Le CMA alerte Ban Ki Moon la veille de son arrivée à Alger sur le non respect par l'Algérie des droits de l'Homme

03/03/2016 - 12:43

TIZI-WEZZU (SIWEL) — Le Bureau Mondial et le Conseil Fédéral du Congrès mondial Amazigh (CMA), par le biais de sa présidente, Mme Kamira Nait Sid, a adressé ce jeudi une lettre au Secrétaire Général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, qui se rendra en Algérie les 6 et 7 mars prochains, pour attirer son attention sur les violences institutionnelles et les graves
violations des droits humains exercées par l’Etat algérien à l'encontre des peuples Amazighs, citant les cas concrets des Mozabites et des Kabyles

Ci-après l'intégralité du message :


Le CMA à Agadir en juillet 2015 (PH/DR)
Le CMA à Agadir en juillet 2015 (PH/DR)
Monsieur Ban Ki-Moon
Secrétaire Général de l’ONU
New York, USA

Tizi-Wezzu, 20/02/2966 – 3/03/2016

M. Le Secrétaire Général de l’ONU,

Nous apprenons que vous vous rendrez très bientôt en Algérie. Aussi, nous avons l’honneur de vous
adresser cette lettre afin d’attirer votre attention sur les violences institutionnelles et les graves
violations des droits humains exercées par l’Etat algérien, particulièrement à l’encontre des
Amazighs. Nous vous alertons particulièrement sur les cas suivants :

- Les graves violences perpétrées contre les At-Mzab (Amazighs autochtones de la vallée du Mzab
située à environ 600 km au sud d’Alger), particulièrement au cours des deux dernières années. Les
At-Mzab forment un peuple de quelque 300.000 personnes, d’une civilisation plurimillénaire inscrite
depuis 1982 au patrimoine mondial de l’Unesco. Les At-Mzab sont attaqués par des hommes de la
communauté arabe « Chaamba » avec le soutien avéré des forces de police algérienne. On déplore
déjà la mort d’une trentaine de personnes et plus de 80 Mozabites ont été ou sont détenus dans les
prisons de Taghardayt (Ghardaïa) et de El-Ménéa (voir listes jointes). Dans les prisons, certains
prisonniers ont subi des actes de torture et des traitements inhumains ou dégradants. Des menaces
sont exercées par la police sur les familles des détenus afin que ces derniers ne témoignent pas des
mauvais traitements qu’ils ont subi ou qu’ils subissent au quotidien.

- Les membres du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), un mouvement
politique qui agit avec des méthodes démocratiques et pacifiques, sont particulièrement persécutés
par les autorités policières et judiciaires algériennes. De manière tout à fait abusive, la police procède
à des arrestations de membres du MAK et au cours des interrogatoires, ils sont menacés, insultés et
frappés, en toute impunité. Les activités du MAK sont criminalisées et ce, dans le but évident de
pousser les citoyens à la révolte ce qui justifierait alors une répression massive comme ce fut le cas
lors du « printemps noir » de l’année 2001 au cours duquel 126 Kabyles ont été tués par les « forces
de sécurité » algériennes.

- D’une manière générale, les défenseurs des droits des Amazighs subissent de la part de
l’administration, de la justice et de la police algériennes, des actes de pression psychologique et
d’atteinte à leurs droits les plus élémentaires, afin de faire obstacle à leurs activités qui sont pourtant
tout à fait légales. Ainsi, Mme Kamira Nait-Sid, présidente du Congrès Mondial Amazigh (CMA),
ONG internationale de défense des droits des Amazighs, est systématiquement fouillée et interrogée
par la police des frontières à l’aéroport d’Alger lors de ses déplacements à l’étranger et depuis le mois
de novembre dernier, l’administration algérienne a fermé arbitrairement l’entreprise famililale,
« Cyber Kabylia » dans laquelle elle travaillait à Tizi-Wezzu. Ainsi, Mme Nait Sid et sa famille sont
privés de toute source de revenus depuis plus de 4 mois.

Comme vous le savez certainement M. Le Secrétaire Général, l’Algérie n’hésite pas à adopter les
Chartes, Accords, Conventions et Accords internationaux relatifs aux droits de l’homme et des
peuples mais pour mieux en violer les dispositions sur le terrain, à huis clos. Et cet état de fait est
favorisé par l’impunité dont jouit le gouvernement algérien.

Aussi, nous saisissons l’occasion de votre visite à Alger pour vous demander instamment :

- De bien vouloir nous accorder une entrevue afin de vous éclairer sur l’état des atteintes aux droits
humains et aux libertés fondamentales en Algérie,
- d’exiger du gouvernement algérien la libération immédiate des détenus Mozabites et la réparation
des préjudices qu’ils ont subis,
- d’exiger du gouvernement algérien de mettre un terme à toute violence policière et aux
harcèlements administratifs et judiciaires exercés contre les organisations et les personnes qui
agissent pacifiquement et démocratiquement pour défendre des droits légitimes et légaux,
- d’exiger du gouvernement algérien de cesser les intimidations contre Mme Kamira Nait Sid et de
réparer les dommages matériels et moraux qu’elle subit, elle et sa famille,
- d’exiger du gouvernement algérien qu’il respecte de manière réelle et effective ses obligations
internationales.

Nous savons, M. Le Secrétaire Général, que vous avez fait de la promotion du respect des droits de
l’homme une priorité de l’ONU et que vous êtes l’initiateur du programme « les droits humains avant
tout ». Aussi, nous sommes persuadés que vous serez intransigeant avec le gouvernement algérien sur
cette question.

Veuillez agréer, Monsieur le secrétaire général, l’expression de notre haute considération.

P/le Bureau Mondial et le Conseil Fédéral du CMA
Kamira Nait Sid, Présidente

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SIWEL 031243 MAR 16



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