Lyazid Abid, vice-président du GPK : " 70 % des effectifs de l'ALN étaient kabyles"

28/04/2014 - 15:05

LAUSANNE (SIWEL) — Invité par la diaspora kabyle pour donner une conférence sur le 20 avril, M. Lyazid Abid, vice président du GPK, a fait le tour de la question kabyle depuis le mouvement national algérien. Il a révélé que 70 % des effectifs de l'Armée de libération nationale (ALN) étaient tous kabyles et venaient de la wilaya III historique.


"Si l’Algérie est indépendante, c’est essentiellement grâce à la Kabylie qui avait fourni à l’armé de libération national (ALN) plus de 70% de ses effectifs", a révélé M. Abid.

« Ce qui vient de se passer en Kabylie et en Algérie la semaine passée (répression des manifestants du 20 avril) suffit pour comprendre la tragédie du peuple kabyle et la déliquescence de l’Algérie post-coloniale », a dit le vice président de l’Anavad. "C'est un pouvoir qui a reconduit pour un 4e mandat, un président mort-vivant avec un score à la Brejnev, qui réprime violemment les marches pacifiques du 20 avril (printemps amazigh) en Kabylie", a-t-il relevé en ajoutant qu'un fait grave, le même pouvoir "précède cette répression de la Kabylie, le jour de la marche du 20 avril, par un acte “ terroriste“ le 19 avril, où des dizaines de militaires sont assassinés en haute Kabylie par des terroristes islamistes". "En Algérie ce genre d’actes terroristes à des lieux et dates précis sont planifiés et exécutés à partir des bureaux des services de renseignement installés à Alger", a dit M. Abid, en insistant que l'objectif est de montrer la Kabylie, aux yeux du monde, " comme région abritant Al-Qaida Maghreb", et ce dans le cas où il nous pourrons contenir la contestation kabyle. Selon lui, c'est l’engrenage mortel que réserve l’Algérie aux pays des Kabyles.

abordant le printemps amazigh, le vice-président du GPK s'est interrogé si la révolte du printemps amazigh est l’acte de naissance de la nation kabyle ? " Il est un repère incontournable dans l’histoire de la Kabylie", a-t-il dit, avant de donner un aperçu historique sur les événements. "Tout a commencé, le 10 mars 1980, lorsque le pouvoir algérien interdit à l’illustre écrivain et anthropologue kabyle, Mouloud Mammeri, d’animer une conférence à l’université de Tizi Ouzou sur “La poésie kabyle ancienne“. Parler de la poésie kabyle, évoquer la force de la culture kabyle et amazighe avaient suffi pour ébranler les fondements de la nation algérienne. Cette “dangereuse“ conférence devait être interdite par tous les moyens. Quelques semaines plus tard, le 20 avril, toute la Kabylie se retrouva dans la rue pour revendiquer la reconnaissance de la culture amazighe et la démocratie pour toute l’Algérie. Depuis, chaque 20 avril, les Kabyles rappellent au pouvoir algérien par des marches pacifiques qu’ils ne renoncent pas à leur identité et à leur liberté", a-t-il relaté.

A propos du Printemps noir, le conférencier a souligné que le 20 avril 2001, " le pouvoir algérien commit l’irréparable. 128 jeunes manifestants ont été tués par les forces de gendarmerie et de police algériennes, qui ont utilisé des balles réelles". Il a rappelé qu'un ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères (A. Belkhadem), qui deviendra par la suite chef du Gouvernement, proposa, en plein conseil des ministres, un bombardement de la Kabylie. A ces massacres de jeunes kabyles et à ces appels au génocide, les Kabyles non compromis avec l’Etat algérien créèrent le Mouvement pour l’Autonomie pour la Kabylie qui deviendra en décembre 2011 le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie. Depuis, le MAK exige un Referendum sur l’autodétermination de la Kabylie.

"Allant plus loin dans la recherche de sa souveraineté perdue en 1857 contre la France coloniale, la Kabylie se dote aussi d’un Gouvernement provisoire installé à Paris le 1 juin 2010 et présidé par Ferhat Mehenni", a-t-il ajouté.

Après un aperçu historique sur la dé"marche de la Kabylie au sein du Mouvement national, il a mis en avant les dissensions nées au sein du mouvement pour aboutir à la crise anti-berbéristes de 1949. "Les Kabyles posèrent clairement la question de l’identité culturelle de l’Algérie. C’est alors que débuta une chasse aux cadres du PPA/MTLD issus de la Kabylie. Beaucoup d’entre eux furent emprisonnés ou abattus. Des militants d’une très grande valeur comme Amar Ould Hammouda, Ouali Bennai et Embarkek Aït Menguellet ont été sacrifiés parce qu’ils n’acceptaient pas la confusion idéologique du mouvement national, qui niait l’existence même des Imazighen", a-t-il dit.
Cette suspicion maladive à l’égard des Kabyles s’érigera en axe fondateur de l’Algérie arabo-musulmane autour duquel toutes les alliances anti-kabyles se construiront.
La stigmatisation qu’allait vivre la Kabylie n’a pas d’égale. Même l’écrivain Mouloud Mammeri que nous avons cité plus haut sera traité de régionaliste et par conséquent de collaborateur après la publication de son roman la Colline oubliée, en 1952, sous prétexte que son livre ne parle pas de l’Algérie mais de Kabylie.

Ensuite le conférencier a traité de l'Algérie indépendante où il a relevé l'antikabylisme de l'etat algérien, soutenu par les pays arabes, notamment l'Egypte.

" En 1963, la Kabylie, sous la houlette de Hocine Ait Ahmed, se rebella contre la dictature de Ben Bella. Bilan 400 morts non reconnus à jour", a-t-il souligné, en ajoutant que "50 ans après l’indépendance, les même réflexes refont surface. La Kabylie est géographiquement inexistante et la reconnaissance de son identité n’est reconnue que pour mieux l’étouffer. Bien que meurtrie, stigmatisée et isolée, elle retrouve les ressorts qui forgent son identité millénaire et aspire aujourd’hui à sa liberté par l’organisation d’un referendum d’Autodétermination".

" A l’image des Catalans, des Écossais et des Flamands, les Kabyles aspirent à leur souveraineté par des processus politiques démocratiques reconnus par l’Onu. La charte des Nations Unis souligne l’importance de cette démarche dans ses textes. Cette légitimité est d’abord affirmée par l’article 1 de la charte des Nations Unies qui consacre le principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, les peuples déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. En plus de ces principes qui fondent un État, à savoir, une population, un territoire et un gouvernement, nous avons aussi une histoire commune et une communauté de destin", a plaidé M. Abid, en précisant que la République kabyle sera démocratique et laïque. La Suisse, à qui la Kabylie ressemble beaucoup par son organisation politique traditionnelle, reconnaitra certainement en elle, un partenaire fiable et durable, du coté sud de la méditerranée".

Il faut rappeler que M. Abid était en Afrique du sud, à Johannesburg où il avait plaidé la cause kabyle auprès de l'ANC du défunt Mandella. Cette action a permis la médiatisation de la question kabyle.

aai
SIWEL 28 1405 AVR 14






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