Bouaziz Aït-Chebib à Tizi-n’Berber : « Le peuple kabyle est plus mature politiquement et plus conscient que son élite ! »

08/03/2014 - 19:12

TIZI N BERBER (SIWEL) - Vendredi après-midi, une délégation du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), composée de son président, Bouaziz Ait Chebib, Mouloud Mebarki, Farid Djennadi et Razik Zouaoui, a animé un meeting au niveau de la placette publique de la commune de Tizi N’Berber, dans la wilaya de Bgayet.


Le meeting sera ouvert par Mouloud Mébarki lequel fera un aperçu historique sur le MAK. Avant de s’étaler sur les objectifs de ce dernier, le président du conseil national du MAK mettra d’abord l'accent sur les raisons de la création du MAK. « En 200I, j’étais à l’ouest du pays. Et croyez-moi, les événements sanglants qu’a connus notre pays (la Kabylie ndlr), étaient vus et considérés là-bas comme « un non événement » », a révélé Mouloud Mébarki avant de s’attarder sur les Kabyles montrant encore des réticences, voire des craintes vis-à-vis de l’autodétermination. L’orateur puisera encore de longs et solides arguments renforçant l’idée que la l'unique solution au problème kabyle réside dans l’autodétermination avant d'affirmer haut et fort que la Kabylie a besoin de son propre Etat.

Pour sa part, Razik Zouaoui axera son intervention sur la capacité de la Kabylie à se prendre en charge et, « contrairement à l’idée et à la propagande que diffusent les adversaires de l’autodétermination du peuple kabyle, la Kabylie n’a pas besoin d’assistanat pour son développement ». « Et pour preuve, continue le SN à la défense et la promotion de la langue et culture kabyles, jusqu’à présent l’Algérie n’a jamais donné de l’argent à la Kabylie. C’est plutôt l’inverse qui s’est toujours produit ». Razik Zouaoui ira jusqu’à ironiser : « Le seul investissement de l’Algérie en Kabylie a porté sur la construction de prisons et de casernements militaires et policiers ». L’orateur appuiera sa thèse en révélant que la deuxième plus grande prison de tout le continent africain est construite à l’entrée de la ville de Vgayet. « Initialement, dit-il, le terrain d’assiette où a été implanté le pénitencier devait accueillir une grande raffinerie. Par ailleurs, on a choisi la localité d’Armilla (Vgayet) pour abriter le projet portant sur le plus grand casernement militaire d’Algérie ».
Razik Zouaoui citera une multitude d’autres exemples où le foncier de la Kabylie est utilisé par le pouvoir à des fins autres qu’économiques ou d’utilité réelle pour les citoyens kabyles. L’intervenant dira enfin que « notre combat est contre le système algérien et nous sommes contre celles et ceux qui essayant de briser notre système ancestral de gouvernance ».
Comme Mouloud Mébarki, avant de passer le micro, Razik Zouaoui affirmera haut et fort qu’il n’y aura pas de vote de la Kabylie avant son autodétermination.

Quant à Farid Djennadi, fort connu à présent pour sa puissance verbale, marquera le début de son intervention par cette question qui, elle-même constitue une réponse : « Pourquoi est-ce toujours la Kabylie qui mène une lutte frontale contre le pouvoir ? » « La réponse est simple : le peuple kabyle est un peuple qui n’a rien à voir ou de commun avec les autres Algériens », assure le secrétaire général du MAK avant d’ajouter avec un calme qui contraste beaucoup avec ses interventions antérieures : « D’ailleurs, l’Algérie est une création de la France coloniale. »
Et à partir de cet instant, Farid Djennadi, al voix chargée est provoquée par l’émotion, harangue directement l’assistance :« Les carriéristes de tous bords sont chez le pouvoir. Le MAK n’est pas créé pour diviser le pays mais pour donner et la lumière au peuple kabyle et rendre les lendemains de la Kabylie meilleurs. Et pour ça, nous sommes prêts à relever tous les défis. S’agissant de nos réunions et rassemblements, c’est notre droit inaliénable. Nous les tenons quand nous voulons. Nous défions le pouvoir de nous en empêcher ! ». « Nous voulons reprendre le système de gouvernance ancestral », a encore asséné le secrétaire général du MAK avant d'affirmer. «Un : les élections du I7 avril n’ont d’intérêt que pour le pouvoir et de deux : la volonté des uns à honorer ce rendez-vous est telle qu'ils sont prêts à piétiner outrageusement les règles du jeu ». En effet, Farid Djennadi révélera : « J’étais présent à une scène ici à Vgayet où des membres du bureau de campagne d’Ali Benflis ont proposé à des citoyens des sommes de I0. 000, 00 DA pour recueillir leurs signatures en faveur de leur candidat (Ali Benflis) ». « Ils remettent I0.000, 00 DA au signataire et l’emmènent même en voiture jusqu’à l’APC », a encore explicité Farid Djennadi. C’est sur cette « information » que le secrétaire général du MAK a terminé son intervention.

Sans tarder, Bouaziz Aït-Chebib prend le micro. Le premier responsable du MAK commencera son intervention par la célèbre citation de Cheikh Mohand Oulhocine : « Seul le bon chemin mène vers la vérité et la lumière ». « La famille du MAK, lance ensuite Bouaziz Aït Chebib est motivée par le sens de l’honneur et la dignité ».
A partir delà, l’intervenant se lance dans la décortication de la réelle politique du pouvoir algérien. « Le vote en Algérie, poursuit le président du MAK, est organisé juste pour permettre au pouvoir d’assurer sa continuité. C’est pour cela que nous autres membres de la famille du MAK, nous rejetons ce pouvoir. Nous refusons de le reconnaître. Et cette non reconnaissance de ce pouvoir que nous ne lui avons pas d’ailleurs sollicité d’agrément pour le MAK ».

Faisant un clin d’oeil aux élections présidentielles algériennes du I7 avril, l’orateur dira qu’ « elles ne constituent nullement un événement pour le peuple kabyle ». « D’ailleurs, poursuit le président du MAK, le peuple kabyle qui ne reconnaît pas Bouteflika comme somme son président ne reconnaîtra pas non plus comme son président le futur gagnant de la prochaine élection ».
Sur ce même volet, Bouaziz Aït-Chebib informera l’assistance que « la partie de bras de fer entre le Département du Renseignement et la Sécurité (DRS) et le président sortant, s’apprêtant à briguer un 4e mandat, Abdelaziz Bouteflika en l’occurrence, est en en réalité factice ». « En réalité, assure encore l’orateur, il n’y a pas de lutte de clans au sommet de l’Etat algérien contrairement à ce qu’on essaye de faire croire aux citoyens. L’objectif du pouvoir est d’éloigner le peuple des véritables enjeux ». Les assertions du président du MAK est que le Général Tewfik, le Général Gaïd Salah, le président Abdelaziz Bouteflika, le candidat Ali Benflis et Ahmed Ouyahia sont des hommes du système et travaillent pour le système. « N’est-ce pas que Ali Benflis, note Bouaziz Aït-Chebib, a été choisi initialement comme chef du gouvernement par Abdelaziz Bouteflika et que celui-ci a été choisi et placé comme chef d’Etat par le DRS ? »
Ensuite, l’intervenant fustige ceux qui tentent de faire barrage au 4e mandat d’Abdelaziz Bouteflika. « Ceux qui prétendent aujourd’hui, au nom de la démocratie, faire barrage au 4e mandat de Bouteflika n’avaient pas bougé le petit doigt en 200I. Ce qui veut dire que leur agitation ne peut être synonyme que d’une seule chose : le dividende matériel. En revanche, le MAK, qui a des idéaux élevés, n’a pas attendu l’année 20I4 pour combattre et rejeter la politique d’Abdelaziz Bouteflika », a déclaré le premier responsable du MAK lequel a été freiné momentanément dans son allocution par un tonnerre d’ovations.
Poursuivant son intervention sur les élections mais sur un volet historique et politique, l’orateur dira que « depuis I962, le vote en Algérie n’a rien apporté de bon au peuple kabyle sinon permis la politique de massacres en Kabylie ». Et tout en appelant le peuple kabyle à rester chez-lui durant la journée du I7 avril prochain, le président du MAK ne manquera pas de tacler les citoyens kabyles considérées comme des « élites » : « Le peuple kabyle est plus mature politiquement et plus conscient que son élite. » Selon Bouaziz Aït-Chebib, l’attitude des universitaires kabyles sur « la question kabyle » est condamnable. Le président du MAK a tenu enfin à souligner que le génie et le grand mérite émanent toujours des peuples mais les institutions et autres puissances leur dénient cette reconnaissance. Pour appuyer le bien-fondé de sa thèse, Bouaziz Aït-Chebib cite le cas de Barak Obama qui a reçu le Prix Nobel de la paix alors qu’il venait juste de prendre ses fonctions de présidents des Etats-Unis d’Amérique. « Ce Prix Nobel devait revenir logiquement au peuple américain qui a su s’adapter aux exigences des temps, comme par exemple le fait d’accepter un homme de couleur comme président de leur pays », dira-t-il.
L’orateur reviendra également sur l’importance que revêtent les élections du 17 avril pour le pouvoir mais avant cela, il tournera en dérision Abdelmalek Sellal, qui a déclaré récemment qu’il ne voyait pas à quel niveau se situait la différence entre l’Allemagne et l’Algérie, en se référant au fait qu’Angela Merkel a brigué un 4e mandat et qu’ici en Algérie des voix s’élèvent contre celui de Bouteflika. Non sans ironie, le président du MAk a considéré que « des hommes comme Abdelmalek Sellal seraient considérés en Allemagne à peine compétents à exercer les fonctions d’agent de bureau ou planton dans quelque petite administration alors qu’en Algérie, il exerce les fonctions de Premier ministre ». A ce moment, l’assistance part pour de longs moments dans un fou rire. Une fois cet humour, ô combien significatif, consumé, Bouaziz Aït-Chebib expliquera, comme c’est annoncé ci-dessus, l’importance que revêtent les élections du I7 avril pour le pouvoir. « Comme les élections précédentes, explique le président du MAK, le pouvoir a besoin de montrer à la communauté internationale que le vote des Algériens, moyen indispensable lui permettant sa continuité existentielle ». « Ce qu’il craint en revanche, car le privera de tout argument convaincant dans la poursuite de son objectif, c’est bien entendu la non participation de l’électorat au vote », a poursuivi Bouaziz Aït-Chebib avant de réitérer son appel au rejet des élections en Kabylie « dès lors, qu’en ce qui nous concerne, seul le référendum pour l’autodétermination du peuple kabyle a de l’importance ». Notons enfin que Bouaziz Aït-Chebib a également profité de ce rendez-vous de Tizi-n’Zerber pour rappeler le soutien indéfectible du MAK à l’endroit des peuples amazighs de Libye, du mzab et de l'AZAWAD dans leur lutte pour leur existence; il a également appelé le peuple kabyle à manifester grandement le 20 avril prochain, à l’occasion du 34e anniversaire du Printemps kabyle à Tizi-Ouzou, Vgayet et Tuvirett avec ces slogans : « Nous sommes des Kabyles et pas des Arabes ! », « Nous voulons l’autodétermination de la Kabylie ! ».

Lors de son intervention, le président du MAK a longuement développé le volet portant sur l’aspect des capacités économiques de la Kabylie tant sur le plan de richesses naturelles que sur le plan de la richesse de la ressource humaine. Voir nos éditions précédentes sur ce volet précis. Par ailleurs, à la fin du meeting, Bouaziz Aït-Chebib a procédé à l’installation de la section MAK de Tiziwal, agglomération qui relève administrativement de la commune de Tizi-n’Berber.

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SIWEL 081912 MARS 14




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