"Noufel au Der des Ders"

29/01/2016 - 15:49

PARIS-DIASPORA (SIWEL) — Noufel Bouzeboudja, un poète moderne mais affectueusement attaché aux codes du verbe traditionnel kabyle fuyant le conservatisme stérile. Un poète qui verse allègrement dans l’art d’inciter à la mise à jour des consciences accidentées par l’oubli.

Un poète qui a sa façon de s’emparer de la langue kabyle et de celles du monde afin de les faire rimer ensembles car à chaque fois, il prend le large pour s’enfoncer dans l’immédiateté des Ailleurs.

Un poète qui prend de notre contemporanéité tout l’entrain qu’il portraiture volontiers en funambule. Si la beauté est un cadeau de la nature ou une faveur du ciel, la poésie s’acquiert à l’homme quand enfant, il repousse les limites de l’innocence la tête farcie de questionnements.


La poésie n'est pas garantie à la naissance comme un organe qui se connecte biologiquement à l'embryon quand celui-ci se développe dans le placenta. La poésie, comme toute réalisation de toute forme d'art, est d'essence réservée à des êtres exceptionnels. La Kabylie regorge de ces êtres qui font luire ses nuits taguées de souffrances car elle-même, encore et toujours outragée, n’a pour l’instant que la poésie à présenter à ses enfants comme patrie.

Et c’est ainsi que Noufel, poète kabyle, se résout destin furieux à l’œil gentiment provocateur mais au regard sévère. En son âme se succèdent des cycles à la fois calmes et furieux dans lesquels se paramètrent par prophétie des presciences que le commun des prieurs suppose hérésie.

Le poète kabyle, authentique qu’est Noufel, ne découle pas de l’absence des causes ni de celles des certitudes, il est le miroir sur lequel réfléchit l’effet imprévisible de l’amazigh qui, depuis 2000 ans, n’a jamais enfanté en paix.

Alors, définir Noufel comme un pensif, c'est une façon d'insister sur ses interrogations, sa tentative de reconstituer son identité, la nôtre, avec son génie de surligner sa contestation de la laideur des compromis.

Noufel est né à Tizi Ghennif (Iflisen Umellil) en 1981. Il a participé à des lectures dans plusieurs villes: Tizi Ouzou, Séville, Krakovie, Copenhague, Stockholm, Stavanger, Bruxelles, Paris…

Après quelques années dans l’enseignement et la mise en scène à l’université de Tizi Ouzou, il s’envole pour l’Espagne où il enseigne le français et l’arabe avec une collaboration dans divers journaux et radios avant de rejoindre, en 2011, le réseau ICORN pour une résidence d’écriture au Danemark. En 2014, il s’installe à Paris. Il a publié plusieurs livres dont: Algérie: Banquet des Nonchalances (Poésies), Brut-as i Wawal-iw! (Poésies) Ahya Ssimra! (Tant pis!) (Nouvelles) et A Pebble in the River (Roman).

Nous devinons donc son éclectisme au parfum kabyle évident et si original surtout personnel, douée d’une forte vie intérieure appliquée à sa poésie d’un sens consommé de l’espace et de l’équilibre loin de traduire le tout juste expérimental dans la recherche de l’Ailleurs. Dans ses voyages sans l’oubli de la langueur hypnotique qui l’exacerbait et qu’il cherche à troquer pour une anse d’ambiance d’un foyer artistique et intellectuel ouvert aux tendances les plus avancées de son temps dont il se veut digne interprète.

Ses textes baignent dans une fluidité révolutionnaire provocatrice mais mystérieusement douce ; d’un flux toujours renouvelé, des mots dans un panel de sens tantôt brutal et de feu tantôt lyrique d’une eau odoriférante au creux du verbe translucide Kabyle.

J’habite là où l’Est et l’Ouest
Le Nord et le Sud
Se croisent, s’embrassent
Se choquent et se côtoient
S’aiment et se perdent

J’habite là où l’Histoire est menacée
Là où l’avenir se dessine mal
Là où les hommes pratiquent la survie


Poème gagnant au CCF d’Alger en 2007

lliɣ n da, ur lliɣ n dihin

Tumert d tamagit-iw
Tedduɣ, ggareɣ tiziri ɣef tayet
Tettmeslay-iyi-d ɣef laḥmala d thuski
Tutlayt-iw d tidet
Targit tezdeɣ-iyi
Taṛwiḥt-iw ur tesɛi leɛmeṛ
Leɛmeṛ-iw d tilelli
Ḥemmleɣ abeḥri deg allaɣ
Taṛwiḥt-iw ad tennerni
Ḥemmleɣ ad fɣeɣ abrid
Tawnafit tezdeɣ-iyi
Ddin, yiwen n ddin
Ddin-iw d tayri
Nekk n da, n dihin
Ur sɛiɣ acengu, acengu d iman-iw
Ma riɣ gma ad yelhu
Ad segmeɣ qbel iman-iw.


S ičumar-nsen

Jehlen, jeflen, neflen, cekben, ssrewlen, neqqen, ssamsen
Nekkren Iɣerfan d yegduden
S ičumar-nsen,
Ḥawlen ɣur ṛebbi d iḥbiben,
Wiyaḍ selben,
Seg webrid ffɣen, Ṣṣḍen, mexlen,
Ma d nutni, ala nutni!
At ṛebbi d nnbi,
Wwin-d lewhi, ɣer lǧennet ad kecmen,
Tilawin ad fernen, imi ɣur-sen tameṭṭut ur teswi,
Ẓeṛṛen deg-s taksumt d tguni
Amzun akken azal-is yeɣli,
Ur tessin ad ttxemmem, ad ttḥemmel,
Neɣ a d-beggen tiḥḥeṛci
S ičumar-nsen,
Reǧǧmen asefru,
Ḥram, ɣer tmes ad yeddu,
S ičumar-nsen
Xeddmen kan ayen ixeddem nnbi,
Ayen-nniḍen ula iwumi,
Taεdawt di tmeẓla,
Mi d-yenṭeq wemdan,
Imi-nsen ad yeldi
A d-εeggḍen, ad ssgelfen,
Duday, neɣ d afus abeṛṛani,
D akafriw!
Ad t-yenεel Rebbi!!


Lors d’un de ses voyages à Paris, avec un groupe d’amis, en improvisant quelques lectures dans un café, il se découvre une affinité poétique avec Rezki Rabia, le repère vivant, qui devient son partenaire incontournable dans ses lectures et performances.

Noufel et Rezki, heureux et sincères parmi les défenseurs par excellence d’une réappropriation éclatante de l’action en faveur de la culture kabyle. Noufel et Rezki font le duo qui régénère le sens de la fulgurance dramatique de l’exilé kabyle qu’ils tentent à chaque fois de faire réagir.

Malheureux qui pense que la Kabyle a choisi de clore son capital de sympathies vis-à-vis de la poésie car tel a pris dans sa retraite ou tel autre a rejoint l’autre rive. Nous avons obligation de reconnaissance envers nos anciens poètes et le plus bel hommage que nous puissions leur rendre, c’est de suivre nos contemporains, ils sont leurs ondes aujourd’hui.

Noufel et Rezki, deux verbes qui se complètent, qui se suivent et contrairement aux règles de la grammaire de la langue française, celle du kabyle n’oblige ni l’un ni l’autre à se mettre à l’infinitif.

Djaffar Benmesbah.

SIWEL 291549 JAN16



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