Carnage dans l'Azawad / Lettre Ouverte A Monsieur, le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies

09/02/2014 - 23:00

NOUAKCHOTT (SIWEL) — Monsieur le Secrétaire général, évoquer dans un communiqué lapidaire de ‘’graves incidents’’ et se limiter à ‘’déplorer de tels événements’’ ainsi que l’a fait la Minusma, nous parait absolument réducteur au regard du caractère particulièrement horrible et dramatique d’une barbarie, qui du reste est bien constitutive de crime contre l’humanité, dans une zone sous le contrôle de la mission onusienne et où sont déployés les casques bleus (http://www.malijet.com/communiques-de-presse/92935-la-minusma-condamne-les- evenements-de-tamkoutat-communique.html).


Les "événements" que la MINUSMA déplore n'est autre que le carnage d'une trentaine de civils touaregs. On se souvient de l'énorme indignation de la communauté internationale et des instances onusiennes quand deux journalistes de RFi avaient été assassinés par des terroristes. mais les morts ne semblent pas avoir la même valeurs selon que l'on soit Touaregs ou Européens (PH/Dahil Ag))
Les "événements" que la MINUSMA déplore n'est autre que le carnage d'une trentaine de civils touaregs. On se souvient de l'énorme indignation de la communauté internationale et des instances onusiennes quand deux journalistes de RFi avaient été assassinés par des terroristes. mais les morts ne semblent pas avoir la même valeurs selon que l'on soit Touaregs ou Européens (PH/Dahil Ag))
Coordination des Cadres de l’Azawad
Lettre Ouverte
A
Monsieur, le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies
New York

Monsieur le Secrétaire général,


Nous vous écrivons au nom de l’ensemble des leaders d’opinions, notables, chefs coutumiers, intellectuels et cadres, hommes et femmes de l’Azawad, pour exprimer notre consternation, notre profonde douleur et notre incompréhension suite au carnage perpétré, le 6 février 2014 à Tamkoutat, entre Gao et Ménaka contre des membres de la communauté touarègue. Une quarantaine de paisibles personnes, ont de façon violente, péri en plein jour, en raison tout simplement, de leur origine communautaire.

Monsieur le Secrétaire général, évoquer dans un communiqué lapidaire de ‘’graves incidents’’ et se limiter à ‘’déplorer de tels événements’’ ainsi que l’a fait la Minusma, nous parait absolument réducteur au regard du caractère particulièrement horrible et dramatique d’une barbarie, qui du reste est bien constitutive de crime contre l’humanité, dans une zone sous le contrôle de la mission onusienne et où sont déployés les casques bleus (http://www.malijet.com/communiques-de-presse/92935-la-minusma-condamne-les- evenements-de-tamkoutat-communique.html).

Les populations attendaient de la MINUSMA, la protection et la sécurité mais pas des qualifications minimalistes de faits flagrants et suffisamment odieux.

C’est dire, Monsieur le Secrétaire général, que si nous avions des doutes quant à la nature de la mission de la MINUSMA et y fondions quelques espérances, avec Tamkoutat, de toute évidence, le dernier soupçon de confiance des populations touarègues et arabes dans la MINUSMA, s’est définitivement dissipé.

Ces populations, depuis le début de l’opération serval et le déploiement des forces onusiennes sous votre autorité, ne font que compter leurs morts, leurs disparus, les victimes de torture, d’exactions, de massacres et de spoliations.

Ce carnage est choquant, humainement inacceptable et, surtout, lourd de conséquences. La communauté touarègue où qu’elle soit, est sous le choc et s’emmure dans le silence de la douleur. L’ampleur d’un tel forfait, rappelle le pogrom contre le village Kel Essouk, à la périphérie de Gao, en octobre 1994, sous la primature d’un certain Ibrahima Boubacar Keita.
Et, c’est bien là, le plus inquiétant. Si Tamkoutat s’est produit, c’est parce que le crime d’octobre 1994 est resté impuni comme tant d’autres (Kidal en 1962-63, Ménaka, Gao, Léré, Tombouctou, Gossi, Ber, Foita, Agouinit....dans les années 90).

C’est, de toute évidence, une énième preuve que la culture de l’impunité nourrit à souhait ce genre de pratiques moyenâgeuses.

C’est, aussi, malheureusement, la preuve que la communauté internationale a réhabilité un régime mais pas un Etat, parce qu’un Etat, du moins - dans son acception à l’origine de la création de l’auguste organisation, dont vous êtes, le Secrétaire général-, est symbole de Responsabilité, de Justice, de Protection, de Sécurité, de Paix pour Tous sans exception y compris pour les non nationaux en séjour dans sa juridiction !!!. Les azawadiens, depuis 1960, n’ont jamais vécu dans un tel Etat, ils n’ont vécu que sous des régimes immuablement identiques dans leurs attitudes vis-à-vis des populations de ce territoire.

Monsieur le Secrétaire général, pour nous toutes et nous tous, le plus insupportable, demeure incontestablement le silence assourdissant et la passivité de la communauté internationale face à des actes constitutifs de crimes contre l’humanité.

Aussi, prenons nous la liberté de demander à l’ONU de faire preuve de plus de courage politique afin d’assurer une protection internationale adéquate, pertinente, effective et active des communautés touarègues et arabes et de l’ensemble de la population de l’Azawad.

Face à la gravité des crimes qui se poursuivent dans l’Azawad, à la complexité du conflit pollué depuis plus d’une décennie par des interférences politiques et criminelles extérieures, face à l’incapacité des régimes maliens à prendre la mesure de la profondeur de la cassure Nord Sud, au regard de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations, nous vous exhortons à convoquer une conférence internationale sur l’Azawad et à placer le territoire sous tutelle des Nations Unies pour épargner la vie des populations locales.

Dans l’immédiat, le réexamen de la mission des forces de l’ONU au Mali est d’une extrême urgence pour que cesse la banalisation des tueries de populations civiles sur la seule base du teint de leur peau.

Il vous appartient d’instruire davantage votre représentant spécial pour le Mali ainsi que le commandant en chef des casques bleus à plus de vigilance dans la protection et la sécurité de toutes les populations civiles de l’Azawad.

Très Haute considération
Nouakchott, le 8 février 2014
Ansari Habaye Ag Mohamed
Porte parole de la coordination des cadres de l’Azawad





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