudier la langue castillane mais pas celui d’apprendre les langues des autres communautés. (c’est justement le droit, pas un devoir) ; la prohibition de se fédérer entre communautés autonomes (pour éviter le risque d’une récupération du territoire global de langue catalane), etc… Et notamment la prohibition d’organiser un référendum démocratique dans une « région » autonome pour décider de son destin. Nous sommes légalement dans un cul de sac qui a été dessiné, à propos, par les espagnols, toujours majoritaires démographiquement. On n’a rien à faire si nous allons disputer à Madrid avec leurs armes légales. Et le pouvoir des médias espagnols, aussi favorisés par la loi, est affreux.

Quels sont les voies et les moyens que les souverainistes catalans ont-ils utilisés pour convaincre les autonomistes qui veulent rester dans le giron espagnol pour adopter le principe de l’autodétermination ?

La paix ! La démocratie ! La joie ! Nous avons gagné un très grand prestige à l’extérieur et à l’intérieur grâce à notre imagination, capacité d’organisation et façon d’agir d’une manière démocratique. Nous les indépendantistes sommes devenus la majorité en Catalogne parce que personne n’a pu dire que nous avons commis une attaque violent, même une simple offense envers les minorités des immigrés castillans qui se sentent encore espagnols parce qu’ils ont des rapports familiaux avec l’Espagne.
En ce mois de septembre 2013 plus de 1.600.000 citoyens (oui, vous avez bien entendu) ont fait une chaîne humaine du nord vers le sud de la Catalogne. Chaque citoyen a payé les frais de sa poche. Aucune subvention. Et c’était plus qu’une chaîne : il y avait comme un tronçon de route où il y avait une vraie manifestation multidisciplinaire. Une vraie marée jaune (le maillot).
Savez-vous le résultat ? Aucune insulte, aucun acte violent. Aucun papier ou sac en plastique par terre. Seulement la joie, les chants, les drapeaux. Le civisme ! Tout ça a finalement étonné la presse mondiale et a fait réfléchir les immigrés chez nous. Ces gens qui font cela ne peuvent aucunement être des monstres comme les médias espagnols le disent toujours aux ambassadeurs, à la presse internationale et aux citoyens.
Au préalable nous avions organisé des chaînes de catalans à la diaspora (Sidney, Mexico, Paris, Londres, la Chine… presque 60 chaînes de par tout le monde). Mais il y a un facteur principal : le respect. Nous nous sommes jurés pour que ceux qui voudront rester espagnols dans notre pays puissent avoir la double nationalité et de bénéficier de l’officialité de leur langue. Nous avons subi trop d’attaques et trop d’humiliations. Nous ne souhaitons pas devenir après notre indépendance les nouveaux jacobins.

L’indépendance de la Catalogne impliquerait-elle un effet politique sur les peuples autochtones qui vivent le déni d’existence dans région de la Méditerranée ? Si oui lesquels ? Si non pourquoi ?

Lors du congrès du C.M.A qui s’est déroulé en 2008 à Meknès (Maroc), un journaliste du journal algérien « Liberté » m’a dit une chose dont je me suis toujours rappelé. « Les nouvelles technologies et une certaine globalisation vont en notre faveur, pas contre nous. Elles vont aider les élans des peuples sans Etat, minorisés ou réprimés » Et oui, c’est vrai, je pense : plusieurs peuples dans la géographie méditerranéenne subissons les dégâts des politiques jacobines, mais ça fait peu de temps que nous sommes conscients de ne pas être seuls avec ce problème. Les expériences des uns communiquent vite l’autre et se peut qu’elle puisse s’adapter aux stratégies de chaque réalité politique et culturelle.

La Catalogne souveraine projette-elle des projets de partenariats avec le peuple kabyle ? Dans ce cas quels sont les axes prioritaires ?

Oui, il y a plusieurs projets de partenariat, mais dès à présent empêchés par la crise économique. Moi-même, j’ai mené des projets en volontariat pour aider nos « compatriotes » imazighen dans l’Atlas marocain. Et actuellement j’ai humblement aidé à constituer une organisation de filles qui vont rédiger en catalan un livre de contes amazighs pour les enfants. En Catalogne existe un grand nombre d’organisations amazighes, la plupart provenant du Maroc. Mais il y a aussi de braves gens qui sont kabyles. Ces gens ont manifesté avec nous et ils ont fait partie de la chaîne humaine pour notre indépendance. Nous leur sommes très reconnaissants parce qu’ils aiment la Catalogne. Et nous avons un refrain qui dit : « Tal faràs, tal trobaràs » (ce que tu as fait c’est ce que tu vas recevoir). Ils ont fait ça parce que nous les avons bien accueillis. Et nous ferons de notre mieux pour leur peuple parce qu’ils on fait de leur mieux pour le notre.

Avons-nous oublié une question à laquelle vous auriez aimé répondre, si oui, laquelle ? Et quelle serait votre réponse ?

Plutôt que formuler une question et y répondre je voudrais laisser écrite une pensée que nous répétons dans toutes les assemblées avec nos immigrés (qu’ils soient de la Castille, l’Andalousie ou de Tamazgha. « Dans un Etat qui vient de naître il n’y a pas des autochtones ou des immigrés. Il y a juste des citoyens avec des origines différentes et avec un même futur ». Nous travaillons ensemble pour une Catalogne indépendante et cette future Catalogne nous appartiendra à tous. Donc merci aux Kabyles Catalans pour votre aide. La Catalogne est aussi à vous.

H.A
SIWEL 271527 SEP 13




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