" Mossa Ag Attaher : "Aucune force au monde ne peut obliger un peuple à accepter passivement sa propre extermination"

04/12/2014 - 17:59

MARRAKECH (SIWEL) — Dans un brillant plaidoyer en faveur de son peuple, le porte-parole du MNLA, Mossa Ag Attaher, a retracé « toutes les souffrances » de son peuple « plusieurs fois millénaire. Représentant le MNLA à ce second forum international des droits de l’Homme, Mossa Ag Attaher a affirmé que son peuple était « fatigué de subir des assassinats individuels et collectifs, fatigué de voir ses campements mis à feu, fatigué de voir son bétail exterminé, fatigué de voir ses puits empoisonnés, fatigué de voir ses filles violées et mariées de force » et que son peuple ne demandait « aucune faveur et ne fait que réclamer l’exercice de son droit légitime ; un droit garantie par les lois internationale relatives aux droits des peuples » et qui est le droit à l’autodétermination des peuples. Ci-après l’intégralité de sa déclaration


MOssa Ag Attaher lors de son allocution (PH/M. Ag Attaher)
MOssa Ag Attaher lors de son allocution (PH/M. Ag Attaher)

Déclaration de Mossa Ag Attaher pour le MNLA et l'Azawad au second forum international des droits de l'Homme à Marrakech


Mesdames et messieurs les représentants des Nations Unies et des divers corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs, les représentants des organismes de défense des droits humains,

Au nom de l’Azawad et du MNLA, je vous salue,


Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), que j’ai l’honneur de représenter aujourd’hui, devant votre honorable assistance, a tenu à apporter le témoignage des souffrances que le peuple de l’Azawad subit depuis plus d’un demi-siècle.

Chers amis,

Vous n’êtes pas sans savoir que les Etats-Nations africains sont tous issus de ce que l’on appelle abusivement les indépendances africaines, et ce, à la suite de tracés de frontières, arbitrairement décidés par l’administration coloniale de l’époque.

Le découpage territorial de l’ancien Soudan français a été décidé par la seule volonté de la France coloniale qui n’a tenu compte, ni de la réalité des peuples en présence, ni de l’opposition des confédérations de tribus de la zone qui correspond à l’actuel Azawad, alors-même que celles-ci l’avaient clairement exprimé par un courrier officiel, adressé aux autorités coloniales de l’époque, c’est-à-dire au Général De Gaule.

Malheureusement, nos ainés n’ont pas été entendus, et inexorablement, ce qui devait arriver arriva car, comme le disait si justement Nelson Mandela : « Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi ».

Permettez, honorable assistance, que je vous conte brièvement l’insupportable souffrance d’un peuple plusieurs fois millénaire soumis par la force du colonialisme à se dissoudre, contre son gré, dans des Etats-nations qui ont fait de son anéantissement une priorité absolue.

Au lendemain des indépendances africaines, notre peuple a été sommé de se renier, de renoncer à son Histoire, à sa culture et à sa civilisation pour être non pas accepté mais toléré comme nigérien, malien, libyen ou algérien, sans aucun autre choix que d’accepter de se parer de ces fausse identité que le colonialisme aura fabriqué pour lui…au gré de ses propres intérêts.

Le refus de cette situation, qui nous été imposée par la force, a engendré pour notre peuple une longue nuit de massacre et d’exil. Des milliers de personnes parmi les nôtres ont été pourchassés et massacrés par l’armée malienne, d’autres ont été obligé de fuir vers la Libye dans les armées d’un autre ennemi du peuple Tamashek, le tyran Kadhafi … et aller mourir pour des causes qui n’ont jamais été les nôtres.

Depuis 1963, notre peuple a contesté sa condition officielle de « sous peuple » avec cinq rébellions successives. Notre désert est parsemé de vastes étendues de cimetières où femmes, enfant et vieillards ont été enterrés à la hâte par centaines et par milliers. Les « rebelles Touaregs » ont été exécutés par l’armée malienne devant leur famille. Leurs femmes et leurs enfants ont été sommés d’applaudir chacune des exécutions de leur mari ou de leur père, sous peine de subir le même sort. Femmes et filles de rebelles ont été mariées de force aux bourreaux de leur mari ou de leur père.

Nos hommes ont été pourchassés, exécuté ou exilés, nos enfants ont été mutilés, nos femmes ont été violées et après 50 ans d’un traitement digne des pires pogromes, certains donneurs de leçons voudraient encore que l’on se dise maliens ! Mais quel est donc ce droit qui autorise le massacre des peuples et intime aux victimes l’obligation de se réclamer de leur bourreau?

Le Mali a-t- il jamais été condamné pour le massacre des Touaregs ?

Justice a-t-elle été rendue aux centaines de milliers de Touaregs et de Maures massacrés par l’Etat malien ?
Les organisations internationales des droits de l’Homme, les puissances démocratiques et tous ceux qui dans les grandes Nations se prétendent êtres les défenseurs des droits humains, ont-ils dénoncé et condamné l’Etat malien pour les massacres commis sur les Touaregs ?

Non ! Personne n’a jamais proféré la moindre protestation et même pire que cela, ce sont les victimes qui sont condamnées pour s’être rebellé contre le sort macabre qui leur est réservé. Nous sommes taxés de scissionnistes, de séparatisme mais qui donc accepterait de gaité de cœur d’être lié à son bourreau ?
Honorable assistance, peut-être ne le savez-vous pas mais certaines organisations populaire de défense des droits humains boycottent de cette seconde édition du Forum mondial des droits de l’homme et cela s’explique largement par les graves lacunes des organisations internationales en charge de ces questions ?

En effet, a-t-on jamais vu l’ONU, la ligue internationale des droits de l’homme se soulever contre le massacre commis contre les peuples autochtones ? cet été, des indigènes du Brésil ont été spolié et lourdement réprimés par l’Etat brésilien lors de la coupe du monde 2014 et aucune protestation n’a été émise par aucune organisation…

Hélas, le monde, en particulier celui que l’on dit libre et prospère, est gangréné par l’appât du gain, et pour lui, peu importe que des milliers de personnes soient chassés de leurs terres, massacrées, spoliées, pourvu que le divertissement de la coupe du monde soit garantie à une société de consommation qui englouti des milliards pour ses petites distraction alors que des millions de personnes sont pour cela mises en très grandes difficultés.

Dans l’Azawad, dont je suis aujourd’hui l’ambassadeur auprès de votre honorable assistance, aucun des massacres commis par l’Etat malien sur nos populations civiles na soulevé l’indignation des défenseurs des droits de l’homme, ni de l’ONU ni d’aucun Etat démocratique occidental. Et l’on nous reproche encore de chercher à assurer, par nous-même, la protection de notre peuple ? N’est-il pas naturel de rechercher la sécurité, la justice et la prospérité pour les siens ?

L’Etat malien n’a jamais cherché de solution juste et durable pour ce qu’il appelle « le Nord ». Pire que cela, en collaboration avec certaines puissances qui instrumentalisent le terrorisme islamiste pour museler les peuples et les contraindre à vivre dans la terreur rien que pour s’accaparer les richesses de leur territoires, l’Etat malien a ouvert notre territoire au terrorisme islamiste afin de semer le doute et la confusion, et par-là, ruiner notre quête de liberté et d’auto-gouvernance pour l’Azawad.

Cependant, au MNLA, nous avons l’intime conviction que cette situation ne relève pas de la seule responsabilité de l’Etat malien, nous sommes convaincus que le chaos et l’instabilité de nos territoires trouve son origine dans la richesse de nos sous-sols. Il n’y a aucun doute que tous ces facteurs d’insécurité sont sciemment installées et entretenues sur nos territoires pour servir des intérêts totalement opposés, non seulement aux intérêts du peuple de l’Azawad, mais à ceux de tous les peuples de la région, y compris ceux du peuple malien.

Il y a beaucoup trop d’incohérences dans la gestion internationales de la situation pour que cela ne soulève pas mille et une questions. Nous savons tous que c’est le groupe terroriste Ansar Dine qui a ouvert la voie à l’intervention française Serval pour arrêter la progression terroriste vers Bamako. Mais ce que l’on ne sait pas c’est :

Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’intervention en amont, c’est-à-dire au moment où le MNLA luttait seul et à armes inégales contre une coalition de trois groupes terroristes : AQMI, Mujao et Ansar Dine ?

Pourquoi a-t-on laissé l’Azawad se faire submerger par les groupes terroristes bien avant l’avancée vers Bamako?

Pourquoi des terroristes parfaitement connus ont-ils pu se faire élire députés sur les listes du parti présidentiel malien avec la bénédiction de la France et de l’ONU ?

Quant à la gestion de la situation sécuritaire des populations civiles de l’Azawad que l’on est venu protéger des terroristes islamistes, comment se fait-il que dans le sillage de l’opération française Serval, des massacres ont pu être commis en toute impunité par les soldats maliens sans aucune réaction des forces armées françaises et internationales ?

En vertu de quelle loi, les massacres commis par les forces armées maliennes seraient-elles moins graves que ceux commis par les hordes terroristes au point de ne pas être condamnées par la communauté internationale ?

Du point de vue du droit international, y aurait-il des tortionnaires légitimes et de tortionnaires illégitimes ?

Le peuple de l’Azawad refuse d’être continuellement assassiné, il est fatigué de subir des assassinats individuels et collectifs, fatigué de voir ses campements mis à feu, fatigué de voir son bétail exterminé, fatigué de voir ses puits empoisonnés, fatigué de voir ses filles violées et mariées de force.

Le peuple de l’Azawad veut maintenant sa liberté. Il ne demande aucune faveur et ne fait que réclamer l’exercice de son droit légitime; un droit garantie par les lois internationale relatives aux droits des peuples qui est le droit à l’autodétermination garantie par les textes internationaux des nations unis et, qui plus est, ratifié par le Mali.

A l’occasion de ce second forum international des droits de l’homme, notre délégation a remis un rapport détaillé sur les exactions commises contre le peuple de l’Azawad depuis 1963.

Nous invitons les organisations internationales des droits de l’homme, l’ONU ainsi que toutes les parties éprises de justice et d’équité, à examiner attentivement le dossier remis afin de se rendre compte de l’étendue des massacres commis à l’encontre de notre peuple par l’Etat du Mali.

Aucune force au monde ne peut obliger un peuple à accepter passivement sa propre extermination!

Au nom du peuple de l’Azawad,

Vive l’Azawad et vive le MNLA
Je vous remercie pour votre attention
Mossa Ag Attaher,
Porte-parole du MNLA, Chargé des affaires diplomatiques





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