Commémoration du 20 AVRIL 1980. Contribution de Sakina AT SLIMAN/AIT AHMED

08/04/2014 - 12:36

PARIS (SIWEL) - "Depuis ces événements et à ce jour, c'est un autre destin qui habite et anime en profondeur la Kabylie! Le projet de L'autodétermination et le choix soit de l'autonomie régionale ou de l'indépendance!"
Par Sakina AT SLIMAN/AIT AHMED


Commémoration du 20 AVRIL 1980
Par Sakina Ait-Ahmed


« UN CORDON SANITAIRE » entoure la Kabylie :

« LES GENDARMES CONTRÔLENT TOUS LES PASSAGES » France-soir 17/4/1980

ALGÉRIE: LA KABYLIE EN ÉTAT DE SIÈGE Quotidien de Paris 24/04/1980

ALGER accuse la FRANCE et le MAROC d'abriter les organisations « instigatrices » des troubles de Grande Kabylie, La Nouvelle République 25/04/1980

Troubles à EL KSEUR et AMIZOUR « Les auteurs sont condamnés à des peines de prison »

« Liberté Linguistique et droit des peuples » Hocine Aït Ahmed apporte son soutien à Mouloud Mammeri , il dénonce la répression anti kabyle Le Monde 27-28/4/1980

Les Députés (fln) des wilayas de Béjaïa, Bouira, Tizi Ouzou et d'Alger appellent les citoyens à se mobiliser pour la Révolution et l'unité nationale El Moudjahid

-L'UGTA condamne les ennemis de la révolution » El Moudjahid

-L'UNJA appelle la jeunesse à se démarquer des manœuvres des milieux réactionnaire et à renforcer les cadres naturels de la révolution! El Moudjahid 23/04/1980

Cette profusion des titres de journaux internationaux, et il y en a encore d'autres, car de national il n'y avait que la « voix de son maître » en l'occurrence El Moudjahid, l'éclosion du Printemps Berbère du 20 Avril 1980 a projeté sur le devant de la scène algérienne et internationale la revendication identitaire et culturelle des peuples AMAZIGH. Depuis cette date historique rien ne sera plus jamais comme avant.

De l'incompréhension d'une «interdiction » injustifiée de la tenue d'une conférence, aux yeux du pouvoir par « le subversif » Mouloud Mammeri, qui est en réalité un enseignant à la retraite auteur justement, de ces « Poèmes kabyles anciens » qui semble provoquer la gale et l'urticaire chez nos dictateurs, à la révolte face à un pouvoir inhumain qui nie l'essence même d'un peuple: « ses racines » IZURAN , sa langue sa culture!


LES EVENEMENTS DU 20 AVRIL 1980

Dès les premières années qui ont suivi l'indépendance malgré l'intervention de quelques personnalités et formations politiques, les langues populaires notamment Amazigh (Taqbaylit, tacawit, tamzabit, tamacek) sont délaissées à leur propre sort, sans budget ni politique, et ce au bénéfice de l'arabe classique, décrété langue « nationale », d'enseignement, d'administration et d'information.

C'est la mise en place de l'arabisation de fond et de forme des programmes scolaires, des administrations, des médias (presse, radio, télévision) et une politique de culpabilisation ambiante mise en place sur les masses populaires mais qui vise plus particulièrement les Imazighen

UNE CHRONOLOGIE DES FAITS IMPLACABLE

Dès les toutes premières années de l'indépendance, on assiste à une détérioration des programmes et à une réduction continue du temps d'émission de la « Chaîne II, radio nationale émettant en Kabyle »

Vers 1970-71 Sur intervention du gouvernement algérien, suite à une réduction progressive de ses horaires, une chaine radio qui émettait en kabyle en direction de l'immigration kabyle (très importante) dans le cadre de l'ex ORTF est totalement supprimée.

1974 : Suppression de la chaire de berbère à la faculté des sciences humaines d'Alger. Il est proposé à son titulaire, en l'occurrence Mouloud Mammeri d'enseigner le français.

1974 Lors d'une importante manifestation culturelle annuelle « la fête des cerises » à Larbaa Nath Iraten où devait se produire le lendemain la pièce de théâtre « A Mohand ddem tabalizt ik » sur invitation du maire de la troupe de théâtre composées d'étudiants et étudiantes kabyles de la cité universitaire de Ben Aknoun» la tentative d'arabisation forcée, la veille où il a été fait interdiction à des artistes kabyles (Aït Menguellet et Ferhat Imazighen Imula) en particulier, il s'en est suivi de violents affrontements entrainant l'arrestation d'une vingtaine de lycéens.

A la même époque, des jeunes manifestent partout; Sidi Aïch, Dellys, ils sont violemment réprimés, entrainant des incorporations d'office, mutilations et emprisonnements etc...

1975, Kateb Yacine déclare dans le Journal Le Monde: « Nous sommes une majorité tronçonnée. » « Prendre conscience de notre identité est urgent » il ajoutera plus loin:
« Une démocratie dans laquelle le débat idéologique serait absent ou faussé n'est qu'un défilé de militaires . »

1976 Arabisation d'office des noms de personnes et des enseignes commerciales. Les noms et enseignes à consonance berbère sont interdits

1977 Lors de la victoire de l'équipe de football, la Jeunesse Sportive de Kabylie et ce en présence du chef de l'Etat Houari Boumediène, le club est sommé de changer de nom. Du stade du 5 juillet, les supporters manifestent nettement leur hostilité à la politique d'arabisation du pouvoir et ce en présence de Boumédiene La foule descend du stade du 5 juillet et manifeste dans les rues d'Alger.

1978 Les étudiants de l'université de Tizi-Ouzou invitent Aït Menguellet pour un récital. L'autorisation préalable « et nécessaire » on le sait, est refusée.

1979 La pièce de Kateb Yacine, La guerre de 2000 ans est censurée

Juin 1979 Une troupe Mozabite et une autre Chaouie (des Aurès) invitées à Paris dans le cadre d'un festival d'expression amazigh sont interdites de sortie du pays

Fin 1979- début 1980 Des campagnes d'actions violentes sont menées par des arabisants intégristes (agressions, grèves, etc..) les autorités laissent faire.

Janvier 1980 La troupe artistique chaouie Azrou est collectivement arrêtée.

Début mars, les étudiants du comité de la cité de Oued Aissi invitent l'écrivain Mouloud Mammeri à une conférence au centre universitaire de Tizi Ouzou sur le thème de son ouvrage récemment publié, «Poèmes kabyles anciens »
Sans s'opposer ouvertement à cette conférence, le recteur fait savoir verbalement aux organisateurs qu'il souhaiterait son report, compte tenue de l'hostilité des autorités locales.
Toutefois, aucune décision d'interdiction n'est notifiée

Lundi 10 mars alors qu'il se rend à Tizi Ouzou, en compagnie d'un ami et d'un chauffeur du C.R.A.P.E pour tenir sa conférence prévue à 14h30 dans l'amphitéâtre de Hasnaoua, Mouloud Mammeri est intercepté par la police à Draa Ben Khedda. Un autre barrage avait été installé à Boukhalfa, à 11 km de Tizi Ouzou.

Les passagers de la voiture se voient retirer leurs papiers pour vérification. Ils sont conduits au siège de la wilaya où le secrétaire général en compagnie du directeur de la Sûreté leur signifie l'interdiction de la conférence pour risque de troubles de l'ordre public et leur demande de quitter la wilaya sur le champ

Refusant d'obtempérer, Mammeri, accompagné de policiers se rend chez le recteur pour lui demander des explications. Ce dernier, complétement désemparé, déclare qu'il est soumis à des pressions intolérables de la part du parti du FLN et qu'en l'espèce, il se plaindra à son supérieur, le ministre Brerhi.

A 17h, dans l'enceinte universitaire , c'est l'effervescence. Le millier d'étudiants, d'enseignants, d'auditeurs qui attendaient Mammeri sont informés des événements qui viennent de se dérouler et de l'interdiction de la conférence.
Les étudiants appellent alors à une Assemblée Générale pour le lendemain 11 mars à 9 heures

Mardi 11 mars l'Assemblée Générale des étudiants regroupant entre 600 à 700 personnes se tient à Hasnaoua vers 10 h.
Une grande majorité se prononce pour une manifestation en ville. Munis de banderoles où on peut lire « Wali conférence de Mammeri interdite??? » « Culture berbère, culture populaire » « halte à la répression culturelle »
Le cortège effectue entre 10h30 et 12h30 deux fois le tour de la ville en empruntant les avenues principales. Un temps d'arrêt est observé devant le C.N.P du FLN, la wilaya et le lycée.
Des slogans sont lancés régulièrement: « Wali réactionnaire » et « Seg uqerru armi d idaren d imazighen »

Dans les rues de la ville,on note d'une part la surprise et l'énervement chez les nombreuses forces de police , de gendarmerie, ainsi que les pompiers appelés à la rescousse, alors qu'il n'y avait pas de heurts avec les manifestants, se contentant de photographier et de filmer ouvertement les participants sans doute pour les intimider et d'autre part, la curiosité chez les très nombreux badauds massés sur les balcons, es toits et sur les trottoirs

A l'usine de la Sonitex, le personnel sort sans discussion, mais les syndicalistes refusent.
Rapidement, le groupe d'étudiants est rejoint par quelques dizaines d'enseignants et de travailleurs de l'université. Puis au fur et à mesure par quelques dizaines de lycéens et de jeunes de la ville.

A 12h30 le cortège se retrouve à Hasnaoua et une nouvelle A.G est convoquée pour l'après-midi

A 14h30 les enseignants du centre rédigent une lettre ouverte destinée au ministre. Ils protestent contre l'interdiction dont a été victime Mouloud Mammeri ainsi que l'oppression que subit la culture berbère, particulièrement à Tizi Ouzou.

Ils dénoncent la surveillance policière qui s'exerce en permanence sur les enseignants. Enfin, ils revendiquent la liberté d'expression , la liberté pour les manifestations culturelles berbères et le respect des franchises universitaires par la police

Mercredi 12 mars Une A.G des étudiants met au point une motion de protestation et de revendication qui doit être adressée au chef de l'Etat

Samedi 15 mars Une délégation d'étudiants est reçue à Alger par un conseiller de Chadli . Ils lui remettent la motion. Le conseiller annonce que « la question sera traitée dans un prochain conseil des ministres »

Des manifestations sont organisées à Larbaa Nath Iraten à l'initiative des lycéens. Les jeunes font interruption dans un cinéma et appellent les spectateurs à se joindre à la manifestation. Des pancartes portant « A bas le fascisme » « Vive la culture berbère » sont distribuées

Le cortège se dirige vers le palais de justice, les Galeries algériennes, la mairie. Partout les manifestants appellent les employés et la population à ce joindre à eux.

Dimanche 16 mars C'est la journée des portes fermées et des discussions animées à Larbaa Nath Iraten. C'est l'arrivée des brigades anti-émeutes

Lundi 17 mars Un correspondant du journal Le Monde, D. Junqua se rend à Tizi Ouzou pour enquêter sur les événements.

Le soir à 20h30, un gala est donné par le chanteur Ferhat Imazighen Imula à Hasnaoua en signe de solidarité avec les étudiants et pour célébrer la journée du 11 mars. Un millier de spectateurs viennent exprimer leurs revendications culturelles.

Mercredi 19 mars Des manifestations ont lieu à Azazga. C'est l'occasion pour les lycéens de casser les enseignes écrites en arabe. Le chef de la daïra se barricade chez lui.

Jeudi 20 mars Arrivée du wali pour « apaiser les esprits »! Il est hué par des écoliers (10 à 12 ans).

Ces manifestations sont composées majoritairement de jeunes, de femmes mais peu d'hommes adultes Ceux-ci ont été conspués à Larbaa Nath Iraten aux cris « A bas les spectateurs »

Pressentant les manifestations, le proviseur du Lycée de Ain El Hamam « ex Michelet » a mis les élèves en vacances de printemps une semaine avant la date prévue. Mais les élèves s'organisent en comités et ils manifestent dans les rues de la ville

Le commissaire de police de Larbaa Nath Iraten qui s'était mis en congés le jour de la manifestation a été suspendu de ses fonctions.

De très nombreux renforts de police arrivent à Tizi Ouzou où le bruit circule à propos d'une grande manifestation convergente qui rassemblerait les lycéens des environs.
Une Assemblée générale des étudiants réunis d'urgence demandent aux lycéens de renoncer à cette manifestation pour éviter les affrontements.

16 mars Une manifestation de soutien est organisée à Alger. Elle est violemment dispersée

19 mars Le Chef de l'Etat ne fait pas le déplacement prévu pour cette date à Tizi Ouzou

7 avril Une seconde manifestation est organisée à Alger, elle est réprimée très durement. Au moins une centaine d'étudiants ont été jetés dans les paniers à salade. Les autorités démentent qu'il y ait eu « un mort et plusieurs blessés »
Cette manifestation marque un durcissement et une importante amplification du mouvement revendicatif.

Les personnels de l'hôpital de Tizi Ouzou dénoncent courageusement une de ces « motions classiques » de soutien dépêchées partout en Kabylie par les organisations officielles et para officielles (cellules du parti unique , coopératives etc...) en faveur de la direction politique du pays et au nom de leurs membres.

Lors d'une réunion les personnels de l'hôpital ont librement voté une motion en faveur des étudiants en grève et de leurs revendications.

-7 avril Manifestation de soutien à Paris

11 avril Les autorités organisent un peu partout des « contre-manifestations « révolutionnaires » pour tenter de faire basculer l'opinion nationale et internationale, ils essayent d'organiser des meetings à travers la Kabylie dont un, animé par des officiels de haut rang à Tizi Ouzou.

16 avril Suite à l'appel des comités de grève, une GREVE GENERALE paralyse toute la Kabylie, atteint Alger et même Annaba

TIZI OUZOU DIMANCHE 20 AVRIL 1980 A 4 H DU MATIN

A la suite de la grève générale du 16 avril un mouvement d'occupation a été amorcé.
Dimanche les forces de la répression ont donné l'assaut au centre universitaire de Tizi Ouzou, à l'hôpital, aux usines et établissements publics occupés.

Les forces de répression armées de mitraillettes et de Chiens tenus en laisse ont investi les lieux
On dénombre 200 blessés

Dans la matinée, vers 10 h, un mouvement spontané de solidarité a été déclenché, tous les magasins et établissements publics ont fermé en signe de protestation.
Les forces de répression sont intervenues pour forcer les portes et ouvrir les magasins, occasionnant de nombreux dégâts.

Des lycéens manifestent dans la rue exigeant la libération des détenus
Les enseignants lancent un appel de solidarité national et international pour la réouverture du centre universitaire de Tizi Ouzou et la satisfaction de leurs revendications.

Les forces de répression rapidement submergées par le mouvement populaire , ont dû faire appel au renforts de l'A.N.P qui a dépêché sur les lieux 2 bataillons dont deux compagnies de tireurs d'élite.
La population dresse des barricades qui sont aussitôt prises d'assaut par les forces de répression dont le nombre est évalué à 10 000 hommes. On dénombre environ 600 blessés.

Tout le personnel civil de l'hôpital central a été arrêté en partie et transféré sur Alger.
Les affrontements ont duré toute la journée de dimanche et se sont poursuivis lundi matin
Les populations des villes et villages environnants ont entrepris une marche sur Tizi Ouzou en début d'après-midi.
L'ensemble du corps enseignant a été arrêté et un grand nombre d'entre eux transféré à Alger.

Depuis ces événements et à ce jour c'est un autre destin qui habite et anime en profondeur la Kabylie! Le projet de L'autodétermination et le choix soit de l'autonomie régionale ou de l'indépendance!

Sakina AT SLIMAN/AIT AHMED



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