La France Jacobine / Un élu occitan entame une grève de la faim pour défendre sa langue

29/05/2015 - 18:01

BORDEAUX (SIWEL) — "Une langue ne meurt pas d'elle même, une langue ne se suicide pas, une langue il faut la tuer pour la faire disparaître. Tel est le cas dans l'État français pour les langues dites régionales." [...]

"En ce moment un élu officiel de l'État français a commencé une grève de la faim pour que cet État tienne ses promesses ! Une honte." [...]

" Avec David Grosclaude je dis : assez de mépris pour notre langue, et je rajoute : assez de mépris pour notre pays !"

Par Jean-Marc Pellet, in "Occitan-Touareg"


Occitanie - Bordeaux - Grève de la faim du conseiller régional d'Aquitaine David Grosclaude (PH/Occitanie-Touareg)
Occitanie - Bordeaux - Grève de la faim du conseiller régional d'Aquitaine David Grosclaude (PH/Occitanie-Touareg)
Occitanie, grève de la faim de David Grosclaude

État français, État démocratique ?

Cette question choquera sûrement la jeune génération.

Je suis de ceux qui ont reçu des réprimandes pour l'emploi de mots en "patois" à l'école laïque et républicaine.

Mon instituteur expliquait que c'était du mauvais français.

C'était encore l'époque où je pouvais rencontrer des hommes (majoritairement) qui ne s'étaient jamais adressé à leurs amis en français ! Et ils étaient nombreux à garder et à réserver leur langue maternelle aux échanges entre proches, pour les autres c'était la langue apprise à l'école, le français.

Il ne restait plus guère que cet "accent" si pittoresque du "midi" qui faisait sourire les touristes qui commençaient à envahir notre pays occitan.

Une langue ne meurt pas d'elle même, une langue ne se suicide pas, une langue il faut la tuer pour la faire disparaître. Tel est le cas dans l'État français pour les langues dites régionales.

Et oui, pour monter au front et se faire tuer pour un État il faut pouvoir comprendre les ordres. Pour faire un bon ouvrier dans les usines du nord il faut pouvoir entendre le chef d'équipe qui parle français. Pour faire un bon fonctionnaire, il faut savoir lire et écrire dans la langue du colon, le français.

Je suis passé par là, je suis passé par ce formatage, mais il me reste encore cette petite chose précieuse que je cultive avec amour : mon accent.

Heureusement, derrière cet accent, il se trouve un peu plus que du folklore, il se trouve une volonté de se battre pour libérer ce pays, mon pays, de cette tutelle colonialiste française.

En ce moment un élu officiel de l'État français a commencé une grève de la faim pour que cet État tienne ses promesses ! Une honte.

David Grosclaude élu conseiller régional en Aquitaine et délégué aux langues régionales, s'est installé à Bordeaux dans le hall de l'Hôtel de Région.

Je vais faire bondir nombre d'occitanistes mais ce n'est pas la politique de tel ou tel gouvernement qui est en cause, mais bien la structure de l'État français. Que ce soit la gauche, la droite, l'extrême-gauche ou l'extrême-droite à Paris, rien ne changera.

Tant que Paris décidera pour l'ensemble de son royaume, tant que Paris aura la certitude que tout lui est permis et tant que les différents peuples de l'État français laisseront faire, rien ne changera.

Il est des jours où je rêve que ma famille occitane regarde ne serait ce qu'un petit instant ce qui se passe à deux pas de chez nous, je pense en priorité à Barcelone et à la Catalogne.

L'État français n'est pas une création divine devant laquelle il faut se prosterner, l'État français n'est pas immuable et immortel, l'État français n'est qu'une structure administrative au service des intérêts de certaines populations.

Tout cela peut changer, tout cela peut se modifier, et même sans employer la violence.

David Grosclaude utilise en ce moment un moyen pacifique, les différents mouvements et partis politiques d'Occitanie et des autres peuples font de même en se présentant aux élections ; mais attention, la patience à des limites et si l'État français veut garder une certaine paix civile il doit cesser les provocations.

Avec David Grosclaude je dis : assez de mépris pour notre langue, et je rajoute : assez de mépris pour notre pays !

Jean-Marc Pellet

Source: Occitanie-Toureg

SIWEL 291801 MAI 15




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