Discours du Président de l’Anavad, M. Ferhat Mehenni, au III° Congrès du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie

02/03/2016 - 14:02

AT ZELLAL (SIWEL) — Le président de l'Anavad (Gouvernement provisoire kabyle), Mass Ferhat Mehenni, a délivré un message entièrement en kabyle aux congressistes, à l'occasion des travaux du IIIè congrès du MAK à At Zellal. M. Damane At Ali a eu l'extrême amabilité d'en faire la fidèle traduction en français, que nous livrons ci-dessous à nos lecteurs.


Discours du Président de l’Anavad, M. Ferhat Mehenni, au III° Congrès du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie
Discours du Président de l’Anavad, M. Ferhat Mehenni, au III° Congrès du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie.

Salutation fraternelle à vous tous,

Aujourd’hui je m’exprimerai exclusivement en langue kabyle, la langue que ne surpasse en excellence nulle autre langue à travers le monde.

Mon premier mot est un message d’un père à son fils. En effet, c’est pour la cause de l’Indépendance, la Liberté et la Dignité que nous nous sommes levés, c’est pour abolir l’esclavage et vaincre l’asservissement, c’est pour rompre les chaines d’acier avec lesquelles nos ennemis nous ont noués à ce jour.

Tout congrès, de quelque organisation politique qui soit, qui prône la lutte pour la liberté du peuple duquel il émane, a toujours été un moment historique. Tel celui qui nous réunit en ce jour, c’est avec les forces intrinsèques de nos bras qu'ensemble nous porterons sa charge. Nous ne compterons que sur nous-mêmes, sur nos propres potentialités et nous n’attendrons point d’autre appui de quelque étranger pour agir.

Kabyles, femmes et hommes, il nous incombe donc que nous retroussions nos manches. L’histoire n’étant point un leurre, ni n’est une fuite en avant, ce n’est non plus pas une cause individuelle, celle qui ne mobilise que celui qui poursuit des intérêts purement personnels. Tant le peuple kabyle s’est de tout temps mué comme une seule grande famille, mieux encore, il s’est comporté comme une seule et unique personne devant les vicissitudes que l’Histoire lui charria à travers les siècles. C’est une nation que l’Histoire attend afin qu’elle puisse accéder enfin à sa liberté et s’affirmer en tant que telle au nombre des nations de ce monde. A ce titre, notre nation mérite elle aussi sa place parmi celles qui siègent au sein de l’Assemblée de l’Organisation des Nations Unies.


Chères sœurs, chers frères,

Il n’y a point de liberté dont ne consentirait s’acquitter du prix un individu, un groupe ou un peuple qui aspire à la conquérir. Elle serait à même de lui en couter de la sueur, du temps, de l’argent, des larmes et voire même du sang.

Bien que nous prônions la voie politique, qui est par essence pacifique, nous ne sommes cependant point à l’abris d’un autre épanchement tragique de notre sang et des inconsolables meurtrissures de nos mères, car nous n’ignorons guère que, tôt ou tard, non faute d’avoir éprouvé les ignobles crimes dans un passé encore récent, notre ennemi, incarné par le régime algérien, recourra un jour ou l’autre à exercer, une fois de plus, sa sanguinaire répression contre nous. Aussi, il ne nous est plus permis de laisser quiconque semer la mort parmi nous, pendant que nous ne nous lui opposions que des larmes comme seule arme de riposte des infortunés.

Gandhi est un grand Homme prestigieux qui mérite notre déférence. Cependant, à son époque, il eut à affronter durant sa lutte des régimes coloniaux certes, mais qui ne profanaient point toutefois le caractère sacré de la vie humaine, la dignité humaine et ses imprescriptibles droits. Dans notre tragique cas, nous affrontons des écervelés. Si nos ennemis possédaient réellement quelque sagesse, ou quelque vertu à faire prévaloir, qu’ils consentent alors à l’étayer et à nous affronter par la controverse, politiquement. Mais nous savons tous qu’en politique, ils ne peuvent nous tenir tête, ils en sont incapables, ils ne peuvent tenir la moindre controverse devant nos imparables arguments. Ils se disent qu’il n’y a qu’avec la violence et le fer et le feu qu’ils peuvent avoir raison de nous.

Voyez-les, ils occupent toutes collines, tous belvédères, toutes parts de la Kabylie, par hantise à parer à un redoutable soulèvement insurrectionnel des Kabyles en quête de leur liberté.

C’est pour cela que je lance un appel à nos jeunes afin qu’ils se mobilisent tous pour leur liberté, leur honneur et leur dignité, c’est la Kabylie qui nous appelle.

Le dicton d’autrefois dit « on pense à faire son lit avant d’être harassé par le sommeil », pour notre part nous devons plutot veiller à organiser notre résistance la main dans la main, dans l’unité politique afin que nous puissions affronter et vaincre toute adversité, quelle qu’elle soit, nous devons nous apprêter à faire face à toute calamité criminellement fomentée contre notre survie et attentant à l'intégrité notre patrie, la Kabylie.

Le chemin de Liberté est tracé, déblayé de toute embuche, c’est le seul sentier de vérité, celui qui le chemine arriverait à bon port. « Nous ne remettons pas à cuire les os dont nous avons tiré pitance la veille » (proverbe kabyle, NDT) tant vous n’êtes pas sans ignorer quels tourments nous accablent, et tout ce qui est advenu pour que nous en soyons arrivés là.

Aujourd’hui, en tant que Président de l’Anavad, le Gouvernement Provisoire Kabyle, il m’est un devoir de présenter devant notre auguste Congrès le bilan des actions accomplies depuis me fut confié l’honneur d’assumer la charge de Président de l’Anavad.

D’emblée, l’Anavad lui-meme, de par son existence déjà est un acquis, beaucoup n’avaient pas cru que nous soyons capables de l’instituer. Lorsqu’il fut né le premier juin 2010, certains avaient eu le culot jusqu’à nous lapider dans la presse du régime algérien, ils prétextèrent alors que nous n’avions pas le droit d’instituer cette instance sans passer par les urnes. Comme s’il exista quelque précédent dans l’histoire où un gouvernement provisoire dans le monde, fut instauré par le suffrage des urnes ! La naissance de l’Anavad fut une étape qui rehaussa à un niveau supérieur le débat qui eut court alors autour du concept de l’autonomie. De « De quoi nous nourririons-nous ? », on grimpa d’un cran au niveau du « Ils n’ont aucun droit d’instituer l’Anavad ». Mais, le proverbe dit « Reprend-le de vouloir manger de l’orge, il oubliera le blé » .

Depuis que fut érigé l’Anavad, le nom du Kabyle a gagné en visibilité parmi les nations de ce monde. La majorité des nations prestigieuses nous ont ouvert leurs portes, aucune ne nous fut hostile. Les Etats Unis d’Amérique (USA), Le Canada et le Québec, L’Allemagne, l’Italie, le Royaume d’Espagne, le Royaume de Belgique, la Confédération Suisse, les Nations Unies ainsi que celles que nous avions pu rencontrer dans un cadre bilatéral et auxquelles nous eûmes l’opportunité d’expliquer le droit d’autodétermination du peuple kabyle que nous réclamons.

Sur le plan national kabyle, nous avons focalisé notre action à doter la Kabylie et la nation kabyle des attributs d’un Etat souverain :

1)- Nous avons fondé l’Agence Kabyle d’Information SIWEL doté de son site « Siwel.info » dont le nombre de visites dépasse quelque fois le nombre de 150 000 visites quotidiennes. (Nous remercions avec gratitude ceux qui œuvrent pour que ce site se professionnalise en se perfectionnant de jour en jour).

2)-Nous avons rétabli l’honneur de nos patronymes authentiques en instituant la Carte d’Identité Kabyle. Ce sont des milliers qui en avaient introduit la demande et qui l’ont eue, en l’exhibant non sans marque légitime de fierté.

3)- Nous avons composé, enregistré et diffusé un hymne national kabyle qui fut spontanément adopté et entonné de chœur à toutes les solennités nationales kabyles.

4)- Nous avons transposé notre combat de l’horizon de l’Autonomie à celui, plus large, de l’Autodétermination.

5)- Lors de la catastrophe des intempéries d’enneigement de 2012, qui imposa un véritable blocus par suite de l’enclavement de presque tous les villages de Kabylie, nous avions lancé un appel pressant à la solidarité nationale auprès de notre diaspora kabyle à travers le monde, nous avions alors pu mobiliser des fonds conséquents grâces auxquels nous fumes venus en aide à nos compatriotes nationaux pour rompre l’isolement et dans lequel l’Etat algérien les abandonna. Nous devons exprimer notre gratitude à Mass Bouaziz et ceux qui étaient avec lui pour prêter main forte afin que les bénévoles du MAK pussent atteindre tous les villages coupés du monde (par suite à l’enclavement des routes). A chaque fete de Yennayer (Jour de l’an Amazigh), à chaque commémoration du « 20 Avril », nous émergeons comme seule force politique rassembleuse qui surpasse toutes les autres qui ont un ancrage en notre patrie, la Kabylie.

6)- Nous avons conçu et institué, le plus prestigieux des attributs de souveraineté kabyle, l’ANAY (Drapeau) National Kabyle. Par son entremise, le citoyen kabyle s’est réapproprié le respect et la considération des autres peuples. Aujourd’hui, il est brandi et levé en toute contrée du pays kabyle, au sein de toutes les capitales du monde moderne où vit une communauté de diaspora kabyle. Celui qui le voit, illumine son visage de bonheur et de légitime fierté.

7)- Sur la plan international, la Kabylie et le peuple kabyle émergent au sein des nations unies dès le moment qu’un membre, le Royaume du Maroc, avait explicitement appelé l’Assemblée de l’ONU à introduire en discussion la question du droit légitime d’autodétermination du peuple kabyle.

Chères sœurs, chers frères

J’estime humblement avoir accompli ce qui me fut possible. J’ai le devoir de remercier messieurs les ministres qui avaient œuvré de concert à mes côtés, ceux qui ne furent point tentés par le chemin du dévoiement, ceux qui se tinrent debout, fermes aux cotés et à l’écoute du devoir envers la mère patrie.

En vérité, je n’aurais pas souhaité me représenter pour un second mandat pour la charge du président de l’Anavad. Cependant, ayant reçu votre insistent appel à chaque pré-congrès m’enjoignant de parachever cette historique marche qu’ensemble nous entreprîmes, je ne pourrais me dérober à l’appel de Taqbaylit (le nom kabyle de la Kabylie).

Mais, je ne me représenterai pas pour la forme, encore moins pour une mission anodine. Je me représenterai afin d’atteindre le minimum des objectifs : La mise sur pied de L’Agraw Aɣelnaw Aqvayli (Assemblée Nationale Kabyle) afin qu’il puisse œuvrer à la préparation de la constitution de la Kabylie.

Avant cela, dans les prochains mois, nous allons remettre au Bureau de l’ONU, un Mémorandum de revendication par voie officielle du droit d’autodétermination du peuple Kabyle.

Afin que nous puissions être digne de ce pourquoi nous luttons, il est nécessaire de faire sentir à chaque Kabyle, femme et homme, qu’il est également impliqué sur le terrain politique. Je lance un appel à notre jeunesse, filles et garçons, aux étudiantes et aux étudiants de l’université ou dans les lycées, de se joindre à nous, de se lever pour réclamer leur propre liberté et la liberté de leurs futurs enfants demain.

Nous devons soutenir les investisseurs, nous ne devons pas les abandonner en proies faciles que le régime oppresseur aberre par les redressements fiscaux iniques pour les briser afin qu’ils ne puissent plus se relever.
Nous devons dire aux militaires et aux policiers kabyles de nous aider contre les terroristes et le régime algérien.

Je lance un appel aux militants de Tamaziɣt de prêter leur concours pour la Kabylie et son droit pour l’autodétermination.

Si vous m’accordez votre confiance, je me montrerai homme, capable de reconquérir les droits de la Kabylie qui lui sont aliénés.

Avant de terminer, je transmets mes salutations militantes aux détenus politiques mozabites, Dr. Kamel Eddine Fekhar et ses compagnons.

Je m’incline devant les peuples du mondes en lutte pour arracher leur liberté, qu’ils soient de la famille Amaziɣ ou non.

Vive la Kabylie Indépendante.

Vive le peuple kabyle libre.

Vive l’Autodétermination de la Kabylie.

Gloire à ceux qui sacrifièrent leur vie pour la Liberté, l’identité et la dignité des Kabyles, notamment les Martyrs tombés au champ d’honneur lors de la Résistance contre l’occupant étranger , aux Martyrs de 1963-64, ceux du Printemps Noir ainsi que tous ceux qui furent assassinés à cause de leur kabylité.
III° Congrès de l’Autodétermination de la Kabylie.

III° Congrès du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie.
26/02/2016
Mas Feṛḥat At S3id (MEHENNI)


Traduction du message original en kabyle vers le français par Dahmane At Ali

SIWEL 021402 FEV 16



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