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François Hollande et le Makhzen marocain qui « chaque jour accomplit des pas décisifs vers la démocratie ».

05/04/2013 - 18:20

CASABLANCA (SIWEL) — Après sa visite-caution au régime mafieux de Bouteflika en Algérie, au Maroc, où des kilomètres de tapis déroulés sous ses pieds, François Hollande s’attèle à conforter son alliance avec le Makhzen marocain qui « chaque jour accomplit des pas décisifs vers la démocratie ». Nul doute que les amazighs d'Imider, d’El Hoceima, de Nador, d’Agadir, d'Anefgou et des diverses régions amazighs du Maroc soient très satisfaits des avancées démocratiques du Maroc.


Une seule consolationl à cette image: au moins les tapis ne sont pas amazighs (PH/DR)
Une seule consolationl à cette image: au moins les tapis ne sont pas amazighs (PH/DR)
La visite de François Hollande intervient dans un contexte où l'agitation sociale n’est pas en reste, où les peuples amazighs « tentent » d’arracher leurs droits et au moment où le gouvernement Benkirane, islamiste à souhait, commence à montrer son vrai visage, celui de tous les mouvements se réclamant de la même idéologie : l’arabo-islamisme. Toutes les promesses de justice sociale, de lutte contre la corruption et d'indépendance de la justice sont, sans surprise, restées lettre morte, particulièrement pour les amazighs du Maroc qui subissent de plein fouet la ségrégation raciale, malgré les reconnaissances de façade qui ont institué par exemple tamazight langue nationale et officielle. Le caractère national et officiel de la royale reconnaissance amazighe n’a pas empêché que ces derniers soient toujours spoliés de leurs terres, de leurs ressources, mais aussi de leur culture et de leur identité puisque les prénoms amazighs restent encore frappés du sceau de l’interdit. Plusieurs cas d’interdiction de prénoms amazighs ont été dénoncés par les organisations amazighes du Maroc.
Pourtant, Hollande n’a pas hésité à noter que le Maroc a «su construire un modèle qui assume si pleinement chacune des composantes de son identité, qu'elle soit arabo-islamique, amazigh ou saharo-hassanie, ou encore, comme votre constitution l'affirme, africaine, andalouse, hébraïque et méditerranéenne» et n’a pas hésité non plus à louer le modèle marocain «construit sur l'ouverture, la tolérance et le dialogue».

On suppose qu’avant de dire tout cela, François Hollande, ne s’est pas rendu à Agadir pour rencontrer la population autochtone de «TADOUART qui subit une spoliation des ses terres». On suppose qu’il ne s’est pas non plus rendu à Imider où les habitants tentent vainement d’arracher leurs droits légitimes face à une société qui les a spoliés de leur terre, de leur ressource et qui pollue gravement leur environnement. Pour rappel, la Société métallurgique d’Imider (SMI), une société vorace qui exploite sauvagement une mine d’argent avec des conséquences écologiques catastrophiques pour la région, a même obtenu du Makhzen, dont François Hollande loue les « avancées démocratiques », l’incarcération de bon nombre de militants qui s’opposaient à ces crimes « économiques ».


la marche des enfants d'Imider en septembre 2012(PH/DR)
la marche des enfants d'Imider en septembre 2012(PH/DR)
Malgré la répression, les jugements expéditifs, les incarcérations et les intimidations de toutes sortes, les citoyens d’Imider n’ont pas baissés les bras face aux « pas décisifs vers la démocratie » que le Maroc « accomplit chaque jour ». « Les pas accomplis » sont si décisifs que, pour rappel, en septembre 2012, environ huit cents (800) élèves ont pris part à une manifestation de protestation sur le mont Alebban, pour venir en soutien à leurs parents qui tenaient depuis aout 2011, un sit-in de protestation, regroupant des représentants des sept villages de la commune rurale d’Imider où la SMI exploite la mine d’argent et y génère des profits colossaux qui ne bénéficient absolument pas à la population locale qui demeurent soumise au chômage, au manque dramatique d’infrastructures de base, en plus d’une répression féroce généreusement administrée par sa majesté Mohamed VI.

En septembre 2012, sur une distance de quatre kilomètres, les quelques 800 enfants, regroupant des élèves du collège et du primaire ont marché pendant des heures en entonnant des chants amazighs et en portant des affiches dénonçant la misère, les problèmes de l’enseignement et la spoliation des richesses d'Imider, engloutie par le Makhzen. En effet, malgré la richesse de la région en ressources minières, il n’y a pas de transports scolaires. Dans le village d’Ikis, les enfants, sont obligés de subir des marches harassantes de plus de deux heures sur des chemins terriblement escarpées pour se rendre à l’école, si l’on peut qualifier ainsi les infrastructures scolaires où les élèves sont à 3 sur une même table et où les enseignants disposent de qualifications professionnelles plus que discutables.

Pour s’être soulevé contre les spoliations des terres et des ressources, pour avoir réclamé leurs droits et une répartition juste et équitable des énormes bénéfices de l’exploitation de « leurs » richesses, les habitants d’Imider ont eu comme réponse, répression, harcèlement, arrestations, et jugements expéditifs allant de 2 à 4 ans.

Mais peu importe tout cela, le Maroc « chaque jour accomplit des pas décisifs vers la démocratie ». Il n'y a cependant pas de quoi s'étonner de telles déclarations puisque le régime criminel de Bouteflika a déjà eu, lui aussi, sa caution démocratique, tout comme les putschistes de Bamako bénéficient quant à eux carrément du soutien militaire français pour la reconquête du territoire de l'Azawad...et pendant que les soldats de l'opération Serval réoccupent le territoire azawadien pour le compte de l’armée malienne, cette dernière, elle, s’affaire tranquillement à poursuivre le massacre du peuple touareg, une opération ethnique entamée dès 1960 à la suite de « l’indépendance » du Mali.


ib,
SIWEL 051820 AVR 13




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