Lettre à "Anay aqvayli", par Djaffar Benmesbah

21/04/2015 - 01:59

PARIS-DIASPORA SIWEL) — " Elève-toi donc Ô Anay aqvayli et laisse jaser les hymnes infernaux de la violence à ton égard. Sous des you-you de joie en émeute, tu embaumes déjà les airs de Kabylie, de Paris, de Montréal, de Bruxelles ; désormais tu combles l’étendue de tous les regards et ni les manuels des pièges, de la ruse et de la sottise, ni le regard haineux qui opposent le déni à tes reflets ne peuvent ôter aux charmes de tes couleurs la fureur et la rage de se hisser sur la hampe la plus haute et de flotter au-dessus des idéaux les plus nobles." Extrait de la contribution de Djaffar Benmesbah que voici, ci-après


Un enfant juché sur les épaules de son père portant le drapeau kabyle, ce 20 avril 2015 à la marche du MAK à Tizi-Ouzou (PH/DR)
Un enfant juché sur les épaules de son père portant le drapeau kabyle, ce 20 avril 2015 à la marche du MAK à Tizi-Ouzou (PH/DR)




Lettre à "Anay aqvayli"

Tu n’es pas l’emblème des États lamentablement inaudibles, truffés de mensonges, de victoires frauduleuses et de gloires burlesques que l’histoire n’a pas connues. Tu n’es pas l’enseigne des cultures aux ondes négatives qui fabriquent le meurtre et le deuil dans les poitrines des mères. Tu n’es pas l’étendard des contrées livrées aux faux prophètes et aux pipeaux qui conditionnent l’enivrement abusif des concurrents criminels à une vie éternelle. Tu es né du supplice des martyres dans le feu de la résistance ; tu es l’acte de renaissance du comité central des ancêtres d’avance sublimé, le label de l’Etat Kabyle émergeant pour rassurer l’âme de son peuple longtemps dupé, saturé de souffrances et d’inquiétudes. Tu es comme un rayon de soleil quand il apparait entres les cimes du Djurdjura et qui inonde de ses ors les digues que sont nos collines basses. Tu es venu t’associer légitimement à Ass n Tlelli dans la solennelle entreprise qui consiste à remettre à niveau les consciences. Puisses-tu être la sécurité dans le présent et l’assurance dans l’avenir. Pour les miens, je m’y contente agréablement.

Elève-toi donc Ô Anay aqvayli et laisse jaser les hymnes infernaux de la violence à ton égard. Sous des you-you de joie en émeute, tu embaumes déjà les airs de Kabylie, de Paris, de Montréal, de Bruxelles ; désormais tu combles l’étendue de tous les regards et ni les manuels des pièges, de la ruse et de la sottise, ni le regard haineux qui opposent le déni à tes reflets ne peuvent ôter aux charmes de tes couleurs la fureur et la rage de se hisser sur la hampe la plus haute et de flotter au-dessus des idéaux les plus nobles. Nous t’avons tant attendu de nos sueurs et de nos larmes à ne plus savoir quelles sont les unes quelles sont les autres. Notre mémoire est riche de combats, pleine d’effigies en pleurs et son pouls bat à la manière des soupirs de nos braves pantelants, le corps martyrisé aux fonds des amères prisons sinon morts enragés dans l'exil ou dans l'oubli. Nous avons payé l’injuste addition soulevée par la fourberie du "frère" d’hier devenu joug colonial aujourd’hui et qui a su nous réserver les purgatoires terrestres des plus effrayants. Nous avons connu le terrorisme, les religions, les guerres, les viols, les mises à mort, les tortures, les génocides, les souffrances, les horreurs, les inégalités, l’arbitraire, les darses d’insultes et pour certains comme moi la liquidation physique.  

Oui, tout comme Amar Ould Hamouda, Ali Rabia, M’barek Ait Menguellet, Benai Ouali, Ali Mecili, Matoub Lounes, Massinissa Guermah, j’ai été tué par une main traitresse. Tous comme leurs assassins, les miens sont probablement des kabyles qui ont avant tout achevé leur dignité quand moi je gagnais la reconquête de la mienne aux cotés de mon peuple. Élève-toi et que les mères endeuillées, ma maman et celles des martyrs du printemps noir, portent à juste raison l’Afzim au lys d’argent qui traduit le bonheur dans les foyers. J’entends leur espoir que couvent tes couleurs. C’est beau, magnifiquement beau. Élève-toi pour nous permettre de revenir dans la fougue de notre tumultueuse jeunesse ; certes, notre sacrifice l’accompagnera dans la victoire du destin indéniablement en faveur de la patrie ; nous serons ainsi présents quand bien même partis trop tôt car des mutants nous ont ôté la vie.

À ma mémoire et à celles de mes frères assassinés, élève-toi au plus haut pour couronner la colère de nos revendications légitimes et justes. Que les vents t’agitent du plus fort de leur force et mon père pourrait enfin se consoler quand dans le respect que lui vouent les miens, il trouvera celui de son fils, son ami. Il me trouvera chaque fois qu’il se couvrira de son burnous blanc tout en vertu et pureté de l’ancêtre quand il s’adressera au peuple.

Élève-toi parmi les nations libres, Ô Anay, élevé-toi et éclaire de ta lumière les profondeurs du ciel et que sombre enfin dans les abysses terrestres les sorciers en transes avec leurs fetwas et les laconiques méprises de leur raison. Élève-toi pour que jamais nos mères ne se prosternent voilées devant la morale orientale et les édits importés des émirs bédouins. Elève-toi très haut pour que la Kabylie se débarrasse pour de bon des vizirs et les wali en fla-flas, légataires du colonialisme arabo-algérien pourvoyeur du réseau des entraves, du pasdaran et des bourreaux.

Répand tes couleurs et répond à l’envahisseur capet barbare des nervis chauffés et barbouzes acharnés, appuyés du nul et non avenu de la démocratie de farce adaptée aux banques des combines effroyablement féroces. Elèves-toi Ô Anay, tes serviteurs ne sont pas des politiques de charge, couards façonniers du bluff justifiant l’oppression. Tes dévoués ne sont pas des diplomates truqué de chics en mine pimbêche de Godillot et qui musardent le culot dans les hauts lieux des enjeux et de d’hypocrisie comme des Arlequins de comédie. Élève –toi, Ô Anay, tes partisans ne sont pas des pauvres hères dociles, mous, mal séduits et soumis ni des intellos de la retenue, pénitents hideux ou prieurs roulant la pensée de l’index. Ensembles, main dans la main, clamons la bravoure commune.

Kabylie où naquit le soleil de l’amazigh facturé au combat

Terre de l’histoire en fusils chargés et de la force des bras

Nous jurons ta liberté, genoux à terres, serviteurs dévoués

Nous voguerons intrépides jusqu’aux rives du volcan obturé

Que nous rallumerons symbole glorieux de notre résistance

Malgré les embûches, la félonie et les piège émis en alliance 

Rien n’arrêtera l’élan, ni les lois qui couvent des vipéreaux

Ni la misère ourdie qui étreint la virginité dans les berceaux 

Ni les renégats vils flatteurs coutumiers des antichambres

Ni les dogmes humains ni vents ni les religions ni les guèbres
 
L’envahisseur imposteur certes arrivera à son dernier soir

En l’honneur de l’Honneur, du nif et de l’impératif du Devoir

Voila mon message en cette fin du 20 avril 2015


Ameziane Mehenni

SIWEL 210150 AVR 15



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