Le président de l'Anavad s'adresse aux cadres et militants du MAK

07/10/2016 - 15:13

EXIL (SIWEL) — Le Président du Gouvernement provisoire kabyle (Anavad), Mas Ferhat Mehenni, a adressé ce vendredi après-midi une allocution orale aux cadres et militants du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK) dans laquelle il affirme "être déterminé à réaliser des transformations révolutionnaires au sein des rangs du MAK pour aborder la nouvelle étape qu’affronte le mouvement souverainiste kabyle" pour faire aboutir le projet de l'indépendance de la Kabylie.
Ci-dessous la retranscription in extenso de son intervention :


M. Ferhat Mehenni, président du Gouvernement provisoire kabyle (PH/Anavad)
M. Ferhat Mehenni, président du Gouvernement provisoire kabyle (PH/Anavad)
Ayesstma timeɣnasin, ayetma imeɣnasen,

Dans la vie d’un peuple, il n’y a pas plus ardu que le chemin de la liberté. La Kabylie s’était égarée pendant 80 ans dans l’algérianisme. Ses élites avaient souvent pris l’ombre pour la proie, l’Algérie pour la Kabylie. En 2001, nous avons forcé le destin en osant réclamer un statut d’autonomie régionale pour retrouver la voie vers nous-mêmes. Il a fallu beaucoup d’autorité pour imposer la mise sur pied d’un gouvernement provisoire, l’Anavad, puis pour faire évoluer la revendication d’une autonomie vers celle du droit à l’autodétermination du peuple kabyle. Cette autodétermination, pour les besoins de la pédagogie et de son adoption progressive par la société, nous avions commencé à l’expliquer comme un choix entre plusieurs options. Le statut quo, vite évacué par tous, laissait la voie libre au choix entre l’autonomie et l’indépendance, avec une insistance croissante, au fil du temps, sur l’option d’indépendance. Le MAK et ses militants sont d’ailleurs traités par la presse algérienne comme des séparatistes et par la nôtre comme la famille souverainiste.

Pour en finir avec cette ambivalence, les pré-congrès ayant précédé le Congrès d’At Zellal (26/02/2016) avaient donné l’occasion aux militants d’affirmer clairement que l’autodétermination n’est rien d’autre que la souveraineté du peuple kabyle, autrement dit, l’indépendance de la Kabylie. Cela s’est traduit par un réaménagement du Projet pour un Etat Kabyle (PEK), qui proclame que :
1)- Selon le considérant 16 de son préambule « la Kabylie remplit tous les critères requis à l’accession au statut d’un État souverain siégeant au sein de l’Organisation des Nations Unies »
2)- Selon le Chapitre I, Article 7, Alinéa 2, « La Kabylie, dans le respect des normes internationales, exercera son droit sur son espace aérien et maritime »
3)- Dans son Chapitre III, intitulé ; « De l’État Kabyle », il est précisé à l’Article 7 : « Quelle que soit la forme de l’État issue du référendum d’autodétermination, le peuple kabyle exercera une souveraineté pleine et entière sur son territoire, sur ses ressources et ses richesses naturelles existantes ou à découvrir ».
Les textes sont donc très clairs et je préfère prendre leur non-respect par un de nos responsables pour leur ignorance que pour leur déviation. Ce qui est déjà très grave en soi.

Que personne ne s’y trompe : Notre discours du 25/09/2016 qui venait rappeler une évidence sur la signification de notre objectif stratégique (l’autodétermination comme l’indépendance de la Kabylie) n’était dirigé contre personne comme il n’est nullement à l’origine de la crise que traverse le MAK. Il n’a fait que la révéler.

Plus notre Mouvement grandit, plus les problèmes de sa gestion deviennent plus complexes. Il est certain que cette croissance interpelle et appelle à l’adaptation de nos structures aux impératifs de rigueur, de lucidité et d’efficacité. Oui, il nous faut une véritable révolution dans nos structures et leur fonctionnement, nos réflexes et nos conduites, nos statuts et nos textes doctrinaux.

Notre mérite et notre tort à la fois est de l’avoir perçu et énoncé avant les autres. Attendre que d’autres nous le signalent aurait été une faute de notre part. Être en avance sur son temps et son monde est le propre de ceux qui reconfigurent celui-ci dans le sens des intérêts suprêmes aussi bien de leur nation que dans celui des intérêts de l’humanité.

Faire émerger sur la scène internationale une Kabylie indépendante c’est commencer à rebâtir le monde sur des bases saines pour un avenir de paix et de prospérité aussi bien pour l’ensemble méditerranéen que pour tous les continents que la colonisation-décolonisation a transformés en zones de conflits meurtriers permanents.

Pour aborder la nouvelle étape qu’affronte le MAK, oui, des transformations révolutionnaires au sein de nos rangs sont impératives et je suis déterminé à les réaliser. Le devoir de réussite nous y oblige. Nous ne sommes pas des Catalans, des Ecossais ou des Flamands qui sont opposés à des pouvoirs démocratiques. Nous sommes à l’image des Kurdes de Turquie, l’Algérie nous traite en ennemis dont il faut éteindre l’identité et la langue y compris par l’extermination s’il le faut. Nous avons le devoir de nous préparer à parer à toute éventualité. Y compris dans la perspective de l’effondrement du pouvoir algérien, il est vital que la Kabylie soit préparée pour protéger son territoire et ne pas être aspirée dans la spirale de la guerre civile.

Vous voyez donc que nous regardons plus loin que ce que d’aucuns ne le croient. La réaction pour le moins inappropriée du président du MAK suite à ce rappel à l’ordre du 25/09/2016 a mis le feu aux poudres et alimenté une psychose au sein des collectifs militants. On me prête depuis, sur les réseaux sociaux notamment, des méthodes staliniennes que j’ai combattues toute ma vie. C’était De Gaulle qui disait « Pourquoi, voudriez-vous qu’à 73 ans je devienne un dictateur ? » Moi qui ai toujours pardonné à tous ceux qui m’ont fait du mal, à tous ceux qui m’ont déçu pour ne pas dire plus, je ne peux qu’être dans l’obligation cette fois encore de donner une chance à Mas Bouaziz Ait Chebib. Il a fait du très bon travail jusqu’ici. C’est la première fois qu’il trébuche. J’ai confiance en lui. Il a les compétences et les ressources morales pour rectifier le tir et que nous menions ensemble les mutations structurelles attendues par l’Histoire afin d’y faire entrer le peuple kabyle, en tant que peuple indépendant et souverain.

A cet effet, je remercie toutes celles et tous ceux qui ont appelé à la sagesse en sa faveur. Je ne les décevrai pas. Mais je reste ferme sur les principes. Si ces transformations lui sont impossibles qu’il le dise. J’appelle les militantes et les militants à l’unité et à la cohésion. L’unité des rangs et la discipline au sein du MAK sont les meilleures conditions pour que le peuple kabyle ait confiance en nous et en lui-même.

Les approches informelles du pouvoir algérien, si elles s’avèrent authentiques, sont formellement rejetées de ma part. Le pouvoir colonial algérien a eu raison des Archs (la presse algérienne les appelait les Arouchs) en leur faisant croire qu’il allait ou qu’il était en train de négocier avec eux. Le MAK n’est pas né de la dernière pluie. Par ailleurs, il n’y aura de négociation que sur les modalités d’indépendance de la Kabylie. Toute autre proposition est nulle et non avenue.

D’ores et déjà, je préconise que l’on convoque soit un Conseil National à la composition duquel l’Anavad doit impérativement participer, soit un Congrès extraordinaire pour examiner deux points :
1)- Transformer le Projet pour un État Kabyle (PEK) en Projet pour l’Indépendance de la Kabylie (PIK)
2)- Mettre un terme au bicéphalisme qui a atteint ses limites durant cette crise. Il faut un seul président pour diriger l’ensemble MAK-ANAVAD. Il aura latitude à nommer le Secrétaire Général parmi les membres du Conseil National.

Si c’est un Congrès extraordinaire que l’on souhaite que je convoque, il faudrait qu’il se tienne dans moins de six mois.
Les crises font grandir. Celle que nous traversons est salutaire !

Tanemmirt

Exil, le 07 octobre 2016

Mas Ferhat At Sɛid (Nom colonial : Mehenni)
Président du Gouvernement provisoire kabyle (Anavad)

SIWEL 071513 OCT 16



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