Au Burkina, les réfugiés Azawadiens attendent la signature d’un accord avec le MNLA pour rentrer

03/06/2014 - 19:06

BURKINA FASO (SIWEL) — À Mentao, un an et demi après, les réfugiés Touaregs refusent de rentrer tant qu’un accord n’est pas signé avec le MNLAne veulent pas rentrer. En janvier 2013, l’armée française a « chassé » les islamistes de Tombouctou de Gao et Kidal et à la faveur de l’opération Serval,l’État malien a repris pied dans ces 3 régions région. Mais, comme beaucoup d’autres, Ag Mossa Agaly n’envisage pas de retourner dans son pays. Encadré de son imposant chèche bleu sombre, son regard se durcit quand il évoque le pouvoir de Bamako. « Son traitement du Nord est inqualifiable. Il n’y a pas d’eau, pas de nourriture, pas de développement. Tout simplement à cause de notre appartenance ethnique : parce que nous sommes touaregs. »


Méfiants à l’égard de l’État malien, les réfugiés azawadiens attendent un accord de paix avec le MNLA.

Femmes touarègues dans le camp de Mentao, au Burkina Faso(Photo/ Anne Ackermann / Focus / Cosmos)
Femmes touarègues dans le camp de Mentao, au Burkina Faso(Photo/ Anne Ackermann / Focus / Cosmos)
Le camp de Mentao avec ses milliers d’abris de fortune, dans l’extrême nord du Burkina Faso, compte 11 600 réfugiés. Le camp, créé par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), en mars 2012, après l’invasion djihadiste qui avait débordé le MNLA, dépassé par les terroristes et abandonné par la communauté internationale qui prétendait lutter contre le terrorisme au moment où le MNLA se faisait envahir, de toute part, par ces mêmes terroristes vit au rythme des soubresauts guerriers de son proche voisin.

Parmi les réfugiés, beaucoup ont quitté les trois régions de l’Azawad pendant l’occupation djihadiste. Ag Mossa Agaly, un Touareg comme la plupart des réfugiés du camp, a laissé sa maison près de Tombouctou en décembre 2012. « Les islamistes coupaient des mains, tuaient les habitants pour un rien, se rappelle-t-il. Selon eux, nos coutumes n’étaient pas conformes à la charia. J’ai préféré tout laisser et emmener ma famille au Burkina. »


Jeune réfugiée touarègue (Photo/ France 24)
Jeune réfugiée touarègue (Photo/ France 24)
En janvier 2013, l’armée française a « chassé » les islamistes de Tombouctou de Gao et Kidal et à la faveur de l’opération Serval,l’État malien a repris pied dans ces 3 régions région. Mais, comme beaucoup d’autres, Ag Mossa Agaly n’envisage pas de retourner dans son pays. Encadré de son imposant chèche bleu sombre, son regard se durcit quand il évoque le pouvoir de Bamako. « Son traitement du Nord est inqualifiable. Il n’y a pas d’eau, pas de nourriture, pas de développement. Tout simplement à cause de notre appartenance ethnique : parce que nous sommes touaregs. »

Dans le camp, 77 % des réfugiés sont Touaregs, selon les chiffres du HCR. Les autres sont surtout arabes, songhaïs ou peuls et sont regroupés par ethnie et par région d’origine. Ceux de Mentao-sud, où vit Ag Mossa Agaly, sont touaregs et viennent essentiellement des alentours de Tombouctou.

« Au Mali, nous nous sentons opprimés, abonde Algimarat Ag Akhassane, un imposant père de famille de 50 ans, assis devant son abri, construit avec une bâche du HCR. C’est un problème politique qui doit être réglé par un accord global entre l’État malien et le MNLA », le Mouvement national de libération de l’Azawad, qui a évincé l’armée malienne de son fief de Kidal (extrême nord du Mali), il y a une quinzaine de jours après de sanglants combats.


Photo HCR
Photo HCR
Les réfugiés touaregs ne tarissent pas d’histoires de lynchages, de corps jetés dans des puits ou de pillages par l’armée malienne ou la population noire. Quant à l’armée française et la force de l’ONU (la Minusma), elles s’attirent des critiques plus nuancées.

« Nous avons confiance en eux, assure Algimarat Ag Akhassane. Toutefois, les Français et l’ONU ne s’intéressent pas aux injustices. Quand ils assistent à une arrestation arbitraire, ils « raisonnent » les militaires maliens. Mais beaucoup de gens sont enfermés sans raison, que font-ils pour eux ? »

Pour d’autres réfugiés, parmi la communauté arabe, le ton est plutôt à la réconciliation et ils admettent volontiers que « Lorsque tu as provoqué du tort à ton voisin, tu en parles et tu t’excuses », estime Ibrahim Ould Samba. Sauf que ce n’est pas l’Azawad qui a causé du tort au mali mais le Mali qui massacre depuis 50 ans l’Azawad, la nuance est de taille. Ce commerçant arabe était en voyage d’affaires en Côte d’Ivoire au déclenchement de la crise, début 2012 ; quand il est retourné chez lui, il a retrouvé sa boutique pillée, mais il plaide pour la réconciliation avec le Mali. « Seule la guerre nous a séparés, nous vivions en bonne entente. L’État malien doit désormais s’atteler au développement et ne pas se contenter de l’aide des humanitaires. » a-t-il déclaré.

Dans les allées du camp, il n’est pas rare de croiser un enfant au ventre ballonné, signe de malnutrition. « Nous constatons de plus en plus de problèmes de santé, explique Asseïtou Arby, une jeune femme originaire de la région de Mopti, qui patiente au centre de santé géré par Médecins du monde. D’autant plus que les réfugiés vivent sous des bâches, dans une région où la température atteint 45 °C ! ». Après plus de deux ans de crise, beaucoup de réfugiés voient leurs réserves s’épuiser. Désormais, certains ne vivent que grâce à l’aide du HCR : 3 500 francs CFA (5,30 €) et 6 kg de nourriture tous les quarante jours environ.


Le HCR et ses partenaires dans le camp – Oxfam, IEDA Relief, Plan, Médecins du monde, etc. principalement financés par l’agence humanitaire de l’Union européenne ECHO – parviennent à scolariser les enfants ou encore à assurer un approvisionnement en eau suffisant – un problème crucial dans cette région semi-aride. Mais ils pâtissent du désintérêt des bailleurs de fonds : « Au début, les médicaments étaient gratuits, se rappelle Asseïtou Arby. Il faut désormais les payer, mais beaucoup de réfugiés n’ont plus les moyens. »

Non loin de là, Muhammad Ag Ibrahim déploie un tapis et invite à s’asseoir à l’ombre devant l’entrée. Ce chef d’un clan Touareg proche de Tombouctou tend sa main pour désigner l’espace vide entre son abri et celui de son voisin.« Regardez, ces emplacements étaient remplis de réfugiés il y a deux mois. Des gens repartent, ils préfèrent mourir de la guerre que de mourir de faim, explique-t-il. Pourtant, revenir au Mali présente bien trop de risques, car la guerre n’est pas terminée. Même si la situation est difficile dans le camp, il vaut mieux rester ici en attendant la paix. »

Alassane Ag Mohamed Ag, responsable des jeunes pour tout le camp de Mentao, était étudiant à Bamako, il a dû tout quitter en 2012 pour se réfugier ici. « En restant, j’aurais pris le risque d’être visé par le reste de la population ou par les autorités. »

Source: la Croix.com, publié sous le titre " Au Burkina, les réfugiés maliens attendent la réconciliation"

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SIWEL 031906 JUIN 14




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