" La Kabylie pittoresque " : revue coloniale "artistique et littéraire" décrivant la Kabylie de 1887

07/06/2016 - 14:21

ARCHIVES COLONIALES (SIWEL) — En vue de restituer au peuple kabyle l'ensemble des archives coloniales qui le concerne en premier lieu et que le pouvoir colonial arabo-islamique d'Alger, ayant succédé à celui de la France, ne risque pas de mettre à la disposition de la Kabylie, Siwel propose de mettre régulièrement à la disposition de ses lecteurs tout documents d'archives désormais disponibles, ou encore des documents rares difficile à se procurer.
Siwel propose ici la découverte d'une revue artistique et littéraire sur la Kabylie "pittoresque" : Une série de 6 numéros édités en 1887. Siwel publiera un numéro par jour. Ci-après le premier numéro


" La Kabylie pittoresque " est une revue qui se définissait comme artistique, littéraire et "apolitique", ambitionnait de faire découvrir la Kabylie à ses lecteurs à travers des description de voyages, de gravures etc. Cependant, les écritures, les poèmes et autres extraits littéraire en langue arabe introduits dans cette revue sur la "Kabylie pittoresque" laisse entrevoir la politique coloniale française de dépersonnalisation du peuple kabyle; une politique sournoise, qui tout en flattant dans le discours, les "beaux et intelligents kabyles", si différent des arabes (en mieux biens sûr), mais qui dans les faits, organisait concrètement son assimilation totale au monde arabe, notamment à travers la mise en place de "bureaux arabes" en plein pays kabyle.

Aussi, il va de soi que tout document de type coloniale se doit d'être pris avec des pincettes, tant il est vrai que l'administration coloniale française a été la première à dépersonnaliser le peuple kabyle, non seulement en instituant des bureaux arabes en Kabylie mais aussi en dékabylisant les noms de lieux ainsi que les noms de famille kabyles, ôtant les préfixes kabyles "At" pour leur substituer des préfixes arabes en Ben, Bou, Ould etc.,

Néanmoins, les documents coloniaux sur la Kabylie constituent les seules sources d'informations disponibles, la société kabyle, comme la plupart des sociétés Amazighes, est de tradition orale alors-même que, paradoxalement, les Tifinaghs, écriture originelle des peuples Amazighs, constituent l'une des premières écritures de l'humanité.

Aussi, de tous ces documents coloniaux, il convient d'en tirer le meilleur, le plus d'informations possibles sur les kabyles d'il y a un siècle et demi mais sans pour autant perdre de vue la nature "coloniale" des ouvrages dits scientifiques, littéraire ou artistique édités au cours de ces périodes.

N'oublions pas qu' à ce jour, la France persiste à faire de la Kabylie le "petit morceau" d'un monde arabe fantasmé par des "orientalistes" français en mal de de thé à la mente, de loukoum et de danse du ventre. La Kabylie, africaine et méditerranéenne

zp,
SIWEL 071421 JUN 16



"La Kabylie Pittoresque" N° 1, Tizi-Ouzou, le 01/03/1887

Couverture du premier numéro de la revue Kabylie pittoresque dans laquelle transparaît nettement l'influence de l'orientalisme français, notamment à travers les écritures en arabe et le nom même de la Kabylie calligraphié en arabesque ...  (PH/BNF)
Couverture du premier numéro de la revue Kabylie pittoresque dans laquelle transparaît nettement l'influence de l'orientalisme français, notamment à travers les écritures en arabe et le nom même de la Kabylie calligraphié en arabesque ... (PH/BNF)
LA KABYLIE PITTORESQUE

A NOS LECTEURS


L'attrait qu'exerce sur l'imagination la contemplation des grandeurs de la nature, des sites pittoresques et toujours variés, répandus à profusion dans toute l'étendue de cette Suisse Algérienne qu'on appelle la Kabylie, est tellement irrésistible, que l'habitude des autres spectacles ne saurait être assez puissante pour en défendre la curiosité. Le caractère que revêt cette nature est grandiose et inspire un sentiment d'admiration ; elle, frappe, elle saisit, elle émeut.

De tous côtés, aussi loin que le regard peut s'étendre, les campagnes verdoyantes et pleines d'une riche végétation, les gorgés profondes, les coteaux que couronnent les forêts d'oliviers et les nombreux villages Kabyles, si coquettement placés, de distance en distance, sur tous les sommets, offrent le coup d’œil le plus enchanteur. La masse du Djurjura, comme un amas de montagnes majestueuses aux flancs âpres et hérissés, se révèle fière et imposante : les torrents baisent ses pieds, des bois s'enroulent à ses genoux et tapissent les gorges alpestres, une ceinture de rocs géants se boucle à sa poitrine et les neiges étincelantes comme un diadème ceignent son front d'un incomparable éclat.

Quant on parcourt ces sentiers aux pentes escarpées, qui se déroulent dans la montagne en mille sinuosités originales, à chaque pas les vignes s'enlacent aux ormeaux et aux frênes, montant avec leurs troncs, s'épanouissent avec leurs rameaux et laissent retomber comme des panaches leurs feuilles et leurs raisins ; sur leurs deux bords les chênes et les oliviers s'entrelacent étendant leurs rideaux mouvants;- mille ruisseaux retombent en cascades pour aller grossir les oueds qui coulent au bas/ prêtent leur voix à ces riches décors. On reste immobile en face de cet admirable spectacle : les émotions du sublime ne s'épuisent pas !

Divers écrivains distingués, ont déjà publié des ouvrages précieux et entrepris la description de cette contrée merveilleuse, animée par les indigènes aux costumes divers, aux mœurs primitives et aux coutumes étranges ; nous entreprendrons à notre tour par la plume et le crayon, d'esquisser la physionomie particulière de ce beau pays que, de plus en plus, l'intrépide touriste et l'amateur du pittoresque viennent admirer.

Dans nos voyages en Kabylie, nous gravirons ses montagnes ; nous parcourrons ses vallées et pénétrant ensemble avec nos lecteurs sous le toit des habitants, nous ne négligerons aucun des moindres détails de leur existence ; nous essayerons enfin, de faire connaître sous tous ses aspects, ses couleurs locales, cette charmante contrée que nous habitons nous-mêmes depuis longtemps. Né en Algérie possédant le langage du pays aussi bien que quelques connaissances de la littérature orientale qui nous aiderons sans doute, la tâche ne sera pas au-dessus de nos forces, nous l'espérons du moins. Mais pour réussir dans notre entreprise.... nous avons besoin que nos efforts soient soutenus, encouragés, par tous ceux qui aiment et s'intéressent à l'Algérie, aussi n'hésitons-nous pas à placer notre œuvre sous leur patronage.

Nous accueillerons toujours avec gratitude, en leur réservant une large hospitalité dans les colonnes de notre Album-journal, toutes les communications littéraires ou les dessins que les personnes désireuses de collaborer à notre œuvre, voudront bien nous adresser.

Tizi-Ouzou, 1er Mars 1887.

Léon PAX.


Ci-dessous l'impression originale du 1er mars 1887

(PH/BNF)
(PH/BNF)

Les "palmiers" sur le croquis ci-dessous ne semblent pas naturels: tant il est vrai que les seuls à avoir planté des "palmier en Kabylie sont les administrations coloniales françaises, puis algériennes. Autrement, le palmier, ne fait pas du tout partie du paysage naturel de la Kabylie

Petite mosquée de Djemâa n Saharidj, parfaitement intégrée au paysage naturel kabyle, les palmiers en moins, evidemment (PH/BNF)
Petite mosquée de Djemâa n Saharidj, parfaitement intégrée au paysage naturel kabyle, les palmiers en moins, evidemment (PH/BNF)

Croquis d'un laboureur kabyle où pas un seul palmier n’apparaît à l'horizon et pour cause, le palmier n'étant un arbre de montagne (PH/BNF)
Croquis d'un laboureur kabyle où pas un seul palmier n’apparaît à l'horizon et pour cause, le palmier n'étant un arbre de montagne (PH/BNF)
A NOS LECTEURS

Nos dessins, tous pris d'après nature, paraîtront les premier, dix et vingt de chaque
mois, en fascicules de quatre feuilles du même format que ceux publiés aujourd'hui.

L'Album-Journai contiendra dans chacun de ses numéros, trois grandes reproductions lithogrphiées représentant exactement les sites qui nous sembleront dignes d'attirer l'attention, les indigènes dans leurs occupations habituelles et enfin les intérieurs avec leurs aménagements primitifs qui de tous temps ont charmé l’œil de l'observateur.

Réunis, nos dessins formeront annuellement une collection magnifique d'environ
150 vues des plus variées, embrassant toutes les parties de la Grande Kabylie; en outre, nous ferons paraître tous les mois, indépendamment de divers dessins hors texte,des reproductions de pièces écrites en caractères arabes, avec leur traduction en français en regard et dans le cours de l'année une vue de chaque centre européen de la région.

Nous ne commencerons nos études sur la Kabylie qu'à partir du prochain numéro qui paraîtra le 10 mars 1887, celui-ci n'étant adressé qu'à titre de spécimen.

Le cadre de l'Album-Journal « LA KABYLIE PITTORESQUE » comprendra chaque fois en texte les articles ci-après :

1. Pérégrinations en Kabylie;
2. un article spécial pour l'explication de nos gravures;
3. Une nouvelle ou une légende kabyle ;
4. Une lettre arabe ou un morceau de littérature traduit en français.


Nous publierons également, très souvent des fantaisies humoristiques, des poésies ou des jeux d'esprit, des nouvelles à la main, etc,.

Dans le but d'être agréables à beaucoup de nos abonnés nous réserverons la dernière page de notre ALBUM-JOURNAL pour l'insertion gratuit© de toutes les annonces et réclames qu'ils voudront bien nous adresser.

Aucune question politique ou administrative ne recevra asile clans les colonnes de la «KABYLIE PITTORESQUE. » Il en sera de même pour toutes les communications qui ne se rapporteraient pas à notre oeuvre dont le caractère est exclusivement artistique et littéraire.

Imprimerie A. BOUYER, Alger.
Le Directeur -gérant Léon DURRIEU


Ci-dessous l'impression originale du 1er mars 1887


Dernière page du premier numéro de la revue " La Kabylie pittoresque"




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