Du «racisme» kabyle et du «vivre ensemble» algérien, une contribution de Kaci Mezaa

06/02/2016 - 16:37

CONTRIBUTION (SIWEL) — Vivre ensemble en Algérie ne signifie pas plus que vivre sous la férule arabo-musulmane. S’identifier comme Algérien revient à endosser ce que la constitution algérienne a de plus "précieux", inaliénable, non négociable et valable pour l’éternité: le tandem « arabe-islam ».


En Algérie, on naît arabe et musulman; libre à vous, si ça vous chante, de crier sur les toits que vous n’êtes ni l’un ni l’autre. À quoi bon? Dire que vous êtes Kabyle ne vous avancera à rien, les institutions algériennes ne vous l'approuveront pas. Dans les aéroports du monde entier, vous êtes classé parmi les citoyens des zones dites sensibles car l’arabe et l’islam charrient le terrorisme, et ça fait peur. La constitution algérienne l’affirme noir sur blanc et votre passeport en fait foi. Ça refait donc surface chaque fois qu’on voudrait le refouler et dans les moments les moins propices.

Étrangement, peu de Kabyles se considèrent colonisés. L’euphorie de 1962 semble toujours là et domine tout autre sentiment de mal-être voire de non-être… Etre colonisé ne peut être vécu comme tel que si on l’est par la France, un pays laïc et de langue française. Pas par une Algérie arabe et musulmane La France n’est plus en Algérie et encore moins en Kabylie. Ce sont en majorité les Kabyles qui l’ont fait partir et, ironie du sort, ce sont aussi les Kabyles qui partent en nombre vivre en France aujourd’hui. Une si belle patrie qu’on abandonne la mort dans l’âme.

La Kabylie arabo-musulmane est de moins en moins vivable. Les mosquées à perte de vue, émaillent les villes et les campagnes, les barbes poussent sur les visages, les voiles et les burqas font leur apparition en lieu et place des robes kabyles symboles d’une tradition millénaire. Seuls ceux qui ont comme l’impression que leur identité leur échappe et qui pensent que la vie devrait être belle sous le ciel de Kabylie s’insurgent. Ce sont les souverainistes. Et en Algérie, on les déteste. Le suffixe -iste rappelle les islamistes, ces hordes qui naguère ont mis toute l’Algérie arabo-musulmane à feu et à sang. Les mercenaires d’Allah voulaient alors plus d’islam et plus d’arabe, et pour ce faire ils ont éventré les femmes, décapité les hommes, brulé vifs les enfants, rasé les villages. Ils voulaient servir Allah. Au paradis de l'au-delà devait correspondre l’enfer d'ici-bas.

Les patriotes kabyles sont à ce point haïs en Algérie peut être encore plus que ces islamistes, car dit-on, leur combat est laïc et usent de cette plume honnie par ceux qui ne lisent pas et n’écrivent pas, et les Algériens dans leur majorité ne lisent pas et n’écrivent pas. A l'inverse, tout ce que les islamistes ont fait était à la gloire d’Allah. Et si à la fin, ils n’avaient de tort que celui d’avoir poussé le bouchon un peu loin? À la faveur du doute, on les a tous ou presque réhabilités ; aujourd’hui, ils ont pignon sur rue, certains siègent même au gouvernement, d’autres ont leurs partis politiques. Ceux qui appellent à l’autodétermination de la Kabylie, eux n'auront pas de pardon. Ils sont dangereux, eux qui cherchent à diviser l'Algérie des Algériens quand la même Algérie veut soustraire la Kabylie aux Kabyles.

On dit qu'ils sont racistes. D’ailleurs, Il n'y a pas que les Arabes qui l’affirment mais des kabyles en personne pour donner plus de consistance à l'affirmation et lui servir de caution. Il y a toujours un idiot du village parmi la smala des Kabyles de circonstance à envoyer au front par ceux qui, haut placés, tirent les ficelles. Il s’affirmera kabyle le temps de décocher des flèches en direction des kabyles qui s’affirment. Il s’érigera à l’occasion en donneur de leçon du vivre ensemble pour freiner la hargne « raciste » des militants kabyles, comme si dans un pays se définissant comme arabe, ou l'Etat agit comme un rouleau compresseur sur toute tête kabyle qui dépasse, il y avait encore de la place au racisme anti-arabe. Qu’à cela ne tienne !

Dans leur rhétorique haineuse, la logique est inversée et l’on apprend alors pêle-mêle que ceux qui nous abhorrent nous veulent du bien, ceux qui luttent contre le joug colonial sont subversifs, ceux qui annihilent une culture et son peuple sont des patriotes. L’anathème en est jeté lorsqu’on apprend que la Kabylie qui émergera de cette lutte sera laïque.

Il est vrai qu’on ne peut procéder autrement que par des arguments farfelus et le mensonge à tour de bras lorsque toute l'entreprise prend l’eau à commencer par cette Algérie même qui a toutes les caractéristiques idéologiques pour exister et s’épanouir à l’ombre des palmiers du désert arabique et confiner avec l’Arabie saoudite par exemple. Au beau milieu de l'Afrique du nord elle a tout bonnement l'air insolite, une aberration en somme. Pour avoir raison de l’ordre naturel des choses, le mensonge et le martèlement idéologique des mentalités deviennent alors une nécessité vitale.

Kaci Mezaa
SIWEL 061637 FEV 16



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