"L'Anavad : Libérer la Kabylie de l'Engloutissement", une contribution de Dahmane At Ali

21/12/2015 - 10:46

CONTRIBUTION (SIWEL) — Les dictateurs successifs algériens que la Kabylie a subis depuis le « Hold-up de la libération », de 1962 jusqu’ici, n’eurent de programme politique pour la Kabylie que l’organisation de son sabotage économique. Par un essorage fiscal criminel, un étranglement systématique de toute opportunité d’investissement pour réduire les citoyens kabyles à la paupérisation, les poussant peu à peu au désespoir, à la résignation, à la détresse et au suicide, ou à l’émigration et l’exil.


Drapeau kabyle flottant sur la place des martyrs kabyles du Printemps Noir de 2001 qui a fait près de 130 morts et des milliers de blessés handicapés à vie (PH/DR)
Drapeau kabyle flottant sur la place des martyrs kabyles du Printemps Noir de 2001 qui a fait près de 130 morts et des milliers de blessés handicapés à vie (PH/DR)
Cette guerre silencieuse, mais consciencieusement menée contre un peuple, est soutenue par des stratégies tendant à favoriser le foisonnement des mosquées, ces lieux où prospère l’obscurantisme et la lixiviation de la raison. Car l’ancrage et la stimulation de la montée de l’islamisme politique et sociétal sur notre territoire, par des médias audiovisuels et la presse écrite interposés, par l’inoculation de l’amnésie dans l’école de la lobotomisation des esprits et en appoint, à travers des institutions sociales prodiguant plus des soporifiques religieux que d’assistance sociale, est l’arme fatale qui ne manquerait pas de faire le lit de la déchéance mentale et, par voie de conséquence, l’auto-annihilation inévitable de l’homme kabyle. C’est vers tous ces sombres plans que pointe la nouvelle compagne de « la pacification » de la Kabylie à l’algérienne inaugurée au pas de guerre au lendemain de l’indépendance confisquée.

Par rapport à l’apparent unanimisme factice, la voix de la Kabylie a toujours été clairement dissidente et lucide depuis 1962. Elle a de tout temps maintenu allumée la flamme de la contestation quand elle ne prônait pas le rejet catégorique, la rupture comme position politique vis-à-vis d’Alger ou carrément l’insurrection citoyenne ou armée. Rares, très rares sont les joutes « électorales » orchestrées par Alger qui suscitèrent un quelconque intérêt de la Kabylie. Veillant quasi-instinctivement à l’irreversible laïcisme ancestral de sa société et à la démocratie de ses institutions sociopolitiques villageoises, la Kabylie a naturellement rejeté le coup de force de la violente prise de pourvoir par la junte militaire, constituée par quelques bataillons de l’armée stationnés au-delà des frontières algériennes, juste après la proclamation de l’indépendance Algérienne le 03 juillet 1962.

La Kabylie, foncièrement attachée à son principe de pluralisme politique, avait spontanément contesté l’instauration brutale d’un parti unique dès septembre 1963 et sa politique d’oppression linguistique entamée aussitôt (Le triplet « Nous sommes Arabes » de Ben Bella résonne toujours dans les oreilles de nos ainés). Cultivant une haute valeur de la femme, la Kabylie, à travers ses nombreuses associations féministes, n’avait jamais cessé de dénoncer et de lutter contre le sort que la nouvelle loi algérienne réservait aux femmes, réduites au rôle de mineures à vie, de subalternes de l’homme, ou carrément d’objets mercantiles en ayant combattu sans répit le « le code de la famille » confectionné intégralement par des charlatans congénitaux aux esprits ombrageux.

La démonstration la plus affligeante de cette politique raciste et criminelle de l’Etat Algérien envers la Kabylie avait atteint son paroxysme en ayant franchi une limite que la raison ne peut consentir, lors des massacres du printemps noir entre 2001 et 2002. Voulant traumatiser profondément l’esprit et la mémoire collective du peuple kabyle et lui faire payer, y compris par l’effusion de sang, ses prises de positions politiques téméraires en faveur de sa libération de la tutelle d’Alger, le gouvernement algérien entreprit une sanglante répression en commettant une meurtrière expédition punitive en Kabylie au vu et au su des champions autoproclamés des « Droits de l’Homme ». Durant cette inqualifiable tragédie, la gendarmerie algérienne, à la manière d’une troupe d’occupation, organisa durant des mois, une répression meurtrière en Kabylie, en tirant à bout portant sur des manifestants pacifiques et désarmés, faisant pas moins de 128 morts parmi la jeunesse kabyle. Le printemps 2001 est transformé en l’horreur, consciencieusement prolongé pour durer des mois, que nul kabyle bien né n’est prêt d’oublier.

Devant l’hécatombe et des milliers de blessés, handicapés à vie, aucune indignation ni solidarité ne fut exprimée à l’égard du peuple Kabyle meurtri en dehors des personnalités étrangères à l’Algérie. C’est ainsi que dans la foulée de ces douloureux événements, afin de rompre avec cette politique sournoise fondée sur la violence outrancière que nul esprit sain ne peut admettre, le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) fut ainsi créé dans le feu de l’action alors que le sang kabyle n’avait pas encore cessé de couler.

Par la suite ce Mouvement se fut structuré à travers toute la Kabylie et se fut mué en Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie afin de rassembler davantage de Kabyles, déterminés à arracher le droit du peuple kabyle à présider souverainement à son destin commun.
Les violences incessantes que le peuple kabyle n’a cessé de subir durant sa longue histoire devaient cependant atteindre leur épilogue. Absolument. L’esprit éveillé et le réalisme politique de sa jeunesse devait présider à cet effet.

Qu’elles soient d’ordre moral, physique, économique, écologique, culturelle et religieuse, ces exactions endurées par le peuple kabyle ont toutes concouru pour lui faire prendre conscience de l’impassible constat, d’une indubitable certitude : La structure et la forme institutionnelles de l’Etat postcolonial algérien, ainsi que son mode de gouvernance, fondé sur le seul principe du viol de la conscience du peuple, le mépris et l’injustice, la rapine, l’institutionnalisation de la corruption à large échelle, sans le moindre scrupule et où l’incurie le dispute à la gabegie immorale, n’ont de remède que son abolition pure et simple. Un demi-siècle après son « indépendance » (d’elle-meme ?), cette vétuste structure avatar colonial (une politique coloniale d’administration de l’aliénation de masse) se destine inexorablement pour le rebut de l’Histoire.

Cependant, n’étant pas mandatée pour parler au nom des autres régions et groupes sociaux constitutifs des populations algériennes, la Kabylie ne put se prononcer unilatéralement à la place des autres pour l’abolition de cette structure étatique héritée du colonialisme français, sachant pertinemment que son opinion n’allait pas être partagée par d’autres régions influentes d’Algérie comme à l’accoutumée. En effet, la Kabylie considère que l’Etat post-colonial algérien atteint d’un incurable vice de forme, il était en effet en totale contradiction avec les aspirations légitimes des peuples que cet Etat est censé administrer. Le peuple kabyle se résout donc de s’exprimer lui-même pour lui-même et, à travers le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), il est contraint amené à réclamer avec une inflexible conviction que lui soit consenti le droit inaliénable de s’autodéterminer par rapport à Alger en vue d’exercer son imprescriptible choix souverain de disposer de lui-même, tel que le lui reconnait explicitement le Droit international dont il invoque l’application et tel que stipulé dans la plupart des textes juridiques internationaux de référence, qui sont tous ratifiés par l’Algérie.

En particulier, le peuple kabyle est mis en demeure de réclamer haut et fort ses droits usurpés, aliénés par l'Etat Algérien, décombres de l’impérialisme français. Ceux-ci lui sont explicitement reconnus dans la Déclaration des Nations Unies sur les Droits Des Peuples Autochtones, adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies le 13 septembre 2007 (Soixante et unième session, 107e séance plénière). Celle-ci stipule notamment :

ARTICLE 3 : Les peuples autochtones ont le droit à l’AUTODETERMINATION. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

ARTICLE 4 : Les peuples autochtones, dans l’exercice de leur droit à l’autodétermination, ont le droit d’être autonomes et de s’administrer eux-mêmes pour tout ce qui touche à leurs affaires intérieures et locales, ainsi que de disposer des moyens de financer leurs activités autonomes.
Inspiré par de nombreuses expériences modernes des sociétés élaborées et prospères, édifié par la voie sans issue d’opposition et de violence unilatérale entre le pouvoir central et les Kabyles, la lutte pacifique incarnée aujourd’hui par le MAK, fer de lance du mouvement national kabyle, s’est ainsi transformé en un nouveau chemin plus émancipateur, fondé sur la préservation de la paix et l’affermissement du progrès social pour le bien-être et l’épanouissement des peuples.

L’idéal kabyle s’étant traditionnellement toujours reconnu et inscrit dans des combats progressistes universels, fonde et élabore ses propres solutions en adoptant des voix révolutionnaires. A cet effet, nous devons toujours rappeler que l’Anavad est érigé pour proclamer au monde entier que désormais les Kabyles constituent une nation accomplie, qui dispose d’un territoire séculier et se distingue par sa langue, sa culture, son histoire et son identité. Les Kabyles s’affirment résolument et fièrement qu’ils constituent un peuple autochtone qui a une histoire vielle de plus de 9000 ans. Durant sa très longue histoire, notre vaillant peuple a contribué à travers ses dignes fils pour donner à l'humanité et à la civilisation universelle ses plus belles lettres de noblesses.

Nous n'avons jamais abandonné nos territoires, les terres de nos aïeux. Nos ancêtres, nos aînés se sont battus et se furent sacrifiés pour nous les préserver et les défendre contre les invasions étrangères belliqueuses quelles que furent leurs puissances. Des Phéniciens aux Romains, des Vandales aux Byzantins, des Arabes aux Espagnoles, des Turcs aux Français et, depuis 1962, la Kabylie affronte héroïquement la politique assimilationniste que cherche à nous imposer l’Algérie, l’état héritier de la France coloniale (créé en 1839 afin de justifier la conquête de la Kabylie).

Le peuple kabyle est foncièrement légaliste, c’est un peuple pacifique. Il n’a jamais agressé d'autres peuples ou conquis d'autres territoires qui ne furent pas les siens. Bien au contraire, il a de tout temps soutenu les plus faibles et secouru les peuples affligés par la pauvreté, par la disette ou par d’autres conquérants, car il sacralise la vie, la dignité et la liberté de tout être humain pour lequel il cultive une haute considération.

Afin de défendre judicieusement sa cause, l’Anavad invoque, respecte et veille à l’application du Droit International qui régit juridiquement les relations et conflits entre les nations du monde. Il récuse à cet effet la violence de ses moyens d'action, tant qu’il n’est pas agressé militairement chez lui. Il milite pacifiquement, mais décisivement, pour arracher les droits du peuple kabyle et reconquérir tous ses attributs desquels il fut spolié : sa langue, sa culture, son histoire, son identité et se réapproprier ses territoires. L’Anavad lutte afin d'arracher tous ces droits imprescriptibles inaliénables au peuple kabyle. Son combat se perpétuera tant que le monde est monde. Dut-ce lui couter encore des années, mais sa détermination ira crescendo jusqu'au triomphe suprême de la justice.

Son attachement à la liberté, à la démocratie, la laïcité, la justice sociale et au respect des Droits humains, a ainsi amené les cadres politiques kabyles à repenser et à réorienter son action politique en direction des intérêts immédiats du peuple de Kabylie et de ses voisins immédiats dans l’espace nord-africain et méditerranéen.

En affirmant ainsi notre présence incontournable dans le bassin méditerranéen, en assumant notre existence civilisationnelle et notre volonté de présider d’une manière autonome à nos destinées, sans dépendre économiquement de la perfusion entremêlée de chantage du pouvoir installé à Alger, nous nous voulons responsables et porteurs d’un modèle économique de développement et en fondant un édifice politico-administratif le plus élaboré au seul service de la promotion sociale de nos citoyens et des intérêts suprêmes de notre peuple.

Bilan partiel de l’action de l’Anavad et du MAK

Un premier bilan quinquennal de l’action du Gouvernement Provisoire Kabyle fait ressortir d’encourageantes et non moins audacieuses réalisations. En ayant pu canaliser et structurer la contestation grandissante, endiguant par là-même efficacement la manifestation de la violence et l’incurie des forces de répression, nous avons formulé et constitué au peuple kabyle des cadres et des instruments politiques autrement plus adéquats, à travers lesquels il peut désormais exprimer sainement ses aspirations légitimes.

Pour donner une véritable identité politique à la nation kabyle, dès début mars 2010, Ferhat Mehenni, alors président du MAK, avait écrit le texte et composé la musique de « Ass N Tlelli », l’hymne national kabyle et enregistré pour la première fois l’hymne avec la participation d’un chœur d’artistes kabyles engagés qui avaient bien voulu immortaliser de leur sublime voix cette historique production. Le MAK de son côté n’avait pas observé de répit à parachever la structuration de son mouvement sur toutes les communes et archs du territoire kabyle. Il avait en outre défini, conçu et formulé en détail les termes politiques d’un PROJET d’avant-garde pour l’édification d’un ETAT KABYLE (PEK), en totale conformité aux valeurs civilisationnelles authentiques, partagées par l’écrasante majorité des citoyens kabyles.

Les militants et responsables politiques du MAK, qui milite d’arrache-pied pour occuper le terrain, en s’exprimant exclusivement dans un kabyle parfait, a explicité et vulgarisé au sein de la société les objectifs politiques auxquels mire le mouvement national kabyle dans sa globalité afin de développer la conscience politique au sein de la société kabyle. Il a organisé durant ces 5 dernières années des centaines de manifestations publiques (Meetings, rassemblements, marches etc..) dont certaines ont été pourtant durement réprimées par les forces d’occupation coloniale algériennes, sans pour autant qu’on put enregistrer le moindre bris de glas!

Le MAK/GPK avait également fait voter démocratiquement et institué un spécimen de carte nationale d’identité kabyle (CIK), qui fut immédiatement prise d’assaut, émise et délivrée à tous les citoyens kabyles qui en firent la demande. De même, des centaines de sites internet d’information de tendance clairement nationaliste ont vu le jour sous l’impulsion du MAK/Anavad, notamment la création par le Gouvernement kabyle, pour la première fois de son histoire, de la première Agence d’Information Kabyle dénommer SIWEL (qui veut dire rapporter, relater, parler en kabyle) qui est devenu une incontournable source d’information et de communication qui donne de la voix à l’identité politique à la nation kabyle.

Toujours sous l’impulsion du MAK/Anavad et le précieux concours des militants kabyles (nationaux et diaspora), un spécimen de drapeau national kabyle a été démocratiquement élu parmi plus d’une centaines de propositions concurrentes. Le président de l’Anavad (Gouvernement Provisoire Kabyle), réélu par le Deuxième Congrès du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie en date du 09/12/201, considérant la décision du Conseil des Ministres de l’Anavad du 19/11/2012 de doter la Kabylie de son propre drapeau avait présenté officiellement le 10 Mars 2015 le modèle choisi par les électeurs kabyles, après ajustage technique en conformité aux normes internationales de l’héraldique et de la vexillologie.

Le drapeau national kabyle fut immédiatement accueilli avec beaucoup d’enthousiasme et de ferveur et levé avec fierté dans des centaines de lieux publiques et des villages de Kabylie mais aussi au sein de sa diaspora à travers les grandes métropoles du monde. Le point d’orgue de cette action fut le 11 octobre courant, il fut hissé à la place des nations devant le siège des Nations unies à New York en présence d’une foule enthousiasmée de la diaspora résidente sur le continent américain.

Sur le plan diplomatique l’avancée de la question kabyle n’est pas en reste. L’Anavad, sous l’impulsion de son infatigable président, militant de longue date des Droits de l’Homme, a multiplié ses rencontres avec de nombreuses ONG et personnalités politiques mondialement influentes afin de les sensibiliser de la justesse de la « cause kabyle ».

Et récemment, le représentant permanent du Royaume du Maroc aux Nations Unies venait de soutenir officiellement la revendication du droit à l’autodétermination du peuple kabyle lors de la séance organisée dans le cadre de la célébration du 70° anniversaire de l’Organisation des Nations Unies. Il n’est par conséquent que juste de considérer que le premier objectif, le premier jalon de la mission historique de l’Anavad est brillamment accompli.

Au contraire de tout isolationnisme ou d’un quelconque repli sur soi, l’Etat Kabylie démocratique et laïc, qui sera décisivement fondé sur des valeurs civilisationnelles et de progrès, auquel aspire la nation kabyle dans son for intérieur et dont elle envisage l’édification dans un futur proche, sera ouvert sur le monde libre et garantira l’épanouissement des droits fondamentaux de la personne humaine et son essor social et où les principes de liberté de culte, de pensée et d’entreprise seraient résolument consacrés.

Sur le plan géopolitique régional, comme un fidèle partenaire de l’ensemble de la communauté internationale, il pèsera de tout son poids, et exercera toutes ses forces et sa sagesse pour faire triompher l’idéal de liberté des peuples, dans la paix et le bien-être commun. Il contribuera efficacement à asseoir sur le plan régional un climat apaisé, fait de concorde mutuelle, d’entente bienveillante, de solidarité et d’amitié entre les peuples épris de paix.

En conclusion, nous pouvons donc estimer avec humilité que les militants pacifiques que la Kabylie a enfanté, malgré toutes les privations, les indigences matérielles multiples et les hostilités récurrentes auxquelles nous ne cessons de faire face, nous avons d’ores et déjà réussi à amorcer le premier déclic d’une authentique révolution politique sereine dont les ondes de choc ne manqueraient pas créer un « effet papillon », positif pour l’ensemble des peuples du sous-continent nord-africain et voire au-delà, dans l’ensemble régional du pourtour de l’espace méditerranéen, pour que puisse enfin triompher durablement l’idéal humain pour lequel la Kabylie se meut en cultivant les nobles valeurs civilisationnelles d’empathie, d’entente, d’amitié et de concorde entre les peuples.

Dahmane At Ali
Pise, le 15/12/2015.


SIWEL 211046 DEC 15




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