Le FFS annonce sa décision de participer aux élections législatives

02/03/2012 - 13:06

ALGER (SIWEL) — Le Front des forces socialistes (FFS), participera officiellement au prochain scrutin législatif, prévu le10 mai.


Hocine Ait Ahmed, président du FFS (Photo Rio/Siwel)
Hocine Ait Ahmed, président du FFS (Photo Rio/Siwel)
La décision a été prise par le conseil national du FFS lors d'une réunion extraordinaire au siège national du parti à Alger.

La participation du FFS après un boycott qui a touché les deux précédents scrutins est motivée, selon la même source, d'un « choix tactique ».

Seuls le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ont appelé au boycott du scrutin.

Pour le MAK, la seule élection crédible est celle d'un référendum d’autodétermination de la Kabylie alors que le RCD s'est dit convaincu d'une fraude électorale de la part du pouvoir notamment en refusant l'assistance massive d'observateurs étrangers à ces élections.

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SIWEL 021310 MARS 12

Message de Hocine Aït Ahmed au Conseil national du FFS Alger, le 2 mars 2012

« Les guerres peuvent être menées avec des armes mais elles sont gagnées par des hommes. C’est l’esprit des hommes, de ceux qui suivent et celui de ceux qui précédent, qui remporte la victoire. » Georges S. Patton.

Chers amis, Salam Alaykoum,

Mon opinion concernant cette élection est faite depuis un certain temps. J’ai pourtant tenu à prendre la température au sein du parti et à m’imprégner des délibérations des militants avant de me prononcer.

Je tiens d’abord à rendre un hommage particulier aux militants de base dont l’engagement sans failles s’accomplit depuis des années dans la plus rude des conjonctures politiques.

Je tiens également à remercier la direction – non moins militante- du parti pour les efforts consentis sur le chemin de la reconstruction –sans cesse recommencée- du lien politique à l’intérieur de l’appareil du parti, au sein du parti, avec nos partenaires dans la société et avec la population.

J’ai suivi et lu attentivement vos débats, vos remarques, vos inquiétudes et vos attentes. Je m’en suis trouvé conforté dans mes convictions et dans ma décision.

Depuis un an, depuis l’éclosion des révoltes populaires dans le monde arabe, on ne cesse de nous poser la question : Pourquoi l’Algérie ne fait pas comme les autres pays de la région ?

Notre réponse a toujours été très claire : Il existe une voie algérienne vers la libération de la dictature comme il a existé une voie algérienne pour la libération du colonialisme.

Et si la voie pacifique a échoué à libérer l’Algérie de la colonisation française pour laisser la place à la lutte armée, la voie de la violence a échoué à libérer l’Algérie de la dictature, du sous-développement et des menaces extérieures et doit laisser place à la lutte politique au sens le plus sérieux du terme.

C’est d’abord la voie de la violence du régime qui a échoué. La violence de la prise du pouvoir par la force. La violence de la répression des libertés, la violence de la dépossession du peuple algérien de son droit à l’auto-organisation, la violence de l’exclusion politique et donc économique et culturelle.

Puis est venue la violence de la sale guerre avec son lot de haines, de brutalités inouïes, de révisionnismes intolérables qui ont réhabilité les conduites méprisantes et les discours néo-colonialistes les plus scandaleux.

Derrière la guerre au terrorisme et derrière l’alibi du néo-libéralisme économique, le pays a été renvoyé plusieurs siècles en arrière. Et je n’exagère rien.

Les dernières intempéries sont venues démontrer à quel point déposséder une population du droit à s’organiser autour de ses propres conditions de vie et de travail conduit à la catastrophe.

Et si les classements déshonorants de notre pays dans tous les domaines par les institutions internationales laissent nos dirigeants de marbre, ils sont douloureusement ressentis par notre peuple et nos cadres qui à chaque fois que l’occasion leur en a été donnée ont su montrer de quel génie nous sommes capables.

Oui, les intempéries ont mis à nu une rhétorique creuse et des chiffres ronflants de dépenses destinées à finir dans les poches de la corruption qui gangrène le pays.

Ce n’est pas seulement le pouvoir central qui se désintéresse de ce qui se passe dans les régions, c’est le pouvoir local lui-même qui se retrouve totalement démuni par ce que tout a été fait pour le réduire d’abord en contrôle (et donc en soutien) populaire ensuite en moyens et en prérogatives.

Il y a des régions d’Algérie qui sont aujourd’hui passées sous le contrôle quasi-total des mafias, des régions où la notion d’état n’existe presque plus. Des potentats locaux et des seigneurs de guerre font régner leur propre loi en s’appuyant sur leurs hommes de mains. Certains rêvent peut-être de cela en Kabylie.

Certains voient dans cette déliquescence la forme idéale d’autonomie pour nos sociétés en sous-développement accéléré. La voie de l’écrasement de l’encadrement politique de la population sous la puissance de l’argent sale, de la violence et de la manipulation des foules.

L’autre voie violente qui a échoué et a activement participé à la régression du pays est celle de l’intégrisme.

L’intégrisme islamiste et l’intégrisme anti-islamiste ont combattu le pluralisme irréductible de notre société. Ils ont – tous deux – contribué à aggraver les dégâts préalablement occasionnés par l’autoritarisme et l’intolérance du parti unique. Les deux ont également servi de base de manipulation des passions et des personnes par la police politique du régime.

Et c’est une violence supplémentaire que de réduire l’importance de toutes ces violences cumulées dans l’état de délabrement actuel du pays.

Demander aux algériens d’aller voter pour sauver le pays des périls sans rien changer de sa démarche est une des inconséquences habituelles de ce pouvoir. Car, avant toute autre, c’est sa démarche qui est en cause.

On vient nous dire aujourd’hui que le pays est en danger, qu’il traverse un moment
« sensible » et autres discours qu’aucune vision politique ne porte et que n’incarne aucun programme sérieux de sortie de crise. On ne nous apprend rien.

Cela fait des décennies que nous vous disons que votre démarche conduit le pays à sa perte !

Et vous venez maintenant nous dire que le pays est en danger ! Tout en persistant dans votre vision biaisée et unilatérale et en manoeuvrant en sous-main vos réseaux pour qu’ils entravent notre travail de construction politique et pacifique de notre société !

Notre démarche, depuis le congrès de la Soummam, se distingue de la votre par l’option stratégique de la primauté que nous accordons à la construction du politique.

La primauté du politique parce qu’elle signifie l’engagement conscient et actif du peuple. Parce qu’elle signifie l’organisation de la société autour de la défense de ses intérêts. La primauté du politique parce qu’elle signifie la concertation la plus large possible, et le rassemblement conscient des volontés non l’abdication ou l’exacerbation des passions.

La primauté du politique parce qu’elle exclue le recours à la violence entre algériens dans la conduite de leurs affaires et dans la gestion de leurs différends. La primauté du politique parce qu’elle met en présence des citoyens égaux en droits et en devoirs et non des maitres et des esclaves.

La primauté du politique parce qu’elle se construit sur des pouvoirs et des contre- pouvoirs. Et par ce qu’elle organise les rapports entre les deux.

La primauté du politique enfin parce que les partis et les militants qui se distinguent par une ligne politique véritable savent détecter la vérité du mensonge et peuvent apprendre de leurs propres faiblesses les moyens de reconstruire leurs forces.

C’est à cause de cette primauté que nous accordons au politique que le sens de notre action s’est toujours distingué de celle du régime.

Notre conception de la démocratie n’est pas la même que la leur : Nous la concevons comme une organisation légale des droits et libertés de notre peuple portée et défendue par des institutions ancrées dans la société et qui incarnent des pouvoirs et des contre-pouvoirs clairement définis.

Notre conception de la participation électorale n’est pas la même que la leur : Nous nous investissons dans la mobilisation des citoyens en vue d’une finalité politique collective alors qu’ils s’investissent dans la promotion des clientèles en vue d’un intérêt privé.

Notre conception du contrat politique n’est pas la même que la leur. Nous avons débattu avec des partenaires politiques à Rome en 1995 et nous avons publiquement proposé au pouvoir une plate-forme de sortie de crise en 14 points. En toute transparence. Pour la gestion des différends au sein de la société et entre la société et le pouvoir.

Ils ont été discuté dans des maquis, ou ailleurs, et nous ont insinué, par des fuites organisées dans la presse, qu’ils avaient conclu un accord avec des groupes armés. Un accord dont personne ne sait toujours rien !

Notre réconciliation n’est pas la même que la leur. Ils l’ont décrétée au travers d’une charte qui interdit aux algériens de porter devant la justice des crimes qui relèvent de cette sombre page de notre histoire. Au mépris de toutes les souffrances occasionnées à ce peuple. Au mépris de toutes ces victimes, les morts, les disparus, les blessés, les traumatisés, les exilés, les déplacés… Ils ont interdit aux algériens de faire face à ce qui leur a été imposé et de s’en saisir pacifiquement en s’appuyant sur leur sens moral pour dépasser ce sombre épisode.

Nous avons toujours défendu le principe d’une réconciliation qui s’appuie sur la vérité et la justice comme préalable et comme garantie contre l’impunité autant que contre les ingérences.

La liste est longue qui illustre la permanence de nos positions respectives. Celle du pouvoir basée sur la manœuvre à courte vue et la notre basée sur la conviction que seule la mobilisation politique et pacifique de notre peuple peut mettre le développement, la justice et la démocratie à portée de notre société et notre pays à l’abri des ingérences extérieures.

Pour toutes ces raisons notre cheminement va continuer à diverger avec celui du pouvoir dans ses deux déclinaisons : celle qui s’exprime à l’intérieur du cadre institutionnel et celle qui attaque ce cadre sitôt qu’elle en est exclue.

Chers amis,

Je considère que la participation à ces élections est une nécessité tactique pour le FFS qui s’inscrit en droite ligne de notre stratégie de construction pacifique de l’alternative démocratique à ce régime despotique, destructeur et corrompu.

Je sais, nombre d’entre vous craignent la puissante attractivité de la mangeoire du régime.

Ceux-là, je les comprends, je partage leur souci et je les rassure : nous pouvons, nous devons et nous allons, nous donner les moyens du contrôle de notre participation. Cette participation a tiré les enseignements de nos lacunes de 1997 et nous allons tout mettre en œuvre pour les combler.

D’abord par ce que notre but ne réside pas dans un quota de sièges à atteindre. Notre but est dans la remobilisation politique et pacifique de notre parti et de notre peuple. C’est là l’essentiel de notre décision. Remettre du mouvement dans le Statu quo.

Le pouvoir a conduit le pays dans une impasse. Une triple impasse : celle du pouvoir, celle du pays et celle de la Kabylie.

Le démantèlement du politique partout dans le pays a particulièrement ciblé la Kabylie par ce qu’elle a pendant des décennies constitué le réservoir de mobilisation démocratique et de contestation politique du pays.

Ces vingt dernières années ont constitué une régression phénoménale dans tous les domaines à l’échelle nationale. Le renforcement du régime s’est fait dans le sillage du démantèlement de structures de l’état partout à travers le pays. En Kabylie, c’est également au démantèlement d’une organisation et d’un engagement politique de la population qu’il a été procédé. Car ces derniers s’étaient maintenus dans la région contre vents et marées. Je vous ai longuement décrit ce processus machiavélique dans ma note sur les arouchs.

Chers amis,

Aujourd’hui, plus que jamais, c’est sur chaque militant et chaque militante que nous devons nous appuyer pour gagner la bataille de la remobilisation politique.

C’est en toute sérénité que le parti doit aborder cette étape de son parcours, et dans le respect de tous ceux qui, hors du parti, défendront de manière respectable d’autres visions que la notre, mais il est exclu que quiconque nous donne des leçons en politique, en démocratie, en militantisme, en patriotisme ou en Takbaylit.

Nous n’avons aucune leçon à recevoir ni de ceux qui veulent nous apprendre comment défendre notre parcours- qu’ils n’ont pas- ni de ceux pour qui l’engagement ne fût qu’une alternance de trahisons. Trahir une cause puis une autre avec l’irresponsabilité politique, l’outrance verbale et le mensonge comme seules constantes.

Nous avons appris, dans la pratique des êtres, à identifier et choisir ceux qui nous agréent comme camarades, comme frères et comme amis et ceux qui ne nous agréent à aucun de ces titres mais que nous supportons car ils sont, malgré tout, des compatriotes.

Chers amis,

Une fois la décision du conseil national prise et rendue publique nous allons nous concerter et dégager ensemble la stratégie et les moyens à mettre en œuvre pour les étapes suivantes.

Je vous transmets mes salutations militantes.

Hocine Aït Ahmed




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