«Le fait religieux en Kabylie et la menace wahhabo-salafiste», contribution S. At Seyd

20/06/2016 - 21:53

CONTRIBUTION (SIWEL) — Dans une nouvelle contribution de Salem At Seyd, ce dernier revient sur les origines du wahhabisme, ses dérivés, ses menaces et la résistance kabyle aux menaces de la « Wahhabisation des esprits » à travers « tajmaεlimanit », la laïcité séculaire :


Le fait religieux suppose qu’on ait réfléchi peu ou prou aux enjeux auxquels doit faire face notre pays. Aujourd’hui et demain. En Kabylie, La distinction entre pouvoir politique et autorité religieuse ne date pas d’hier. Que ce soit aux temps des circoncellions chrétiens ou de la Rahmanyia musulmane soufie, le fait religieux s’impose. Et tout le monde sait la place qu’ont occupée Imravden dans l’histoire de la Kabylie. La résurgence de nos jours du fait religieux chrétien accroit encore davantage la complexité de la question. Sans compter que nous faisons souvent l’impasse également sur la place du judaïsme kabyle. Les croyances africaines, quant à elles, sont reléguées à des sujets d’études anthropologiques. Pourtant l’Animisme et le culte des ancêtres sont des croyances encore très vivaces de nos jours.

Croyances africaines, hier occultées par un vernis chrétien et de nos jours vernissées d’atours plus ou moins islamiques. Reste que la Kabylie a fait le choix de la Laïcité. Et elle compte bien sur le fait que cette laïcité soit déclinés en termes de pluralité. Jmaa Liman !

La question de l’Islam en Kabylie

Dans le fait religieux kabyle la question de l’Islam se taille la part du lion. En effet, nombreuses sont les menaces liées à la politisation de cette religion. Quand on songe aux dégâts que l’islam politique a infligé à toutes les sociétés du monde qu’il traverse ; On se dit qu’en Kabylie on limite plutôt bien ces dégâts. C’est que la question est instrumentée à des fins de conservation du pouvoir. La France coloniale a continué à contrôler et instrumenter l’Islam hier, y compris après 1905. Et en fidèle héritier de la France coloniale, l’Etat algérien en fait de même aujourd’hui. La première chose anormale étant que l’Islam est religion d’Etat. Encore une de nos différences fondamentales et majeure avec l’Algérie.

La Kabylie commence déjà à établir un des Etats les plus modernes du monde. Et pour cause, ses institutions traditionnelles permettent déjà une gestion du fait religieux plus efficacement que certaines grandes démocraties. Et on peut dire que les réponses de la société kabyle sont plutôt originales. Mais là n’est pas la question. Les institutions kabyles ont été mises à mal par 91 années de colonialisme. Et surtout par 5 décennies de néocolonialisme arabo-algérianiste. Ce néocolonialisme a fait régresser la Kabylie dans la prise en compte du fait religieux. Le renouveau du nationalisme kabyle prend d’ailleurs cette question à bras le corps.

La menace de la Wahhabisation des esprits

Contrairement à ce qu’on pourrait croire ce n’est pas l’Islam qui pose problème. Il ne pose pas plus de problème que n’en poserai le christianisme et le judaïsme à la société kabyle. Ce qui pose problème à la Kabylie, aujourd’hui, ce sont les idéologies politiques islamiques. Nous ne pouvons pas développer ici toute l’étendue de la menace. Attachons nous seulement à savoir de quoi nous parlons. La menace la plus importante est celle de la Wahhabisation des esprits.

Nous verrons donc en quoi la nébuleuse wahhabo-salafiste est non pas un danger mais un péril majeur. Dans un deuxième temps, nous verrons en quoi l’arabo-islamisme qui s’habille de respectabilité est une idéologie plus pernicieuse encore.

Le wahhabo-salafisme, c’est quoi au juste ?

Cette doctrine d’Etat officielle de l’Arabie Saoudite prend ses sources dans le Nejd. Ce désert au cœur des arabies du Golf. Elle est également la doctrine de la famille gouvernante du Qatar. Le wahhabisme prend ses racines dans la pensée du théologien Ibn Taymiyya. Un mèdes (kurde) qui a vécu au 13ème et 14ème siècle. Devant les invasions des populations turco-mongoles, il théorise le Jihad. En somme et pour prendre un raccourci, c’est le premier salafiste de l’Histoire. Il prône le refus de toute innovation dans la pratique religieuse. En effet, les envahisseurs venus du cœur de l’Asie mettent à mal le règne Abasside. Ibn Taymiyya refuse que ces envahisseurs convertis à l’Islam imposent leurs coutumes et traditions. Et il les rend également coupables de collusion avec les chrétiens.

Nous voyons déjà se dessiner les bases mêmes du wahhabo-salafisme. Sans compter qu’Ibn Taymiyya s’avère être le plus farouche opposants aux mutazilites, le mouvement rationaliste (scientifique ?) de l’Islam. Une pensée fondée sur la pensée philosophe grecque. C’est d’ailleurs pendant cette période que ce mouvement rationaliste perdra définitivement la bataille face au mouvement sunnite. Ce dernier étant considéré comme étant la pensée orthodoxe en Islam. En 1406, le dernier penseur « moderne » de cette sphère musulmane meurt. Ibn Khaldoun, un berbère « most3araboun » laissera une œuvre considérable qui tombera peu à peu dans l’oubli jusqu’au XIX ème siècle. Autrement dit, c’est là que selon Mohamed Arkoun, théologien kabyle de renommée mondiale, que « le monde musulman » sombre dans le règne de l’impensé. Le totalitarisme de l’impensé.

Le wahhabisme et le totalitarisme de l’impensé

L’impensé est quelque chose de plus néfaste encore que l’ignorance. Il ne s’agit pas de quelque chose qui n’est pas su et qui reste à découvrir mais de quelque chose d’impensable ou rendu impensable, qu'il ne faut surtout pas penser. Il est d’ailleurs interdit à un musulman depuis le règne des turco-mongoles puis des ottomans de penser l’Islam. Seule la tradition sunnite est admise et sera désormais gravée dans le marbre. Quiconque tente de penser ce qui est impensé s’expose à la sanction ultime : la mort. Tous les peuples sous domination ottomane s’y exposeront. Il est permis de travailler sur la Sunna. Mais il n’est pas permis de remettre en cause ses fondements. Des textes tels que les hadits, la biographie légendaire du divin prophète de l’Islam, les corpus des 4 écoles juridiques sunnites sont les seuls à être admis. S’en est fini de la pensée critique. Au diable la science !

Et ce n’est qu’avec la fin de l’empire ottoman (1830) et l’impulsion de la pensée occidentale que certains recommenceront timidement à « repenser ». Même si le monde chiite n’est pas totalement soumis à ce diktat et conserve via son Clergé une certaine marge de manœuvre et de possibles innovations.

Le Wahhabisme et le royaume saoudien

Cette doctrine est l’ennemi viscéral de ce qui est considéré comme « innovation ». Au XVIIIème, siècle Mohammed ben Abdelwahhab reprend la pensée d’Ibn Taymiyya mais va encore plus loin dans la théorisation du Jihad. Il nettoie la pensée d’Ibn Taymiyya y compris de ses fondement soufis. La spiritualité soufie étant à la base, le garde-fou de Taymiyya. Tout est fait pour occulter cette influence soufie dans la pensée de Taymiyya. Le Wahhabisme devient un islam identitaire et ritualiste. Cette doctrine exclue toutes les autres. C’est ce que l’idéologie d’Abdelwahhab considère comme l’islam vrai et originel, celui des salafs des premiers temps de l’Islam.

Cette pensée tire sa puissance non pas de sa réflexion mais tout simplement d’une alliance politique. La doctrine d’Abdelwahhab est même remise en cause en tant qu’hérésie par son propre père et son frère. Abdelwahhab va s’allier à une tribu du Nejd. La famille Saoud qui fonde temporairement ce qu’on peut considérer comme le proto-Etat saoudien : l’Emirat de Dariya. Ce n’est pas sans rappeler ce qui se passe dans la Syrie et l’Irak actuels.

Le reste de l’histoire on la connait. L’homme malade ou encore l’empire ottoman est démembré entre les puissances européennes. Les nationalismes se développent, la Grèce est le premier « morceau » de ce corps à accéder à son indépendance avec l’aide de la France, de la Russie et de la Grande Bretagne en 1830. Quelques mois plus tard ce sont Alger, Oran et Constantine qui tombent dans l’escarcelle coloniale de la France. Kabylie mise à part.

La Kabylie était indépendante de l’Empire ottoman et n’abdiquera son indépendance devant la France qu’en deux étapes. 1857 : redditions des tribus républicaines de la Kabylie. 1871 : soulèvement généralisé du pays kabyle. Ce n’est qu’à cette date que la Kabylie reconnait vraiment l’invincibilité de la France coloniale. Mais une reconnaissance temporaire le temps de s’approprier la science de l’occupant. Le démembrement de l’empire ottoman se poursuit au XXème siècle. Les saoudiens s’emparent de la « terre sainte » et par la suite signe un traité de protection avec les anglais en 1915. Quant aux turcs, ils sauveront ce qu’ils peuvent de l’empire ottoman et fondent la Turquie au lendemain de la seconde guerre mondiale. Tout en mettant fin au khalifat islamique mondial.

Le royaume exporte sa doctrine à travers le monde (et en Algérie)

Désormais le décor est planté. Les saoudiens ont soumis les populations chiites de l’est saoudien. Ce territoire renferme actuellement les principales ressources du royaume. L’Arabie saoudite et son clergé wahhabo-salafiste sont assis sur ¼ des ressources mondiales en hydrocarbures. Ce qui donne à cette doctrine totalitaire et exclusive une force de frappe considérable. Le royaume exporte sa doctrine à travers le monde. Dans les années 70 est mise au point une véritable industrie éditoriale qui ne cessera de se développer et de coloniser les esprits. A commencer par les pays considérés comme étant à « ré-islamiser ».

L’Algérie de Boumediene est toute désignée et sa politique islamique facilite la chose. La régence de Chadli ouvre un véritable boulevard aux Ikhwans. Cela débouche sur la décennie noire et une guerre civile qui voit des millions d’algériens devenir des étrangers à leur propre patrie. S’ensuivent massacres, extermination et fuite des élites. Le régime en place profite de la situation pour conserver son pouvoir.

Résistance au wahhabisme : le cas kabyle

Durant cette période, la Kabylie était relativement épargnée. Elle a échappé à la wahhabisation des esprits malgré une politique d’arabo-islamisation forcenée menée par les arabo-algérianistes. Le renouveau du nationalisme kabyle a protégé le pays contre l’idéologie saoudienne et ses dérivées. La question kabyle et plus largement amazigh agissait comme un antidote naturel. En revanche, la Kabylie apparaît désormais comme une cible privilégiée. Le pays doit être coûte que coûte « ré-islamisé ». Un terrorisme résiduel est maintenu en Kabylie. Une propagande médiatique vise la Kabylie. L’objectif est de donner l’image d’une terre infestée par des terroristes. Dernièrement, l’affaire Gourdel en est une des plus grossières manipulations.

Les nationalistes kabyles revendiquant la laïcité et les « déjeûneurs » en plein ramadhan ont contribué largement à déconstruire cette image. Mais malgré l’action sans relâche des « pacifistes Makisards », certaines chancelleries continuent à croire encore à la propagande visant à discréditer la Kabylie. S’il y a bien un pays en capacité de combattre la mouvance islamique, c’est bien la Kabylie. Elle le peut matériellement et idéologiquement. Elle le fait d’ailleurs depuis 14 siècles.

Le Daech noir syrien face au Daech blanc saoudien

Paradoxalement, depuis l’avènement de l’Etat islamique (Daech), le wahhabo-salafisme est en perte de vitesse. Il a réussi à se mettre à dos l’ensemble de la communauté internationale. Pour emprunter une expression à l’algérien Kamel Daoud, le Daech noir est en passe d’échouer aujourd’hui notamment d’un point de vue idéologique. Mais il ne faut pas oublier que le DAECH blanc a réussi depuis maintenant un siècle. Le Daech noir est pris en flagrant délit de mensonge avec son faux message de fin du monde. Par contre le Daech blanc saoudien continue à émettre par satellite et Internet partout dans le monde. La wahhabisation des esprits commence à atteindre en profondeur de nombreux pays occidentaux. Nous le voyons en France, en Belgique, aux USA etc.

Le Wahhabo-salafisme et ses dérivés d’aujourd’hui et de demain

Le wahhabisme d’Etat saoudien et son clergé tout puissant, plus puissant que la famille Saoud elle-même n’a pas chômé en un siècle. On lui doit l’ensemble de la nébuleuse islamique mondiale. Soit qu’elle les influence au niveau doctrinal, soit qu’elle les finance grassement. Grâce au wahhabo-salafisme et à ses dérivés le monde a connu les frères musulmans égyptiens, les takfiristes, les salafistes afghans, le Front Islamique du Salut, le Hamas, Al Qaïda, Boko-haram… la liste est longue. Le tout dernier né saoudien est le DAECH noir connu sous le nom de ISIS, EIIL ou simplement état islamique. Tout ceci parce que la Syrie a préféré l’offre des iraniens à celle des saoudiens pour le passage d’un pipeline ou d’un gazoduc. Le Daech blanc use du wahhabo-salafisme comme d’une arme de destruction massive.

L’arabo-islamisme une menace très ancienne et persistante :

Les intérêts économiques amènent les pays occidentaux à fermer les yeux sur l’industrie terroriste mondiale saoudienne et qatari. Même si la supercherie du Daech blanc saoudien est révélée à la face du monde mais la menace arabo-islamique persiste.

En effet, il persiste une menace dans cet Islam communément admis comme n’étant pas « fondamentaliste ». L’islam modéré comme le veut une expression, fort connue. Cette menace est une idéologie plus profondément ancrée. L’Islam « traditionnel » présenté comme tolérant, renferme une menace depuis le règne de Muawiyya 1er et Abdel Malik la doctrine d’Etat de l’Empire omeyyades (661 à 705). Il s’agit de l’arabisation de l’Islam et/ou de l’islamisation de la langue arabe. Les deux faces d’une même pièce.

L’empire islamique de Muawiya 1er repose sur deux piliers.

Premier pilier de l’empire Muawiya : La préférence ethnique arabe

Le premier pilier est la préférence ethnique. En 661, le musulman «arabe » et le chrétien syrien est préférable au musulman « non arabe ». Ainsi les musulmans perses, levantins, égyptiens et berbères etc… sont relégués au second plan. Les chrétiens syriens sont indispensables de par leur expertise administrative à l’édification de l’empire omeyyade. Le sang arabe est requis pour quiconque veut gouverner une wilaya. La qualité première des chrétiens syriens est qu’ils maitrisent des langues savantes proches de l’arabe. Le Syriaque et l’araméen avec lesquelles d’ailleurs un travail de traduction des philosophes grecques avait déjà été entrepris.

Le premier pilier est donc la préférence ethnique. Le summum de ce pilier étant de se réclamer d’une prétendue ascendance chérifienne. Soit qu’on descende de la famille de Mohammed, soit qu’on descende carrément du prophète lui-même. Et quand on ne le peut point, se revendiquer d’une origine yéménite, cette Arabie heureuse berceau de la pure souche arabe. La patrie de la reine de Saba, si chère au prophète et néanmoins roi Salomon.

Le deuxième pilier de l’empire Muawiya : Taravt d awal n Rebbi (La langue arabe est celle de Dieu)

Le deuxième pilier de l’Empire omeyyade est l’islamisation de la langue arabe. Afin de gérer un empire gigantesque, la langue arabe en elle-même est insuffisante. Enrichie par les syriens, il convient dès lors de conférer à la langue arabe une autorité religieuse à laquelle chaque musulman fera le choix de se soumettre sans visibles contraintes.
A cette époque-là, la langue arabe n’est pas encore une langue savante et n’est pas suffisamment développée pour servir de langue savante et impériale à Muawiya 1er. Pour cela, le 8ème siècle et le suivant permettront aux chrétiens syriens d’enrichir considérablement l’arabe à partir du syriaque et de l’araméen et secondairement d’emprunts aux autres peuples musulmans et aux grecques.

En revanche, les langues et cultures de ces peuples « non arabes » seront reléguées à la « jahiliya ». Pour résumer, parler l’arabe « langue de Dieu » permet de bénéficier d’un certain prestige. Et pour peu qu’on puisse réciter quelques bribes de connaissances islamiques en cette langue, cela fait de vous un savant aux yeux de ceux qui parlent la langue des ignorants. La langue arabe est « sacralisée » « divinisée » et devance de loin toute les autres même si ces langues sont leurs langues maternelles.

L’arabe et son entremêlement desormais intrinsèque avec l’islam traditionnel sera le principal vecteur de la gestion de l’empire. Le principal vecteur de gouvernance y compris de nos jours. Les berbères l’auront bien compris et de manière consciente et inconsciente et se glisseront dans cette faille. Ils adopteront tout à tour des courants religieux leur permettant de s’affranchir de l’autorité impériale. Ils adopteront un Islam berbère avec un coran berbère pour s’affranchir de la tutelle arabe. Mais cet islam sera anéanti. A l’image des Perses, ils adopteront un islam chiite avec les fatimides. Les almoravides se réfugieront dans un islam malékite et puritain. Les almohades crieront un retour aux sources religieuse et au Tawhid originel pour défaire les almoravides par trop « juridique ». Il s’agit à chaque fois de se soustraire à partir d’un cœur tribal berbère de la domination orientale de Damas, Bagdad, Le Caire ou encore Constantinople et parfois d’un pouvoir centrale maghrébin comme celui des almoravides de Marrakech.

Action 1 : Désarabiser l’Islam ?

L’enjeu actuellement n’est pas de combattre l’Islam. L’enjeu est de déconstruire l’idéologie raciste omeyyade persistante au sein de la langue arabe. Il s’agit de « désislamiser » la langue arabe pour ceux qui tiennent encore à cette langue. Mais il s’agit surtout pour les musulmans « non-arabes » de « désarabiser l’Islam ». Les kabyles et l’ensemble des nord-africains ne sont pas arabes. Les berbérophones de nos jours en sont conscients. En revanche, pour la masse des berbères en grande partie zenatiya « most3araboun » le travail à faire est titanesque. Ils se sont d'ailleurs arabisés à cause de cette idéologie arabiste et raciste des omeyyades.

Action 2 : Kabyliser l’Islam ?

Les kabyles sont majoritairement musulmans. En revanche, la part des kabyles « athées » est loin d’être négligeable. Viennent ensuite les chrétiens et les juifs kabyles. Et on ne parle même pas des croyances africaines qui sont encore très vivaces chez quasiment tous les kabyles. C’est pour cela d’ailleurs que la société kabyle a toujours séparé le pouvoir politique et l’autorité religieuse. C’est pour cela que le nationalisme kabyle est laïc. Il convient de respecter toutes les croyances sans distinction. L’Islam kabyle l’a très bien compris et se fait un devoir de ne pas marcher sur les plates bandes des affaires politiques en pays kabyle.

Cependant, à défaut de kabyliser l’islam, et si les kabyles musulmans veulent rester kabyle et ne pas se fondre dans l’arabo-islamisme, il convient de s’attaquer à ce chantier considérable de désarabisation de l’Islam. Mohamed ARKOUN a déjà commencé à défricher. Même s’il l’a fait pour l’ensemble du monde musulman. Mais comment désarabiser l’Islam en terre kabyle ? Il appartient aux musulmans kabyles les plus concernés de le faire mais pas que les seuls musulmans. Le nationalisme kabyle avec les Makisards pacifistes en première ligne se charge déjà de protéger la Kabylie de la wahhabisation des esprits et de dénoncer les dérives arabo-islamiques. La Patrie avant tout !

Action 3 : La Kabylie vers la désaliénation arabo-islamique

Nous savons quel a été le rôle des Imravden et du soufisme notamment celui de la Rahmaniya dans l’histoire du patriotisme kabyle. Mais l’Islam kabyle doit aller plus loin dans sa désaliénation arabo-islamique, surtout face à la wahhabo-salafisation des esprits. Les kabyles musulmans ou pas, imravden ou pas ont un devoir de clarté sur ce point. Ils doivent s’attacher y compris avec des citoyens kabyles qui ne sont pas musulmans à déconstruire tout cela. La Patrie kabyle a besoin de tous ses enfants quelles que soient leurs croyances. La désarabisation de l’Islam est une étape incontournable.

La régence d’Alger l’a bien compris, l’arabisation ayant échouée la seule carte qu’elle peut jouer encore, c’est l’attachement des kabyles à leurs croyances musulmanes. Et comme tout pouvoir qui vise à se maintenir coûte que coûte, il ne s’embarrasse pas de questions éthiques. S’il faut pour cela contrôler l’Islam, il le fera. Si pour cela il faut brandir la menace des multiples sectes étrangères, il le fera. Le seul fait de consacrer l’Islam comme religion d’Etat est déjà en soi une manipulation. C'est une aliénation de l'Etat et pis encore une aliénation de la religion. Il est plus aisé de se faire obéïr au nom du prophète. Il est plus aisé encore de voler et de s'enrichir en invoquant le nom de Dieu.

L’Islam comme toutes croyances n’a pas à dépendre d’un pouvoir politique. Il ne confirme que le retard de l’Etat algérien dans la gestion du fait religieux. Sur ce point, le pays kabyle est clairement en avance. Les croyances sont les affaires des rapports de société et de la sphère privée. L’Etat kabyle quant à lui devra simplement pourvoir à ce que les croyances de toutes et de tous soient respectées. Il devra protéger la société kabyle de toutes idéologies morbides et assassines religieuses et même politiques. Toutes idéologies qui viseraient à porter atteinte à l’Art kabyle du vivre ensemble.

Quant à la gestion du fait religieux, l’Etat kabyle devra doter la Kabylie, conformément aux recommandations du théologien kabyle Mohamed Arkoun, d’un comité d’Ethique. Un comité d’éthique composé de théologiens de toutes les croyances, d’anthropologue, de scientifiques, de personnalités de la société civile, artistes, intellectuels, paysans et ouvriers etc…

La tâche est rude, les menaces son grandes mais dormez tranquilles, les makisards de la paix veillent sur la Kabylie !

Salem At Seyd
SIWEL 202153 JUN 16



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